Le sommet de Sibiu ne ferme pas la porte aux Spitzenkandidaten

Donald Tusk et Jean-Claude Juncker au sommet de Sibiu. [European Council]

Les dirigeants européens ont accepté un sommet d’urgence juste après les élections, le 28 mai, à la demande de Donald Tusk, qui veut régler la question de la nomination des présidents de la Commission et du Conseil en juin.

« Mon intention est que le Conseil nomme la nouvelle direction de l’UE en juin. J’appelle tout le monde à prendre ses responsabilités pour rendre cela possible », a déclaré le président du Conseil de l’UE, Donald Tusk, au sommet de Sibiu, en Roumanie. En 2014, il a fallu trois sommets et trois mois pour trouver un accord.

Quand les candidats sont présentés par les États membres, et non par le Parlement, les négociations sont potentiellement plus âpres. Donald Tusk a indiqué que la décision sera prise « conformément aux règles inscrites dans les traités », tout en tenant compte de facteurs comme la parité entre genres et la géographie. Le plus important, insiste-t-il, est « d’assurer l’efficacité des institutions », même si cela veut dire mettre la question au vote en cas d’absence de consensus.

L’unanimité n’est pas obligatoire pour une telle décision, même si les diplomates rappellent qu’elle est souhaitable. En 2014, les Premiers ministres hongrois et britanniques, Viktor Orbán et David Cameron, avaient tenté de bloquer la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission.

Les dirigeants devront décider qui dirigera l’exécutif, le Conseil et le Parlement (via le système des Spitzenkandidaten), ainsi que la Banque centrale européenne et le prochain Haut représentant aux affaires étrangères. Lors de sa conférence de presse, Emmanuel Macron a indiqué vouloir « éviter un compromis sur le moins bon candidat, comme ça a été le cas par le passé ». Une décision rapide ne sera donc peut-être pas possible.

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Les Spitzenkandidaten pas officiellement hors-jeu

Le système des Spitzenkandidaten – des candidats choisis par les groupes politiques du Parlement – qui a permis à Jean-Claude Juncker d’accéder à son poste, sera peut-être abandonné. Le sommet du 28 mai est en effet trop proche de l’élection pour fournir une vision lisible de son résultat.

Les traités européens indiquent seulement que le Conseil doit « tenir compte des élections parlementaires » pour nommer les dirigeants de l’UE. Il n’y a donc aucune garantie de voir le prochain président de l’exécutif choisi au sein du groupe majoritaire au Parlement. Le système est en effet décrié par plusieurs chefs d’État, qui estiment qu’il favorise le PPE.

Le président français a d’ailleurs immédiatement estimé que ce système n’était pas le bon. Malgré son « respect » pour le candidat du PPE, Manfred Weber, il ne « se sent pas lié par le principe des Spitzenkandidaten ».

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À son arrivée au sommet, le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a pour sa part jugé que les Spitzenkandidaten étaient « une erreur, dès le départ » et que ce processus ne pouvait fonctionner sans des listes transnationales. Une vision partagée par Emmanuel Macron.

La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaitė, a également indiqué que le système était « un peu en dehors des traités et procédures démocratiques ».

Vu ces avis négatifs, les observateurs pensaient que le système serait enterré au sommet. Finalement, la décision ne sera pas prise avant le 28 mai.

Les Spitzenkandidaten ont cependant toujours des partisans au Conseil, en particulier parmi les dirigeants du PPE, qui devrait une fois de plus être en première position après les élections. Sebastian Kurz, Premier ministre autrichien, a quant à lui défendu le système de nomination et estime que sa suppression n’est pas démocratique.

Celui-ci venait d’assister au pré-sommet du PPE, où le groupe conservateur a réitéré son soutien à son candidat désigné, le Bavarois Manfred Weber. Cette semaine, ce dernier a été soumis à une pression accrue : il a été dominé dans un débat par son homologue socialiste, Frans Timmermans, a perdu le soutien de Viktor Orbán et a dû répondre à des questions gênantes sur une éventuelle candidature rivale de Michel Barnier, le négociateur du Brexit.

Cependant, le président du PPE, Joseph Daul, a déclaré que des membres proéminents du groupe, dont l’Allemande Angela Merkel, avaient « réitéré leur soutien indéfectible » au candidat officiel. À la fin du sommet, la chancelière allemande a de fait répété : « Je soutiens Manfred Weber, pour que ce soit très clair. »

Le sommet de mai révélera si ce soutien sera suffisant pour maintenir les espoirs du Bavarois de succéder à Jean-Claude Juncker ou non.

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