La campagne présidentielle tchèque submergée par les fake news

La campagne électorale opposant le président sortant pro-russe Miloš Zeman à l’universitaire pro-européen Jiří Drahoš, est de plus en plus vive, surtout autour des questions migratoires.

Bien que le président n’ait guère son mot à dire dans la politique étrangère et agisse simplement en tant que représentant du pays à l’étranger, l’immigration est devenue un sujet brûlant de la campagne électorale tchèque. Les fake news en provenance des deux camps ont largement pollué le débat.

La bataille a atteint son paroxysme le 18 janvier, lorsque les partisans de Miloš Zeman ont publié des publicités et des bannières disant « Stop à la migration et à Drahoš, ce pays est le nôtre, votez pour Zeman ».

Législatives tchèques : la peur des migrants dans un pays sans migrants

En République tchèque, les discours radicaux contre les réfugiés ont fait un hold-up sur le débat politique à la veille des législatives. Le pays a accueilli 12 réfugiés sur les 1600 qui lui étaient impartis.

Jiří Drahoš n’a eu l’intention d’ouvrir le pays aux migrants, et il ne soutient pas non plus les mécanismes de relocalisation proposés par Bruxelles, contre lesquels le gouvernement tchèque s’oppose depuis le début.

« Aujourd’hui, il est clair que la répartition des réfugiés entre 28 pays n’a aucun sens », déclare Jiří Drahoš, 68 ans, sur son site officiel. « L’Europe devrait fournir une aide humanitaire temporaire aux véritables réfugiés, si possible en dehors de ses frontières extérieures, près de chez eux », explique l’ancien président de l’Académie tchèque des sciences.

Les positions des deux candidats sur la migration ne sont pas très éloignées, pourtant, Jiří Drahoš est désormais perçu comme étant favorable à l’accueil des réfugiés tandis que Miloš Zeman, 73 ans, refuse de les accueillir.

Prague n'accueille aucun réfugié, mais estime en faire assez

La République tchèque n’a aucun réfugié depuis plus d’un an, contrairement à ses obligations légales. Et le jugement de la Cour européenne de justice n’a rien changé à sa position. Un article d’Euractiv République tchèque.

Les opposants de Jiří Drahoš disent aussi qu’il a été membre de la Sûreté de l’État (StB), la police secrète du régime communiste au pouvoir de 1945 jusqu’à la révolution de velours en 1989. Pour réfuter ces allégations, Jiří Drahoš a publié un document qui confirme qu’il n’avait aucun lien avec la StB.

Pour ce qui est de la désinformation, Miloš Zeman en prend aussi pour son grade. Avant le premier tour, les électeurs tchèques ont trouvé dans leurs boîtes aux lettres des tracts affirmant que le candidat passerait automatiquement au second tour, et qu’ils n’avaient donc pas besoin de voter pour lui. Le ministère de l’Intérieur a dû publier une déclaration officielle pour nier cette information.

Pro-russes et pro-européens s'affrontent en république tchèque

Les Tchèques devront retourner aux urnes les 26 et 27 janvier pour un duel présidentiel entre le chef de l’Etat sortant, le pro-russe Milos Zeman, arrivé samedi en tête du premier tour, et un rival sérieux, le pro-européen Jiri Drahos.

 

La mauvaise santé de Miloš Zeman a également fait l’objet de spéculations. Certaines personnes ont même prétendu que sa jambe avait été amputée et qu’il souffrait d’un cancer. Cela qui a ensuite été démenti par ses médecins.

Les deux candidats auront l’occasion de s’affronter lors d’un débat télévisé la semaine prochaine. Jusqu’à présent, Miloš Zeman refusait l’idée de tels débats. Mais il semble aujourd’hui plus enclin à y participer qu’à s’occuper des problèmes politiques actuels du pays.

Selon son porte-parole, il n’a pas pu trouver le temps cette semaine pour rencontrer Andrej Babiš (ANO), vainqueur des élections législatives qui a perdu un vote de confiance au Parlement mardi.

Le cabinet de Miloš Zeman avait confirmé que le président accepterait la démission du gouvernement minoritaire de Andrej Babiš. Pourtant, Miloš Zeman a soudainement reporté la séance à mercredi prochain (24 janvier), deux jours seulement avant le second tour du scrutin présidentiel.

Pendant ce temps, Andrej Babiš tente à nouveau de former un gouvernement, malgré le manque d’alliés et les accusations de fraude.

Le 18 janvier, il a rencontré le leader d’extrême-droite Tomio Okamura, qui a affirmé par la suite que le programme de l’ANO se rapprochait désormais des priorités de son parti Démocratie directe et que les discussions sur une éventuelle coopération se poursuivraient.

Si le parti de Tomio Okamura rejoignait Andrej Babiš, ils auraient à eux deux 100 députés. Or, le Premier ministre a besoin de 101 voix pour passer le prochain vote de confiance et convaincre d’autres partis de coopérer.

Certains députés de l’opposition ont déclaré qu’ils pouvaient soutenir un gouvernement ANO, mais pas avec Andrej Babiš à sa tête.

Avant les élections, Andrej Babiš, sa femme et ses enfants, ainsi que plusieurs de ses collègues, ont été accusés d’avoir frauduleusement remporté une subvention de 2 millions d’euros, provenant dans sa majorité de fonds de l’Union européenne. Une fois réélu, il a toutefois retrouvé son immunité.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.