Frans Timmermans est-il vraiment écolo ?

Frans Timmermans [Photo: EPA-EFE/Balazs Mohai HUNGARY OUT]

Le Spitzenkandidat des socialistes aux élections européennes a promis de se faire le chantre d’une Europe durable s’il devient président de la prochaine Commission européenne. Mais à quel point le Néerlandais est-il crédible ?

L’actuel vice-président de la Commission européennes a jeté son dévolu sur le trône bientôt vacant de Jean-Claude Juncker, depuis que les socialistes l’ont choisi en novembre pour être leur Spitzenkandidat.

Tout au long de la campagne électorale, Frans Timmermans a mis en avant un agenda écolo afin de gagner des électeurs, et a même sur le ton de la blague (ou par erreur ?) appeler les citoyens à « voter vert » lors d’un débat télévisé le 29 avril.

En réaction aux rires que ses remarques ont déclenché dans l’assemblée, le Néerlandais a immédiatement clarifié que « le vert n’était pas l’apanage du Parti des verts », et que les deux factions politiques n’était « pas ici en compétition ». « Il ne s’agit pas d’un concours de beauté, il s’agit là de notre avenir. »

Dans un récent classement de la légitimité écologique des groupes politiques du Parlement européen, les socialistes et démocrates (S&D) obtiennent 61,3 % et sont considérés comme des « défenseurs » de l’environnement, aux côtés de la gauche GUE/NGL (66,5 %) et des Verts/ALE (84,9 %).

Le parti populaire de centre droit (PPE) est en revanche relégué dans la catégorie des « dinosaures » avec seulement 14,3 % de légitimité écologique.

Changement présidentiel

Frans Timmermans a promis de se porter « personnellement responsable des Objectifs de développement durable (ODD) et du changement climatique » s’il accède au plus haut poste de l’exécutif.

Cela signifierait un plus grand engagement politique pour la lutte contre le changement climatique, qui est actuellement incarnée par le commissaire espagnol Miguel Arias Cañete. Il a aussi parfois été reproché au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, de ne pas porter assez d’attention à cet enjeu.

Lors d’un récent sommet européen en Roumanie, ce dernier a insisté sur le fait que les objectifs climatiques actuels étaient une priorité par rapport aux projets de sa propre équipe d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Pour Juncker, l’objectif climatique pour 2030 est prioritaire

Pour Jean-Claude Juncker, l’UE devrait se concentrer sur les politiques climatiques pour 2030, « urgentes et immédiates », plutôt que sur la proposition pour 2050 avancée par huit États membres.

Les groupes environnementaux ont salué la promesse de Frans Timmermans d’assumer cette responsabilité, et expliquent que même si un commissaire dédié au climat est nécessaire (l’actuel est en charge de l’énergie et du climat), le défi est tel qu’une approche intégrée est nécessaire dans divers domaines politiques comme l’énergie, le transport, la politique régionale, le commerce et l’emploi.

« Depuis que le changement climatique (et l’environnement en général) est reconnu comme une urgence qui affecte tous les domaines de la politique, cela doit devenir l’engagement politique numéro un au plus haut de l’échelon politique », a déclaré le secrétaire général du Bureau européen de l’environnement (BEE), Jeremy Wates.

Les militants notent toutefois que Frans Timmermans a bien évité de préciser s’il soutenait une hausse des objectifs généraux de réduction d’émissions pour 2030 (40 %). Il soutient cependant la neutralité carbone pour 2050.

Accroître l’objectif 2030 est pour l’instant hors de question pour les capitales européennes. Des pays comme l’Allemagne pensent que le bloc devrait s’en tenir à l’objectif convenu de 40 % alors que les Pays-Bas veulent le revoir à la hausse. En début d’année, le Parlement a voté pour le faire monter à 55 %.

Le Parlement vote une réduction des émissions de 55% pour 2030

Après plusieurs semaines de désaccord, les eurodéputés ont voté la révision à la hausse des objectifs de réduction des émissions de carbone, qui devraient baisser de 55% d’ici à 2030 et de 100% d’ici à 2050.

Ces cinq dernières années, Frans Timmermans était notamment en charge de l’engagement de l’UE aux Objectifs de développement durable de l’ONU pour 2030. Malgré des efforts concertés, le manque de progrès a entaché son bilan.

L’ONG Réseau action climat a déclaré à Euractiv que le chemin était « encore long pour rendre tout le travail de la Commission compatible avec les ODD et l’accord de Paris ». Selon elle, le manque de soutien de Jean-Claude Juncker a pu limiter la capacité d’agir de Frans Timmermans.

