Salvini se rêve en ambassadeur des Italiens à Bruxelles

La Ligue avait organisé un meeting pour fêter ses six mois au gouvernement et lancer la campagne des européennes. [Gerardo Fortuna]

Le ministre italien de l’Intérieur a demandé à plusieurs milliers de ses électeurs de lui donner un mandat de négocier lui-même la réforme de l’UE.

Matteo Salvini a demandé aux Italiens de lui donner un mandat pour négocier personnellement avec l’UE en leur nom, lors d’un événement  célébrant ses six mois au pouvoir et alors que va débuter la campagne électorale pour les européennes de mai 2019.

Après avoir imposé un changement radical dans la nature de la Ligue, qu’il a transformé d’un parti séparatiste du nord en parti national, Matteo Salvini tente à présent de mobiliser les Italiens contre l’Union européenne et ses institutions. L’opposition au projet européen, et en particulier à la monnaie unique, est toujours prépondérante dans les discours de la Ligue.

« Je vous demande un mandat pour aller négocier [avec l’UE] avec respect, non comme un ministre ou un [représentant du] gouvernement, mais comme porte-parole des 60 millions d’Italiens, qui veulent garder espoir et laisser après eux une meilleure Italie que celle qu’ils ont trouvée », a-t-il clamé sur la scène de la Piazza del Popolo, à Rome.

Il a expliqué qu’un tel mandat ne concernait pas du tout les négociations en cours avec la Commission européenne sur le budget italien, mais un changement plus large de l’Union.

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Rome a accepté de modifier son budget pour 2019, mais les changements pourraient s’avérer trop légers, a indiqué le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno.

L’argument que l’on n’est pas contre l’UE en soi, mais contre « cette » UE-là a déjà été utilisé à plusieurs reprises, notamment par Viktor Orbán et d’autres dirigeants des pays de Visegrád.

L’entrée pompeuse du ministre sur scène, au son de « Nessun Dorma » – l’air mondialement célèbre de l’opéra Turandot de Puccini qui scande « Vincerò », « je vais gagner » – marque le début de la campagne de la Ligue pour les élections européennes.

Le rêve européen

L’Europe n’a jamais joué un rôle aussi central dans un rassemblement de la Ligue. Le manifeste du parti pour les dernières élections nationales formule l’objectif de rétablir l’Union européenne telle qu’elle était avant le traité de Maastricht.

Matteo Salvini a poussé ces idées plus loin en s’en prenant à ceux qui, selon lui, ont trahi les valeurs du traité de 1992 et en promettant que sa force mettrait en place « une nouvelle communauté européenne fondée sur le respect et la solidarité ».

Selon lui, une Europe qui ne se concentre que sur les inspections et les indicateurs économiques est vouée à l’échec. « Nous voulons la voir se lever, sourire et travailler », a-t-il ajouté.

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Culte de la personnalité

La Ligue attendait plus de 100 000 participants à l’événement. Selon les organisateurs, ils ont été près de 80 000 personnes à venir à la Piazza del Popolo. Un succès que vient tempérer un détail : la capacité réelle de la place est d’environ 30 000 personnes.

Interrogés par Euractiv, des partisans et militants de la Ligue semblent très sceptiques à propos des « puissances fortes » de Berlin, Paris et Bruxelles. Les participants interrogés ont cependant semblé voir d’un bon œil la voie du dialogue entamé avec la Commission européenne et l’UE en général.

Bien que des ministres, gouverneurs régionaux et maires de la Ligue soient montés sur scène, Matteo Salvini était incontestablement le clou du spectacle. Parmi ses supporteurs, le culte de la personnalité est très présent.

Les rumeurs selon lesquelles le ministre de l’Intérieur pourrait être le Spitzenkandidat de l’alliance d’extrême droite aux européennes se multiplient. Le principal intéressé a dit qu’il commencerait à y penser au mois de mars.

Qu’est-ce qui serait le mieux, selon ses électeurs : que Matteo Salvini reste Premier ministre en Italie, ou qu’il soit président de la Commission européenne ? Un militant lombard ne veut pas trancher : « Salvini, c’est toujours le meilleur ».

Une électrice des Pouilles, dans le sud, estime quant à elle que « nous avons besoin de lui ici, pour l’instant », ajoutant qu’il suffirait de mettre au sommet de la Commission quelqu’un qui partage ses idées.

Tous les partisans interrogés ont soutenu la ligne politique de l’extrême-droitiste, en particulier en ce qui concerne l’immigration. Seul objet d’une critique isolée : l’impôt uniforme, un taux d’imposition fixe de 15 % pour les entreprises et les particuliers, une promesse électorale à laquelle la Ligue a dû renoncer.

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Divisions internes

Matteo Salvini a appelé ses supporteurs à s’unir, car d’autres partis tenteront selon lui de scinder la Ligue dans les mois à venir. « Il y a au moins trois groupes de partisans : ceux qui restent fidèles à l’ancien dirigeant Bossi, qui n’ont jamais cessé de réclamer l’indépendance du nord de l’Italie, les nationalistes que Salvini a attirés, et les nouveaux venus du sud de l’Italie qui étaient membres du centre droit avant », assure-t-il.

Selon lui, ce dernier groupe n’avait pas encore gagné la confiance du leader, ce qui ne l’empêche pas d’être un atout stratégique pour l’expansion de la Ligue dans toute l’Italie.

Lorsqu’on lui demande si les partisans de la Ligue d’origine étaient satisfaits de cette nouvelle ligne nationaliste, le Lombard répond qu’il n’y a qu’une seule façon d’atteindre les objectifs traditionnels : « Nous avons d’abord essayé avec l’indépendantisme, puis avec l’alliance avec Silvio Berlusconi, puis avec la réforme du fédéralisme fiscal en 2011. La Ligue ‘nationale’ n’est que la dernière tentative de réinventer un processus en soi. »

Dans son discours, Matteo Salvini a également fait référence au mouvement des gilets jaunes qui secouent la France voisine. Il a livré une attaque évidente contre la politique économique du président français, Emmanuel Macron.

« Ceux qui sèment la pauvreté récoltent l’opposition, ceux qui sèment de fausses promesses récoltent la réponse de ceux qui sont en marge et à la campagne », a-t-il déclaré à son public réjoui.

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