Le Game of Thrones à l’européenne commence

epa07455331 Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne se réunissent lors d'une table ronde lors du sommet du Conseil européen à Bruxelles, Belgique, le 22 mars 2019. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Les élections européennes marquent le départ d’une course pour les plus hautes fonctions de l’UE, sans nécessairement en choisir les vainqueurs. Explications.

Contrairement à ce qu’il se passe au niveau national, le parti qui remporte le plus de sièges aux européennes ne finit pas nécessairement à la présidence de l’exécutif. Le nouveau président de la Commission sera en effet nommé par les chefs d’État et de gouvernement au terme de discussions qui s’étendront sur au moins deux sommets.

Le Conseil peut tenir compte des candidats présentés par les groupes parlementaires, les Spitzenkandidaten, mais n’y est pas obligé. Dans tous les cas, le scrutin devrait amoindrir l’influence des deux grands partis européens et donc rendre plus difficile la nomination du Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber.

Angela Merkel a indiqué soutenir la candidature de l’Allemand, alors qu’Emmanuel Macron s’est exprimé contre le système de Spitzenkandidaten dans son ensemble. Alors qui sera choisi, un autre candidat déclaré ou quelqu’un qui n’a pas participé à la campagne ? Réponse après les marchandages qui auront lieu au Conseil, à huit clos.

Les négociations commenceront deux jours après les premiers résultats électoraux, le 28 mai, lors d’un sommet à Bruxelles. Le président du Conseil, Donald Tusk, profitera de ces échanges pour faire une liste de nominés, qui sera à nouveau discutée fin juin.

Outre le président de la Commission, les chefs d’État et de gouvernement doivent aussi choisir un directeur de la Banque centrale européenne, un Haut représentant aux affaires étrangères, un président du Parlement et un président du Conseil.

Les Spitzenkandidaten sur la touche ?

Emmanuel Macron et la plupart des autres dirigeants répugnent à céder le pouvoir de nomination que leur confèrent les traités aux Partis européens. Ils pourraient donc ignorer les Spitzenkandidaten. Les candidats qu’ils proposeront devront être soutenus par au moins 376 des 751 membres du Parlement.

Si les dirigeants se mettent d’accord lors du sommet des 20 et 21 juin, le nouveau Parlement pourrait voter dès juillet. En 2014, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni s‘étaient initialement opposés au choix de Jean-Claude Juncker. Finalement, Angela Merkel avait cédé et avait laissé le Luxembourgeois, qui fait partie de sa famille politique, accéder au poste après une campagne médiatique l’accusant de « trahir la démocratie ».

Aujourd’hui, c’est Emmanuel Macron qui risque de s’opposer au candidat principal. Il a déclaré que quel que soit le résultat des élections il ne soutiendrait pas Manfred Weber.

Pourquoi Manfred Weber ne sera pas président de la Commission

Contrairement à ce qu’il croit, il est peu probable que Manfred Weber devienne président de la prochaine Commission européenne. Un article du Der Tagesspiegel.

Le PPE perd du terrain

S’il devrait rester le plus grand groupe du Parlement, la mainmise du PPE sur la présidence de la Commission pourrait toucher à sa fin. Le groupe de centre s’est allié au deuxième groupe parlementaire, les Socialistes et démocrates (S&D), pour se partager les postes de l’exécutif, mais la poussée des populistes eurosceptiques, des verts et des centristes libéraux pourraient remettre en cause la majorité obtenue par les deux groupes traditionnels. Cela les obligera à trouver de nouvelles coalitions et pourrait faire des verts ou des libéraux les faiseurs de rois.

La grande coalition européenne officiellement enterrée

Gianni Pitella, président du S&D, a confirmé qu’il serait candidat à la présidence du Parlement européen, rompant un accord passé avec le PPE, le principal groupe de droite.

Si les eurodéputés acceptent le candidat qui leur sera présenté mi-juillet, celui-ci se mettra à la besogne pour sélectionner ses commissaires. Ceux-ci seront également présentés individuellement au Parlement, qui devra se prononcer en octobre. Les travaux de l’exécutif commenceront en novembre.

Selon toute probabilité, le Président de la Commission se verra pour la première fois confronté à au moins un commissaire eurosceptique, probablement italien.

Le jackpot italien

Trois Italiens influents seront également remplacés cette année. Aucun d’entre eux ne représente la coalition au pouvoir actuellement, composée de la Lega eurosceptique et du Mouvement 5 étoiles antisystème.

Le départ du directeur de la Banque centrale européenne, basée à Francfort, Mario Draghi, crée ainsi une ouverture très prisée. Le Parlement est également présidé par un Italien, Antonio Tajani. Il faudra en outre remplacer la Haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Federica Mogherini.

Ces trois postes devraient faire l’objet de rudes négociations, et leur attribution sera associée de conditions politiques. Le président sortant du Conseil européen, Donald Tusk, a clairement indiqué qu’au moins une femme soit nommée. De leur côté, les petits pays et les nouveaux membres d’Europe de l’Est voudront que la diversité géographique soit respectée.

Le dernier débat fait ressortir les clivages entre les candidats à la présidence de la Commission

Les six principaux candidats à la présidence de la Commission ont défendu leurs visions de l’Europe le 15 mai. Ils se sont notamment affrontés sur l’emploi et le changement climatique.

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