Juncker et Tusk s’opposent sur le débat des Spitzenkandidaten

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, est en désaccord avec Donald Tusk, le président du Conseil européen, sur les Spitzenkandidaten, une méthode préconisée par Jean-Claude Juncker pour déterminer son successeur l’année prochaine. [European Council]

Les dirigeants de l’UE s’opposent au système controversé des « Spitzenkandidaten » pour la nomination d’un nouveau président de la Commission. Le Parlement européen se retrouve isolé face à cette bronca.

Les dirigeants des 27 États membres ne veulent pas répéter le processus qui a placé Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission en 2019. À l’issue du sommet européen du 23 février organisé à Bruxelles, ils ont ainsi rejeté le système des « Spitzenkandidaten ». Dans le cadre du système des « Spitzenkandidaten », la présidence de la Commission est attribuée à la tête de liste du parti politique paneuropéen qui obtient le plus de voix aux élections européennes.

A l’inverse, les eurodéputés soutiennent ce dispositif et ont adopté une résolution début février menaçant de rejeter tout candidat à la présidence de la Commission qui ne se présentera pas aux prochaines élections en tant que tête de liste d’un parti. Ils soutiennent que le processus est plus démocratique puisque les candidats font campagne dans toute l’Union afin que les citoyens connaissent le candidat pour qui ils voteront.

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Les eurodéputés sont prêts à faire face aux dirigeants européens. Et à rejeter tout candidat à la présidence de la Commission qui n’aurait pas été choisi par les électeurs par une procédure transparente et ouverte.

 

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a tenu des propos sévères à l’égard de cette méthode. « L’idée que le processus des Spitzenkandidaten est plus démocratique est fausse », a-t-il affirmé à l’issue du sommet informel.

Il a déclaré que tous les dirigeants ont convenu que « le Conseil européen ne peut pas garantir par avance » que le choix se fera uniquement parmi ce groupe de « Spitzenkandidaten ».

Donald Tusk, et les chefs d’État qu’il représente, contestent la demande du Parlement de désigner automatiquement la tête de liste du parti gagnant. Cependant, même si Donald Tusk ne le garantit pas, il déclare cependant qu’il est tout de même possible, voire utile, que le candidat choisi soit une tête de liste d’un parti.

Le président du Conseil ne souhaite pas promettre que le résultat des élections européennes désignera automatiquement le prochain président, ce qui impliquerait que les chefs d’État abandonnent leur droit de veto sur le candidat. Selon lui, les 27 dirigeants devraient en revanche désigner eux-mêmes un candidat pour garantir la « double légitimité démocratique » par l’approbation des eurodéputés.

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La course à la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne est déjà lancée en coulisses, mais les 28 États membres sont encore loin d’être d’accord sur les règles du jeu.

Tusk et Juncker sont souvent en désaccord, et se sont publiquement affrontés à plusieurs reprises lors des précédents sommets sur des sujets tels que le gazoduc Nordstream ou sur la migration. La querelle sur le processus de nomination du successeur de Jean-Claude Juncker à la fin de son mandat en 2019 s’ajoute donc aux tensions persistant entre les deux présidents.

« Je pense que le traité est très clair. Le traité ne mentionne pas un processus d’automaticité », a répondu Jean-Claude Juncker, s’exprimant après Donald Tusk.

Le processus des « Spitzenkandidaten » n’est pas inscrit dans les traités de l’UE, ce qui donne lieu à interprétation. Les avocats de la Commission et du Conseil s’opposent sur un changement potentiel des traités afin que le processus y soit bel et bien inscrit officiellement. Les traités ne fournissent pas beaucoup d’indications sur la question : en effet, le Conseil européen doit proposer un candidat en « tenant compte » des élections européennes.

Donald Tusk a par la suite minimisé le débat, le décrivant comme « un sujet qui n’intéresse que les bureaucrates bruxellois ». Jean-Claude Juncker a répliqué en faisant remarquer que « ces discussions sont plutôt importantes pour les bureaucrates bruxellois ».

Le président actuel de la Commission a ensuite présenté ses propositions sur une réforme de la structure de la Commission, telles que les changements qu’il a apportés pour nommer son ancien chef de cabinet, Martin Selmayr, au poste de secrétaire général de la Commission. Son bras droit resterait ainsi à un poste clé de l’exécutif européen après 2019.

Les chefs d’État ont convenu à l’unanimité qu’ils ne souhaitent pas garantir qu’un « Spitzenkandidat » deviendra le prochain président de la Commission, mais ils n’ont pas discuté longuement sur la possibilité de modifier le fonctionnement institutionnel et les traités européens.

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Angela Merkel et Emmanuel Macron soutiennent tous deux Donald Tusk. La chancelière allemande a par ailleurs déclaré aux journalistes que le processus des « Spitzenkandidaten » « ne pouvait pas devenir un automatisme complet ». Elle a cependant ajouté que le Conseil n’avait pas discuté de la possibilité de nommer un autre chef d’État en poste à la succession de Jean-Claude Juncker l’année prochaine.

Le représentant de l’UE a déclaré que l’une des raisons pour lesquelles les dirigeants hésitent à remettre le choix du futur président de la Commission entre les mains des citoyens est que le paysage politique évolue dans un certain nombre d’États membres, avec des groupes extrémistes obtenant toujours plus de soutien. « Il y a tellement d’inconnues dans cette équation qu’il serait vraiment prématuré de spéculer maintenant sur le futur. » Il serait « vraiment déraisonnable et irrationnel » pour les dirigeants de garantir qu’un « Spitzenkandidat » du parti politique vainqueur lors des prochaines élections devienne président de la Commission, a ajouté la même source.

Cependant, les eurodéputés campent sur leur position. Manfred Weber, le président du Groupe PPE partisan du système des « Spitzenkandidaten », a déclaré : « les citoyens devraient savoir avant les élections qui pourrait devenir le prochain président de la Commission. Tout autre système ne serait que de la diplomatie de couloir ».

Antonio Tajani, le président du Parlement européen, a qualifié ce système de « proposition pour renforcer la démocratie ». Il a vivement critiqué le souhait des chefs d’État de désigner eux-mêmes le candidat. « Nous ne voulons pas d’une Europe bureaucratique ».

Les eurodéputés pourraient encore rejeter le candidat du Conseil européen lorsqu’ils proposeront un nouveau président l’année prochaine.

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