La guerre est ouverte pour la succession de Merkel

La chancelière allemande, Angela Merkel, réajuste son projet politique après les élections en Hesse. [EPA-EFE/HAYOUNG JEON]

Angela Merkel, chancelière allemande depuis 2005, ne se présentera pas à la présidence de la CDU en décembre ni à la chancellerie à la fin de son mandat.

« Chancellerie et présidence du parti vont de pair » : jusqu’ici, tel était le credo politique d’Angela Merkel. À présent, elle se rend compte que ces deux piliers ne l’intéressent que s’ils lui confèrent du pouvoir. Et après les élections du Land de Hesse, ce pouvoir semble lui filer entre les doigts.

Lors de la prochaine conférence du parti en décembre, elle annoncera son souhait de ne pas se présenter à la présidence après 18 ans au sommet du parti. Il s’agit du plus long mandat jamais effectué à ce poste.

Tout allait bien jusqu’à l’été 2015, lorsqu’elle a fait ouvrir les frontières – une mesure qui ne devait durer que deux semaines.

Depuis, les pires ennemis de Angela Merkel se trouvent à ses côtés, dans ses propres rangs. Si l’accueil des réfugiés a été salué comme un geste humain, en particulier par la gauche, et a apporté à la chancelière une popularité considérable parmi les électeurs du SPD, des Verts et de la Linke, le camp conservateur a depuis lors abandonné tout espoir de consensus.

L’an passé, les  querelles avec le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer ont soulevé des doutes au sein de la population, qui a commencé à se demander si Angela Merkel tenait toujours les rênes.

Nouveau coup dur pour les partis traditionnels en Allemagne

Pour les partis traditionnels allemands, le coup de grâce a été porté en Hesse, où l’extrême droite continue sa percée au sein des parlements régionaux. Les Verts ont quant à eux fait une percée historique dans la région.

« La leçon à retenir pour Berlin après l’échec de la Hesse est que les citoyens aimeraient voir moins de controverses, et plus de concentration sur les objectifs », a affirmé Volker Bouffier, candidat de la CDU et Premier ministre sortant de Hesse.

Pour lui, il faut prendre ces résultats comme un « avertissement pour Berlin ». Et pour cause, 73 % des anciens électeurs de la CDU en Hesse ont déclaré que leur vote était en effet une bonne occasion de secouer la Grande Coalition.

Lors d’une conférence de presse le 29 octobre, Angela Merkel a clairement assumé cette responsabilité. « Si les habitants du pays avaient personnellement écrit au gouvernement pour nous dire ce qu’ils pensaient de notre travail, le message n’aurait pas été plus clair », a-t-elle soufflé.

Angela Merkel a poursuivi en confiant qu’elle avait toujours voulu diriger la tête haute et partir avec dignité. Ce qu’elle fera probablement, puisqu’elle a pris la décision de démissionner de la tête de son parti, et de ne pas se représenter à la chancellerie en décembre. Sa carrière politique touche donc à sa fin.

Et pour la succession ?

La bataille pour la succession d’Angela Merkel est donc ouverte. La secrétaire générale de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer (alias AKK), confidente et « héritière » désignée par la chancelière, se jette déjà dans l’arène.

L’aile conservatrice du parti a pourtant autre chose en tête. Alors que AKK marcherait dans les pas de sa prédécesseure, beaucoup de membres de la CDU, et surtout de la CSU, sœur bavaroise du parti, voudraient opérer un basculement vers la droite, avec un droit à l’asile durci, et un retour aux valeurs « traditionnelles » et conservatrices.

« En Allemagne, le populisme d’extrême droite attire 20 % de la population »

L’islamophobie est un phénomène profondément ancré dans la société, qui doit être combattu en établissant un contact entre les Allemands et les immigrés, selon la sociologue Daniela Krause.

Depuis l’annoncée d’Angela Merkel de quitter la présidence du parti, un nom hante les médias, celui de Friedrich Merz. Au tournant du millénaire, il a été tantôt président, tantôt vice-président du groupe parlementaire de la CDU au Bundestag. Il était l’un des adversaires les plus dangereux de la chancelière, mais elle l’a évincé avec succès pendant une bonne décennie. Il pourrait bien devenir un grand adversaire de AKK.

« L’échec du sauvetage de la Grèce, le revirement énergétique injustifié, la crise des réfugiés, la montée de l’AfD [parti d’extrême droite raciste] et le Brexit sont autant d’échecs d’Angela Merkel », accuse Hans-Olaf Henkel, eurodéputé. « Et ils sont tous, à mes yeux, un motif de démission suffisant. Avec Friedrich Merz à la barre en revanche, la CDU pourrait retrouver sa grandeur, et l’AfD être réduite de moitié. »

Pour le leader libéral du FDP, Christian Lindner, Angela Merkel abandonne le mauvais poste : « la CDU a bien besoin d’un nouveau dirigeant, mais l’Allemagne a surtout besoin d’un nouveau gouvernement. »

La coprésidente de l’Alliance 90 / Les Verts, Annalena Baerbock, souligne quant à elle que son parti est ouvert à une coalition avec le SPD, la CDU, voire le FDP. Rappelons que ce sont les Verts qui ont remporté le plus de voix aux côtés de l’AfD. Annalena Baerbock a tenu à saluer le courage d’Angela Merkel de céder la présidence du parti, et à lui rendre hommage pour son travail à ce poste.

En Bavière, les Verts mettent fin au monopole historique de la CSU

Le parti bavarois affilié à la CDU d’Angela Merkel a subi un revers historique lors des élections régionales. Les Verts deviennent quant à eux la deuxième force politique du Land. Un résultat qui augure de nouvelles difficultés pour la chancelière.

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