Stubb, un candidat à la Macron face au conservateur Weber

Alexander Stubb, au Parlement européen, le 2 octobre

L’ex Premier ministre finlandais, Alexander Stubb veut défendre les valeurs européennes au sein de la droite. Une position qui risque de scinder un peu plus le Parti populaire européen.

Il est le challenger au sein de la droite européenne. Après le faible enthousiasme suscité par la candidature de Manfred Weber pour représenter le Parti populaire européen aux élections européennes, et la suspension temporaire de la candidature de Michel Barnier le 28 septembre, qui a affirmé se consacrer aux négociations du Brexit, l’ex premier ministre finlandais Alexander Stubb a dévoilé mardi 2 octobre à Strasbourg sa candidature pour mener la droite lors des élections.

« Après un peu de réflexion et d’encouragements, j’ai décidé d’être candidat à la tête de liste du Parti populaire européen » a déclaré l’ex Premier ministre, qui se dit « de centre gauche au sein du PPE ». De fait, il tente une approche plus centriste, à la Macron, de la politique européenne.

« Je crois que les valeurs européennes sont attaquées, dans l’UE et dans notre propre parti. Les droits fondamentaux, la liberté, la démocratie libérale, l’état de droit : si nous n’attachons pas à ca, nous n’avons plus rien. »

Ancien député européen, actuellement vice-président de la Banque européenne d’investissement, il présente des gages solides question engagement pro européen. Il est aussi un ardent défenseur de l’état de droits et de l’égalité homme/femme, des qualités pas forcément unanimes au sein de la droite européenne.

Tout comme son goût pour le sport : en 2016, ce diplômé de la LSE terminait l’Ironman à Hawai. Cauchemar des meilleurs sportifs, l’épreuve consiste en un marathon, de 4 km à la nage et 180 km à vélo, le tout par 35 degrés. Sur son compte Twitter, le tout juste quinquagénaire se définit avant tout comme « père » ( de deux ados, un garçon et une fille), et « mari » d’une avocate.

Son concurrent direct, Manfred Weber, se définit en des termes nettement moins modernes en tant que « Bavarois et Européen ». Alexander Stubb est aussi fan d’Instagram et joue à plein régime la carte de la mise en scène.

Un candidat anti-Orban et anti-allemand

Les difficultés que rencontre le processus de « Spitzenkandidaten » rendent les gesticulations du PPE quelque  peu absurdes. Si les autres partis ne jouent pas le jeu, et que les Etats refusent que la tête de liste du parti vainqueur des élections européennes de mai ne prochain prenne la tête de la Commission, l’opération sera un échec cuisant.

Mais la candidature de Stubb est aussi une réponse aux critiques inhérentes au processus.  Nombre de petits pays sont en effet inquiets de l’emprise de l’Allemagne sur les institutions européennes. Avec la première population européenne, le pays a donc le nombre de députés le plus important. Au Parlement européen, les Allemands dirigent actuellement le groupe PPE, mais aussi le Parti socialiste européen, la gauche radicale, et co-dirigent les Verts.

Or l’affaire du secrétaire général de la Commission, Martin Selmayr, a renforcé la défiance envers l’Allemagne. Et donc envers Manfred Weber. Le Finlandais n’a pas ce handicap : pour la France comme pour de nombreux pays, un candidat finlandais est plus sûr, tout simplement parce que les intérêts finlandais qu’il pourrait favoriser ne pèsent pas tant sur l’économie européenne.

Spitzenkandida ou pas, il pourrait se retrouver à la tête de la Commission parce qu’il fait consensus plus facilement. « En 2019, il y aura 5 postes à pourvoir au niveau européen » a d’ailleurs rappelé le Finlandais, qui ne se présente pas au Parlement européen : il regagnera la BEI en cas d’échec.

« Nous avons besoin d’une Commission qui comprend la robotisation, l’intelligence artificielle, et les préoccupations des gens notamment sur les migrations.  Je veux être le candidat de la nouvelle génération, même si j’ai des lunettes à double foyer » a ironisé le triathlète tout en insistant sur ses positions radicales notamment à l’égard de la Hongrie.

Le plan d'attaque de Viktor Orbán pour une nouvelle Europe illibérale

Viktor Orbán, qui avait été encouragé à ses débuts par Helmut Kohl, lance une attaque en règle contre l’Europe ouverte et libérale. Un article d’Euractiv Croatie.

« A propos du Fidesz, le parti d’Orban, je pense que les valeurs sont l’élément le plus important. Or les valeurs, c’est binaire, soit on est avec nous, soit on est ailleurs» a-t-il précisé. Il avait déjà indiqué qu’il ne souhaitait pas appartenir à un parti qui abritait le celui de Viktor Orban.

Le débat qui se tiendra jusqu’à la mi-novembre au sein du PPE promet d’être sanglant : certains, comme Stubb, s’arque boutent sur l’état de droit. A l’inverse, Weber est plus conciliant. Quant aux Français, derrière leur président Laurent Wauquiez, ils semblent soutenir le parti de Viktor Orban, en tout cas pour ceux qui n’ont pas déjà quitté le parti. Ce qui rend délicate la tâche des autres pays : si France et Allemagne soutiennent Weber, les chances du challenger s’affaiblissent.

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