Les élections européennes, moteur de la lutte contre l’euroscepticisme

La perspective de voir les partis eurosceptiques arriver en très bonne place aux prochaines élections européennes et nationales préoccupent les fonctionnaires européens et les pro-européens.

Le départ imminent de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et le lancement du compte à rebours avant les prochaines élections européennes de mai 2019 concentrent les esprits sur l’urgence de trouver un remède à l’euroscepticisme grandissant au sein de l’UE.

« Le scepticisme est une bonne chose », a déclaré Giles Pelayo, chef d’unité du programme « L’Europe pour les citoyens » de la Commission européenne lors d’un événement Euractiv organisé à Bruxelles. « Les citoyens devraient être les contrôleurs du projet européen. Il est vrai qu’ils sont très exigeants », a-t-il ajouté.

Même si UKIP, le Front national de Marine Le Pen et Alternative pour l’Allemagne (AfD) figurent parmi les partis eurosceptiques les plus visibles d’Europe, le phénomène est tout aussi répandu au sein des nouveaux pays membres de l’UE, en particulier en Pologne et en Hongrie, deux États qui défient ouvertement l’autorité de Bruxelles.

« Les attentes étaient élevées suite aux élargissements de 2004 à 2007 », explique Pavol Babos, co-dirigeant du projet « Comprendre et débattre de l’euroscepticisme » (CODES) à l’Université Comenius de Bratislava, qui a organisé une série de réunions publiques locales en Slovaquie, Hongrie, Allemagne, Autriche, Bulgarie et Lettonie.

Selon lui, les électeurs « ne sont pas différents à l’ouest et à l’est. Ce qui est différent, ce sont les explications qu’ils donnent. »

Ainsi, les citoyens des derniers pays à être entrés dans l’UE s’attendaient à combler rapidement le fossé économique avec leurs riches voisins et à être sur un pied d’égalité lors des négociations européennes. Or, explique-t-il, ils ont maintenant le sentiment que ces attentes n’ont pas été satisfaites.

« Ce n’est pas qu’une impression, c’est la réalité », a déclaré Benedek Javor, eurodéputé hongrois (verts). « Que ce soit juste ou non, nous devons en être conscients. »

Benedek Javor ajoute que les répliques du crash financier de 2007-2008 et la crise de la dette de la zone euro qui a suivi se font toujours sentir et sont un facteur clé de l’euroscepticisme et de la désillusion.

« Nous avons traversé une crise économique profonde et nous n’en sommes pas totalement sortis », commente-t-il.

Luc Van den Brande, conseiller spécial du président de la Commission européenne a quant à lui souligné « le manque de confiance et l’antagonisme entre l’UE et l’espace national ». Plusieurs de ses propositions portent sur la sensibilisation des jeunes à l’intégration européenne.

« Le projet européen et son histoire devraient faire partie du programme d’enseignement », a-t-il ajouté, tout en soulignant que le programme d’échange Erasmus, l’une des politiques européennes les plus populaires et identifiables, devrait également être étendu aux étudiants et aux jeunes qui ne sont pas à l’université.

Passer au transnational

L’élection d’un groupe de députés européens via une liste transnationale de partis a longtemps été présentée comme un moyen de développer un peuple européen et d’éviter que les élections européennes ne soient réduites à 27 scrutins nationaux séparés.

Le concept est maintenant défendu par le président français Emmanuel Macron, mais le groupe PPE du Parlement européen  a mis un coup d’arrêt aux propositions visant à introduire une liste transnationale lors des élections de mai prochain, hypothéquant sérieusement les chances du projet.

Revers pour Macron sur les listes transnationales

Les eurodéputés se sont accordés pour modifier la composition du Parlement dans la foulée du Brexit. Mais l’idée d’une liste transnationale pour les élections de 2019, portée par Macron, n’a pas remporté les suffrages.

« Nous devrions parler des questions européennes lors des élections européennes… le problème c’est qu’on parle plus de politique nationale, donc ce concept de listes transnationales est intéressant », a commenté Mairead McGuiness, vice-présidente du groupe PPE.

« Je pense qu’il en est à ses balbutiements… mais cela pourrait amener les gens à penser au-delà des questions nationales lors des élections européennes. Le concept vaut la peine d’être exploré », a-t-elle ajouté.

Le groupe PPE a toutefois laissé entendre qu’il soutiendrait l’introduction d’une liste transnationale, mais pas avant 2024.

Avec ou sans listes transnationales, les partis nationalistes et eurosceptiques devraient enregistrer de bons résultats en mai 2019. L’AfD, le FN, le mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo en Italie et les démocrates suédois font tous plus de poids dans les sondages d’opinion qu’il y a cinq ans.

Mais tout le monde ne dépeint pas un tableau aussi sombre de l’avenir.

« L’Union européenne est beaucoup plus résiliente que les titres des tabloïds ne le laissent penser, et la crise des réfugiés ne va pas bientôt conduire à l’effondrement de l’Union européenne. Ce qui est sûr c’est que les crises ont un impact sur l’engagement citoyen », a déclaré Josef Janning du Conseil européen des relations extérieures.

« Nous devons nous éloigner de l’intégration institutionnelle et des transferts financiers entre les États pour nous tourner vers des mesures incitatives que les citoyens peuvent utiliser plus directement, comme les programmes d’échange ou la suppression des frais d’itinérance, si nous voulons maintenir l’engagement et le soutien des citoyens de l’Union européenne. »