Martin Schulz se tient à distance du gouvernement allemand

Soucieux de son image de dissident politique, le principal adversaire de Merkel refuse de participer aux négociations gouvernementales avant les élections. Au risque de se mettre à dos son propre parti. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

L’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, a récemment déclenché l’ire des partenaires de coalition du parti social-démocrate (SPD) lorsqu’il a annoncé qu’il ne voulait pas participer aux négociations du gouvernement entre aujourd’hui et la période législative. Il a toutefois insisté sur le fait qu’il était favorable à une fameuse « grande coalition » dans le pays.

Le chef de file de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Volker Kauder, a accusé Martin Schulz de fuir ses responsabilités et de « refuser de travailler ».

L’ancien libraire a trouvé une solution en participant à une cérémonie de remise de prix au palais du Reichstag pour des jeunes ayant promu la cohésion.

Après quoi, le leader du SPD a parcouru 400 mètres pour se rendre à la chancellerie et négocier les droits de retour aux emplois à plein temps et à mi-temps, la limitation des salaires des dirigeants et le mariage pour tous.

Promesse de renouveau

Ce qui, aux yeux d’un observateur impartial, pourrait sembler être une tactique d’esquive puérile est en effet tout à fait logique politiquement. Martin Schulz s’est présenté comme un outsider et un dissident politique ; il cherche donc à se tenir à l’écart le plus possible de la coalition au pouvoir, et d’Angela Merkel en personne.

« Les Allemands sont fatigués d’Angela Merkel »

Martin Schulz pourrait bien devenir le prochain chancelier allemand, alors qu’Angela Merkel peine à inspirer ses électeurs, selon le consultant politique Michael Spreng, interviewé par notre partenaire, WirtschaftsWoche.

Il craint en effet qu’une trop grande proximité avec le gouvernement actuel ne mette en danger sa promesse de renouveau.

Martin Schulz a sans aucun doute analysé l’exemple de son prédécesseur, Sigmar Gabriel, qui a passé des années à forger des compromis avec l’Union (CDU et CSU) et donc à entacher la crédibilité des sociaux-démocrates.

Par conséquent, le candidat du SPD fait face à un dilemme. D’une part, certains dans son parti le poussent à montrer clairement, du moins symboliquement, qu’il n’est en rien redevable d’Angela Merkel et qu’ils se font face en tant que chefs de file de leurs partis respectifs.

En effet, aucun scénario ne déplait plus aux électeurs du SPD que celui de voir le parti jouer une fois de plus le rôle de petit frère du parti CDU d’Angela Merkel.

Toutefois, le parti de Martin Schulz a encore six mois au gouvernement. Voilà pourquoi les commentaires de Volker Kauder ne sont pas infondés puisqu’il accuse légitimement Martin Schulz de se concentrer sur sa campagne et son parti, plutôt que sur l’Allemagne.

Martin Schulz voudra éviter de donner aux électeurs l’impression que tout ce qui l’intéresse est de faire des promesses pour l’après 24 septembre, au lieu de s’engager dans un véritable processus politique dans les six mois précédents l’élection.

À cet égard, le SPD essaye d’utiliser le mariage pour tous pour faire pression sur ses partenaires de coalition. Le parti est favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, alors que le CDU et le CSU pensent que ce genre d’unions devrait être cantonné à l’équivalent du PACS.

Opperman :«Schulz serait une chance pour l'Europe sociale»

La victoire de Martin Schulz aux élections allemandes permettrait à l’Europe de mettre un terme aux politiques d’austérité « inutiles » et de remettre la justice sociale au cœur de l’union, estime Thomas Oppermann.

L’initiative a pour but de refléter les changements sociétaux et le fait que la plupart des Allemands soutiennent désormais le mariage gay. Si l’Union CSU-CDU venait à la bloquer, alors le SPD cherchera à utiliser le débat pour gagner la faveur de l’opinion publique avant les élections.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER