La dimension européenne est beaucoup plus présente dans le programme électoral de l’ancien président de la Commission Romano Prodi, qui dirige actuellement l’opposition de centre-gauche dans une épreuve de force contre le Premier ministre en exercice Silvio Berlusconi.
Réactions
Selon Marco Incerti, chercheur pour le think tank bruxellois CEPS (Centre for European Studies), même si les questions relatives à l'UE n'ont joué aucun rôle essentiel dans la campagne électorale, qui a été dominée par les questions économiques et l'affrontement entre Prodi et Berlusconi, une victoire de la coalition de centre-gauche de Romano Prodi pourrait entraîner un réel changement :
"En cas de victoire du centre-gauche, la position de l'Italie vis-à-vis de l'UE pourrait évoluer," a déclaré M. Incerti à EURACTIV. "Le centre-gauche a fait de l'Europe le sujet phare de son programme électoral, un sujet qui est sensé définir toutes les actions politiques. En effet, Romano Prodi s'est largement inspiré de son expérience en tant que président de la Commission européenne. Toutes les idées qu'il défendait lorsqu'il occupait ce poste ont été reprises dans son programme," indique M. Incerti, mentionnant entre autres la nécessité de mener une réforme des institutions, d'accroître la coordination et l'intégration des politiques économiques et fiscales, de réviser la structure du budget et d'investir davantage de ressources dans la recherche et le développement, l'innovation et l'économie de la connaissance.
"Ce programme marque un changement d'attitude vis-à-vis de l'Europe, qui revient sur le devant de la scène en Italie, notamment grâce à une vision cohérente qui, dans une certaine mesure, manquait dans le gouvernement de Berlusconi," souligne Marco Incerti.
La coalition de centre-gauche considère l'UE comme la voie nécessaire pour la politique étrangère de l'Italie :
"Cela constitue une grande différence avec la coalition de centre-droit de Berlusconi, qui continue de donner la priorité au partenariat transatlantique avec les Etats-Unis. Il faut souligner le fait que, en raison de l'histoire de l'Italie et du contexte international actuel, il serait impossible pour un gouvernement de centre-gauche de négliger les relations avec les Etats-Unis ou d'être en conflit avec eux, mais l'accent serait davantage sur l'Europe. Dans ce contexte, la coalition de Romano Prodi soutient la création du poste de ministre européen des affaires étrangères et demande rien de moins que l'abolition des droits de veto dans le domaine de la PESC."
Dans un article publié dans European Voice, analyste politique en chef à l'EPC (European Policy Centre) Antonio Missiroli observe : "Fier de ses amitiés personnelles avec les présidents George W. Bush et Vladimir Poutine, Silvio Berlusconi s'est fait très peu d'amis en Europe."
Malgré son passé couronné de succès d'hommes d'affaires et d'entrepreneur, Silvio Berlusconi a fait très peu au niveau des réformes relatives à l'agenda de Lisbonne : "L'industrie italienne a à peine commencé à ajuster les taux de change fixes et l'ouverture du marché. L'état des finances publiques ne s'est pas non plus amélioré, il s'est même empiré," écrit Antonio Missiroli.
Le programme électoral de la coalition de centre-droit ne mentionne pas explicitement l'agenda de Lisbonne. Il porte surtout sur des mesures fiscales/administratives spécifiques, dont l'objectif est de simplifier la vie des professions libérales et des entreprises, à savoir les PME.
Cependant, les chances de Romani Prodi de mener ses réformes à bien sont minces. Il préside une coalition de 14 parties, ce qui pourrait lui causer un certain nombre de difficultés en raison de la nature fragmentée de la coalition : "Reste à savoir dans quelle mesure Prodi pourra garder le contrôle sur ses partenaires. Dans tous les cas, il est peu probable que le gouvernement de centre-gauche ait la force nécessaire pour mener les réformes structurelles en profondeur dont le pays a besoin pour véritablement se relancer. A cet égard, un gouvernement de centre-gauche pourrait au moins lancer une partie de ces réformes et soulager certaines tensions afin de créer le climat social nécessaire pour que l'opinion publique accepte de telles réformes," soutient Marco Incerti.
Contexte
L'Italie se prépare à tenir des élections générales les 9 et 10 avril 2006. Les deux principaux adversaires sont l'actuel premier ministre Silvio Berlusconi, 69 ans, chef de la coalition de centre-droit et le chef de l'opposition de la coalition de centre-gauche, l'ancien président de la Commission Romano Prodi, 66 ans.
En 2001, M. Berlusconi a obtenu la plus grande majorité au Parlement depuis la Première guerre mondiale, promettant une relance de l'économie grâce à son programme intitulé "Contrat avec les Italiens".
Les références de Silvio Berlusconi au niveau européen sont guère brillantes. Le manque de profondeur des négociations qu'il a menées lors de la présidence italienne de 2003 pour trouver un accord sur le traité constitutionnel et le fait qu'il n'y soit pas parvenu ou son conflit avec un député européen allemand à Strasbourg, qu'il a recommandé pour un rôle de gardien de camp de concentration nazi, figurent parmi ses pires frasques.
De façon générale, l'influence italienne en Europe est sur le déclin depuis que Silvio Berlusconi occupe le poste de premier ministre.
Ainsi, le programme électoral de la coalition de centre-droit contient moins de dix lignes sur l'UE tandis que le programme de la coalition de centre-gauche, menée par Romano Prodi, y consacre plusieurs pages.
La coalition de centre-droit de Silvio Berlusconi compte 17 partis au total, contre 13 partis pour la coalition de centre-gauche de Romano Prodi.
Plus d'information
European Union
- Commission:Assessment of Italy's National Action Plan
Political Groups
- Forza-italia:Manifesto of the centre-right coalition (in Italian)
- Unione:Manifesto of the centre-left coalition (in Italian) (Europe, pages 83-91, Lisbon, pages 124-128)
Press articles
- Corriere Della Sera:Blog Elezione:
- La Repubblica:Elezione Politiche 2006: Camera
- La Stampa:Elezioni 2006
- Rai Uno:Elezioni 2006
- CNN:Italian elections at a glance
- Times:Shed no tears for the alligator
- The Scotsman:Berlusconi: They're all out to get me
- Focus:The Rise and Fall of Silvio Berlusconi
- Reuters:Last day of campaigning for Italy's poll rivals
- Guardian:'I feel as strong as a lion'
- BBC News:Italy parties in final poll push
- Nouvel Obs:Le bilan de Berlusconi dans les urnes
- Liberation:Silvio Berlusconi : cinq ans de pouvoir et de profits
- Le Monde:Le choix italien
- Figaro:Edito : choix de société en Italie
- Die Welt:Berlusconi: Brauchen UN-Beobachter bei italienischer Wahl
- Der Standard:Alles Schlechte, Silvio!

