La majorité présidentielle peine à trouver une tête de liste en amont des élections européennes, alors que la campagne doit être officiellement lancée le 9 mars à Lille. Certains s’inquiètent du manque de préparation au sein de Renaissance.
L’AFP, qui révélait mercredi (21 février) la tenue d’un premier meeting de campagne de la majorité présidentielle le 9 mars, a aussi souligné que la tête de liste Renaissance y prendrait part. Or, jusqu’à présent, aucun nom ne semble faire l’unanimité, et un flou quasi-total règne au sein du parti.
Un nom devait être présenté officiellement fin janvier, avant que l’annonce soit repoussée en février, puis début mars.
« Nous avons perdu du temps », a déploré l’eurodéputé Renaissance Bernard Guetta sur France 2 la semaine dernière. Sans perdre une seconde, l’ancien journaliste s’est dit disponible pour « relev[er] le défi ».
Le malaise au sein du parti est d’autant plus perceptible que la campagne semble avoir déjà commencé. La colère agricole, qui a fait trembler le pays tout au long du mois de janvier, a forcé les candidats à se positionner sur des sujets européens structurants, en premier chef le Pacte vert (Green Deal) et la politique commerciale européenne.
Quant aux sondages, ils stagnent. Entre décembre 2023 et mi-février 2024, OpinionWay fait état d’intentions de votes qui bougent à peine pour le parti présidentiel, à 19 % environ.
Le groupe parlementaire Renew Europe, quant à lui, se prépare à passer de 101 sièges d’eurodéputés, faisant de lui le troisième groupe au Parlement européen, à 84, selon Europe Elects, un agrégateur de sondages.
Faire face à Manon Aubry et Jordan Bardella
Si Stéphane Séjourné, ex-Président du groupe Renew Europe, était pressenti comme candidat naturel, les cartes ont été rebattues une fois l’homme nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères en début d’année. Il reste secrétaire général de Renaissance.
En l’état, Renaissance est donc le seul parti à ne pas avoir de tête de liste.
« Il nous faut quelqu’un qui puisse donner du répondant à Manon Aubry et Jordan Bardella » – tous deux eurodéputés et têtes de liste pour La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN), respectivement – souligne une source au sein du parti.
Les deux sont perçus comme télégéniques, bons débatteurs, et fins connaisseurs des campagnes politiques.
En l’absence d’une tête de liste, c’est le Premier ministre Gabriel Attal qui a endossé le rôle de premier défenseur de l’action du gouvernement face, notamment, à l’extrême droite.
M. Attal « deviendra de facto le visage du macronisme lors des élections européennes de juin », soulignait en janvier Mujtaba Rahman, directeur des questions européennes au sein du cabinet de conseil Eurasia Group, qu’il qualifie de « télégénique, fluide et pugnace ».
Stratégie incertaine
Les noms de candidats potentiels ne manquent pas – mais aucun ne semble pour autant faire l’unanimité.
Certains poids lourds, tels l’ancien ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ou encore l’ancien ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, ont formellement refusé le poste.
Le nom de Valérie Hayer, récemment élue présidente du groupe Renew Europe, semble aussi circuler – mais elle-même se dit complètement concentrée dans ses nouvelles fonctions au Parlement européen.
Quant au Canard Enchaîné, il affirmait mercredi que la députée Maud Brégeon, ingénieure nucléaire et spécialiste du sujet, était pressentie. Thierry Breton, commissaire européen en charge du Marché intérieur, pourrait aussi être de la partie.
« Ma préoccupation, c’est davantage l’absence de réflexion collective à ce stade pour choisir qui conduira notre liste », a déclaré l’eurodéputé Horizons – allié de Renaissance – Gilles Boyer au Figaro lundi (19 février).
La stratégie électorale peine aussi à prendre forme. Le parti doit-il assumer un virage à droite afin de s’adresser aux sympathisants Les Républicains (LR) désabusés ? Ou doit-il au contraire regarder à gauche afin de contrer la liste Parti socialiste / Place publique, menée par Raphaël Glucksmann ?
Pour M. Boyer, l’ancien ministre délégué chargé des Transports Clément Beaune, incarnation de la « jambe gauche » de la majorité présidentielle, aurait toutes les qualités pour prendre les devants.
« Au sein de la majorité, Clément Beaune n’est peut-être pas le plus proche de mes idées sur tous les sujets, mais je raisonne au-delà de ça. Et sur l’Europe, nous sommes très alignés », estime-t-il. M. Beaune, ancien conseiller « Europe » d’Emmanuel Macron et ministre délégué chargé de l’Europe, est aussi en charge du programme de la campagne, aux côtés de l’eurodéputé Pascal Canfin.
C’est pourtant le même Clément Beaune qui, en janvier, a été contraint de quitter le gouvernement suite à son opposition au projet de loi immigration qui, selon lui, reprenait les thèses de l’extrême droite. Un retour sur le devant de la scène pourrait frustrer les adeptes d’une ligne conservatrice plus prononcée.
Quoi qu’il en soit, l’ambiance au sein de Renaissance n’est pas à la fête : « In fine, ce n’est pas le parti qui décidera de la tête de liste : c’est Macron », soupire une autre source chez Renaissance.




