Les partis indépendantistes remportent les élections en Catalogne

Carles Puigdemont [Olivier Hoslet/EPA/EFE]

Ensemble, les partis indépendantistes ont obtenu une majorité absolue de sièges lors des élections régionales du 21 décembre. Pourtant, c’est le parti « unioniste » Ciudadanos qui est arrivé en tête de ce scrutin.

La nuit a révélé plusieurs vainqueurs, un grand perdant, et confirmé la fracture sociale dans la région la plus riche d’Espagne. Ce matin, l’avenir politique de la Catalogne n’est pas beaucoup plus clair après des mois de turbulences durant lesquels le gouvernement régional a unilatéralement déclaré l’indépendance de l’Espagne en octobre dernier, avant d’être renversé.

Les partis en faveur d’une rupture avec Madrid ont obtenu 70 sièges sur 135, soit la majorité absolue à deux sièges près.

Ensemble pour la Catalogne (parti de Carles Puigdemont), ERC (gauche indépendantiste menée par Oriol Junqueras, en détention provisoire) et la CUP (gauche révolutionnaire) ne sont toutefois pas majoritaires en termes de votes (47,5), ce qui confirme que la plupart de Catalans ont des doutes sur une sécession unilatérale de l’Espagne, comme lors des élections de 2015.

Catalogne, un État indépendant viable ?

Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz estime que la région serait acceptée dans l’UE et deviendrait donc une économie indépendante viable, mais l’ancien président de l’autorité britannique des services financiers, Adair Turner, n’est pas tout à fait d’accord.

Le camp unioniste a gagné en visibilité puisque Ciudadanos, le parti libéral fondé il y a dix ans dans la région, a remporté les élections avec 37 sièges à lui seul et 25,35 % des votes.

Ce bond spectaculaire est dû au transfert de voix du Parti populaire conservateur (PP), le grand perdant de cette journée d’élections, avec seulement trois sièges, contre 11 en 2015.

Le président limogé, Carles Puigdemont, se considère comme le vainqueur moral des élections. « La république catalane l’a emporté sur la monarchie du 155 », a-t-il déclaré faisait référence à l’activation de l’article 155 de la Constitution, soutenue par le PP, les socialistes et Ciudadanos, qui se sont alliés pour renverser le gouvernement catalan après la déclaration unilatérale d’indépendance.

Carles Puigdemont a appelé à une « restitution du gouvernement légitime » et à la libération des leaders indépendantistes toujours retenus en prison, dont son ancien vice-président et chef de file de l’ERC, Oriol Junqueras.

Il a prié le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy de « commencer à faire de la politique ». S’il fait ça, « nous trouverons une solution ».

«Nous voulons nous diriger vers une indépendance négociée »

Exclusif. Pour Antoni Comín, un des quatre conseillers du gouvernement catalan renversé ayant fui à Bruxelles aux côtés de Carles Puigdemont, la déclaration unilatérale d’indépendance le 27 octobre doit maintenant être mise en oeuvre.

Carles Puigdemont a aussi envoyé un message « à l’Europe qui a soutenu Mariano Rajoy avec son appui et son silence », ajoutant que « nous, Catalans, devons décider de notre avenir ».

Il n’a cependant pas précisé s’il avait l’intention de rentrer tout de suite en Espagne pour être investi en tant que président.

Carles Mundó, de l’ERC, a confirmé que son parti soutiendrait à nouveau la présidence de Carles Puigdemont. Il espère qu’il rentrera en Catalogne, comme il l’a promis durant la campagne.

S’il revient en Espagne, il sera surement arrêté étant donné qu’il fait encore face à plusieurs accusations, dont rébellion et sédition, malgré le retrait du mandat d’arrêt européen que Madrid avait émis contre lui.

L’ancien président catalan, Artur Mas, membre du cercle proche de Carles Puigdemont, attend aussi le retour du président démis de ses fonctions.

La chef de file de Ciudadanos, Inés Arrimadas, a affirmé au camp sécessionniste que sa victoire « montrait bien que la situation politique en Catalogne n’est pas celle que certains ont voulu vendre au reste du monde », tout en soulignant qu’une majorité de Catalans étaient en faveur de l’unité avec l’Espagne.

Changements internes

Les résultats de l’élection recalibrent l’équilibre des pouvoirs dans chaque camp. L’ERC, qui menait dans les sondages, n’est finalement pas arrivé premier parmi les partis indépendantistes. Avec 32 sièges, le parti se place derrière Ensemble pour la Catalogne, qui a obtenu 34 sièges.

Les résultats sont aussi un triomphe pour la stratégie de fuite à Bruxelles de Carles Puigdemont. Depuis la capitale européenne, il a maintenu très actives ses relations publiques et a été acclamé en tant que président lors d’une grande manifestation pro-indépendance début décembre.

La campagne électorale catalane débute avec des candidats en exil ou en prison

À moins de trois semaines des élections régionales, les candidats ont lancé leur campagne. Qu’ils soient détenus ou hors de Catalogne, les indépendantistes vont tenter d’exister. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Quant à la CUP, le parti de la gauche radicale, elle a perdu six sièges par rapport aux dernières élections, mais ses quatre députés sont indispensables pour retenir la majorité dans le camp sécessionniste.

Du côté des unionistes, la victoire de Ciudadanos a éclipsé les autres partis. Les socialistes ont reconnu que leur résultat (17 sièges) n’était pas ce qu’ils espéraient et qu’ils avaient échoué à rassembler derrière une majorité alternative au bloc indépendantiste.

Pendant ce temps, le candidat du PP, Xavier García Albiol, a déclaré que les résultats étaient « mauvais pour l’avenir du PP en Catalogne et mauvais pour l’avenir de la Catalogne ».

Xavier García Albiol a accusé Ciudadanos d’avoir volé ses électeurs en appelant au vote tactique. « Certains se réjouiront pendant cinq minutes, mais ils seront finalement dans l’opposition avec nous pendant des mois ».

La défaite du PP et l’échec du camp unioniste à obtenir une majorité malgré la participation record (80 %) ne fait qu’ajouter de la pression sur le gouvernement Rajoy pour trouver une solution à la plus grande crise politique espagnole depuis le retour de la démocratie il y a 40 ans.

Lors du sommet européen à Bruxelles vendredi dernier, Mariano Rajoy a déclaré aux journalistes que les mesures exceptionnelles prise en Catalogne (article 155) cesseraient lorsqu’un nouveau gouvernement serait nommé dans la région.

Reste à savoir jusqu’où le Premier ministre espagnol compte aller dans la réforme constitutionnelle promise pour les prochains mois.

Le camp indépendantiste refuse de participer à ce processus, préférant opter pour une négociation bilatérale directement avec Madrid. Sa volonté est de fixer les conditions d’un nouveau référendum sur l’indépendance.

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