Le parti de droite radicale Reconquête ! a annoncé mercredi (7 février) rejoindre le groupe parlementaire des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), premier pas vers une « dédiabolisation ». Marion Maréchal, tête de liste du parti, s’est engagée à réunir les droites européennes.
Avec cette annonce, l’eurodéputé Nicolas Bay, élu sous la bannière du Rassemblement National (RN) en 2019 avant de prêter allégeance au parti d’Eric Zemmour Reconquête ! lors de l’élection présidentielle de 2022, quitte donc les bancs des non-inscrits au Parlement européen pour rejoindre ceux du CRE.
Le groupe parlementaire de droite radicale compte parmi ses membres les Frères d’Italie, parti post-fasciste de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, et le parti d’extrême droite espagnol Vox.
L’annonce renforce la crédibilité politique et marque le début d’une certaine « dédiabolisation » de Reconquête ! à quelques mois du scrutin européen de juin, à l’issue duquel la liste menée par Marion Maréchal devrait obtenir 5 % des voix. Cela veut dire que six eurodéputés Reconquête ! feraient leur entrée au Parlement européen après le scrutin.
« Notre objectif, c’est que davantage de poids soit donné à la droite et aux conservateurs pour pouvoir peser demain à la fois sur la présidence de la Commission [européenne], mais aussi sur la ligne politique qui sera menée », a déclaré Mme Maréchal lors d’une conférence de presse au Parlement européen à Strasbourg mercredi.
Unir les droites européennes
Reconquête ! a été fondé en 2022 par l’ancien journaliste Éric Zemmour, candidat à la présidentielle ayant récolté 7 % des suffrages au premier tour. Il a été condamné à multiples reprises pour incitation à la haine raciale.
Le parti se donne comme objectif principal celui d’unir les droites européennes, du Parti populaire européen (PPE) de centre droit jusqu’au groupe d’extrême droite Identité & Démocratie (ID), où siège le RN au sein de l’hémicycle européen.
Mme Maréchal n’avait pas d’autre message mercredi : elle se présente comme un pont naturel entre les droites européennes, tout en dénonçant « une majorité contre-nature » qui regroupe le PPE, les libéraux du groupe Renew, les Socialistes et Démocrates (S&D) et les écologistes (Verts/ALE).
En outre, elle s’est dit en phase avec la volonté de certains cadres du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) de mettre sur pied un grand plan de « remigration », comme le révélait le média Correctiv au début de l’année. « Le projet de remigration de l’AfD était celui porté par Eric Zemmour », affirmait-elle encore dans les colonnes du JDD dimanche (4 février).
Paris ouverts
Selon les dernières projections réalisées par Europe Elects pour Euractiv, avec ses 91 sièges, le groupe ID devrait devenir la troisième force au Parlement européen, juste derrière le PPE — qui restera le plus grand groupe avec 180 eurodéputés — et les sociaux-démocrates (140 sièges). ID devrait être suivi par les groupes Renew Europe (82 sièges) et CRE (80 sièges).
Mais les paris sont encore largement ouverts. Tout dépendra de la volonté du PPE de se rapprocher des extrêmes, tout comme celle de Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, de venir grossir les rangs du CRE.
Certaines analyses estiment d’ailleurs que, dans une telle configuration, le CRE pourrait dépasser ID en nombre d’eurodéputés. En outre, le parti de Mme Meloni deviendrait le premier groupe au sein de CRE, un avantage stratégique de taille : c’est à lui que reviendrait les postes les plus prestigieux au sein du groupe, notamment la présidence.
Max Griera a contribué à la rédaction de cet article.