Pour Jeremy Wates, du BEE, « il existe un malentendu largement répandu en Europe selon lequel les ODD sont liés aux pays du sud, donc l’UE n’a pas poursuivi ces objectifs avec la vigueur qu’ils méritaient ». Si Frans Timmermans continue de s’engager pour fonder le travail de la Commission sur le cadre des ODD, cela irait dans la bonne direction », a-t-il ajouté.

Dans le détail

Au-delà des promesses générales faites par le candidat socialiste, Frans Timmermans a aussi détaillé la manière dont il ferait du changement climatique une priorité.

Parmi ses idées politiques se trouve la mise en place d’une taxe kérosène européenne, ce qui bouleverserait le secteur de l’aviation. Le combustible des avions est actuellement exempt de taxes.

Le Néerlandais soutient par ailleurs une taxe carbone plus large, à l’inverse de son adversaire du PPE, Manfred Weber, mais n’a pas précisé comment ces taxes seraient mises en place. Les Pays-Bas, son pays natal, ont récemment annoncé qu’ils commenceraient à taxer le transport aérien en 2021 si une solution européenne n’était pas trouvée.

La Commission a enregistré une pétition officielle de l’Initiative citoyenne européenne, demandant aux législateurs de se concentrer sur une taxe sur le kérosène. Si elle obtient plus d’un million de signatures de suffisamment d’États membres en un an, l’exécutif sera obligé d’y répondre.

Les politiques issues des initiatives citoyennes ont commencé à voir le jour. Début 2018, Frans Timmermans a dévoilé une révision des règles européennes sur l’eau potable, encouragée par une pétition ayant rassemblé 1,6 millions de signatures.

Bruxelles s'attaque au défi de la qualité de l'eau

En améliorant la qualité de l’eau ainsi que son accès, la Commission européenne espère réduire drastiquement le recours aux bouteilles en plastiques.

Mieux légiférer 2.0

Les responsabilités de Timmermans dans la conduite de la stratégie du « Mieux légiférer » de la Commission l’ont déjà étroitement lié à plusieurs lois environnementales historiques de l’UE, en particulier celle pour les plastiques de janvier 2018.

Tout comme la révision de la directive sur l’eau potable, qui vise à réduire les formalités administratives et la bureaucratie, les nouvelles règles de l’UE sur les plastiques portent l’empreinte du principe d’une meilleure réglementation.

La directive visant réduire la consommation de plastique à usage unique, récemment approuvée par le Conseil, a été élaborée, négociée et finalisée en un temps record. Les fonctionnaires de l’UE affirment que l’engagement personnel de Frans Timmermans a joué un rôle important dans le franchissement de la ligne d’arrivée.

Un accord express pour mettre les coton-tige hors-la-loi

En moins d’un an, Parlement, Conseil et Commission se sont mis d’accord pour se débarrasser des plastiques à usage unique. Un record.

 

Dans un récent entretien vidéo avec Euractiv, le Spitzenkandidat a déclaré que « lier l’idéalisme des citoyens à des mesures très concrètes [comme celle des plastiques à usage unique] est la manière d’agir de la Commission ».

Faux départ

Ses efforts pour rationaliser la législation européenne n’a pas reçu un accueil unanime, surtout pas au début du mandat de la Commission Juncker. Les mesures proposées fin 2014 en termes d’économie et de qualité de l’air ont été décriées. Elles ont finalement été révisées, mais la longueur du processus a été très critiquée.

Frans Timmermans s’est aussi retrouvé sur la sellette quand il a qualifié de « suréglementation » une proposition sur la réduction des sacs en plastique. Le Conseil et la Commission ayant refusé de supprimer complètement le texte, il a été obligé de faire marche arrière.

Le Parlement et le Conseil rejettent la proposition de la Commission sur les sacs plastiques

Frans Timmermans a confirmé le 19 novembre que la proposition de la Commission quant à la réduction de l’utilisation de sacs plastiques a été rejetée par le Parlement et le Conseil.

Malgré ce mauvais départ, le Néerlandais a petit à petit convaincu nombre de défenseurs de l’environnement et son équipe a activement recherché les contributions des ONG pour la rédaction de son manifeste.

Pour Ariadna Rodrigo, de Greenpeace UE, Frans Timmermans « semble avoir grandement évolué sur les questions environnementales ces cinq dernières années ». « Aujourd’hui, il dit tout ce qu’il faut sur le climat et l’environnement, mais comme il y a cinq ans il voulait enterrer les lois sur la qualité de l’air et la gestion des déchets, reste à voir si ses discours seront suivi d’actes. »

Le socialiste pourrait toutefois ne pas avoir l’occasion d’agir. Ses efforts pour construire une « majorité progressiste » de socialistes, libéraux, vertes et gauchistes ne lui permettront peut-être pas de gagner face au PPE.

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