Le Conseil, ennemi commun des Spitzenkandidaten

epa07543015 Manfred Weber, Parti populaire européen (G), Guy Verhofstadt, Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (2-G), Ska Keller, Parti des Verts européens (2-D), Frans Timmermans, Parti socialiste européen (D), prononcent un discours lors du débat « État de l'Union » organisée à Florence, le 2 mai 2019 par l'Institut universitaire européen. [Claudio Giovannini/EPA/EFE]

Le deuxième débat entre les principaux candidats des quatre grandes familles politiques pro-européennes aux élections européennes a à nouveau été étrangement peu controversé.

Frans Timmermans pour le Parti socialiste européen (PSE), Manfred Weber pour le Parti populaire européen (PPE), Guy Verhofstadt pour l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et Ska Keller pour les Verts étaient les seuls participants au débat, organisé par le European University Institute et Financial Times. Aucun parti eurosceptique ou anti-UE n’y a participé, bien que tous les principaux candidats des principaux partis politiques européens aient été invités.

Guy Verhofstadt a tenu à préciser qu’il n’était pas exactement un Spitzenkandidat parce qu’il est l’un des neuf membres de « Team Europe » choisis par la famille libérale pour mener la campagne électorale. Par ailleurs, l’ancien Premier ministre belge a déclaré qu’il représente un groupe politique qui sera remodelé après les élections européennes, après sa fusion prévue avec le mouvement Renaissance d’Emmanuel Macron.

Les intervenants ont été interpellés sur des sujets tels que la migration, les politiques socio-économiques, le changement climatique, la sécurité et la politique étrangère. Ils ont également répondu à quelques questions du public et des médias sociaux.

Premier débat sans entrain pour les Spizenkandidaten

Cinq candidats à la présidence de la Commission européen ont participé à un premier débat électoral, un peu insipide en l’absence du représentant du plus grand groupe politique, Manfred Weber.

C’est Frans Timmermans qui a marqué le plus de points, et de loin, tandis que son principal adversaire, Manfred Weber, a souvent été sur la défensive. Dans l’ensemble, les échanges ont été polis, les candidats préférant rivaliser au niveau des idées que de s’affronter directement.

Un dénominateur commun a rapidement été établi entre tous les participants : davantage de pouvoirs devaient être transférés à la Commission européenne et au Parlement, et moins au Conseil, où siègent les gouvernements.

Pour Frans Timmermans, l’UE risque la dislocation pour la première fois de son Histoire. Elle doit donc accepter de mourir, ou mettre en place des réformes considérables. Interrogé sur les manifestations des gilets jaunes en France et sur la manière de mettre en place une économie plus durable sans nuire à ceux qui sont déjà laissés pour compte, il a déclaré : « Si nous ratons sur ce sujet, aucun d’entre nous dans cette pièce ne pourra plus regarder nos enfants dans les yeux. Si nous nous ratons, nous condamnons des générations », a-t-il déclaré, affirmant que les réformes seront douloureuses, mais qu’elles peuvent se faire d’une manière équitable.

Contrairement à Manfred Weber, qui a utilisé le nom du PPE une douzaine de fois pour étayer son point de vue, l’actuel vice-président de la Commission n’a jamais utilisé les termes de « socialisme » ou « social-démocratie », mais a plaidé en faveur d’une Union « qui fonctionne pour beaucoup, et non pour quelques-uns ».

En termes de débat idéologique, la candidate des Verts, Ska Keller, a regretté les politiques d’austérité de ces dernières années, qui ont étouffé la croissance économique, citant la Grèce où 37 % des jeunes sont actuellement au chômage.

Manfred Weber a seulement pu répondre que toutes les décisions de l’UE en matière de politiques économiques étaient prises en commun au niveau du collège des commissaires, dont le chargé des affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, est socialiste.

Que risque le prochain Parlement européen avec la montée des eurosceptiques?

Les formations eurosceptiques devraient être la deuxième force politique du prochain Parlement européen, avec ou sans les Britanniques. Une configuration qui pourrait paralyser l’institution.

Frans Timmermans, toujours membre de l’exécutif européen, a préféré orienter le débat vers l’avenir. Il a expliqué être très inquiet d’un rapport du FMI indiquant que les classes moyennes étaient en déclin dans tout le monde occidental. « Si nous n’inversons pas cette tendance, si nous ne donnons pas de perspectives d’avenir à la classe moyenne, la solidarité ne sera plus possible dans nos sociétés. »

Pour lui, la priorité est donc l’établissement d’une politique fiscale responsable. « Il est inacceptable que des grandes entreprises qui génèrent des milliards de bénéfices en Europe ne payent pas d’impôts. Il faut changer cela immédiatement. Nous devons nous assurer que les revenus des classes moyennes augmentent, et rapidement, et que la solidarité émerge à nouveau au niveau européen. »

Interrogés sur la possibilité de donner au Parlement européen le droit de faire des propositions législatives, plutôt que de réagir aux propositions de la Commission, tous les candidats se sont dits en faveur de cette initiative. Manfred Weber a assuré qu’il n’attendrait pas un changement des traités pour mettre cela en pratique. « En tant que futur président de la Commission », il s’est engagé à accepter « de manière quasi automatique » toutes les propositions du Parlement et de les transformer en propositions législatives.

Guy Verhofstadt estime en outre que le Parlement devrait être « pleinement responsable » du budget européen. Celui-ci est actuellement défini par les États membres, le Parlement contrôlant les dépenses, mais pas le montant de l’enveloppe.

Ska Keller a pour sa part plaidé pour plus de transparence dans la prise de décision au Conseil, soulignant que le manque de respect de l’état de droit et des libertés civiles dans certains pays était une menace sérieuse.

Toujours sur le plan institutionnel, Frans Timmermans a défendu l’officialisation de la procédure de nomination du président de la Commission dite des « Spitzenkandidaten ». Lors de la nomination du prochain président de l’exécutif, les États membres devraient ne pas tenir compte de ce système, « devenu très important », selon le candidat néerlandais.

« Celui qui n’est pas à sa place ici, c’est le Conseil. Je pense que nous sommes tous les quatre d’accord là-dessus », a-t-il suggéré. « Oui, nous avons là un ennemi commun », a confirmé Guy Verhofstadt.

Le débat est disponible ici.

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