Ultimatum pour la formation d’un gouvernement en Italie

Luigi Di Maio

Le président de la Chambre des députés a été chargé d’évaluer la possibilité de former un gouvernement du côté de la gauche, après l’échec des tractations avec la droite. Un exercice qui ne devrait pas se révéler plus facile.

Le président italien, Sergio Mattarella, a donné jusqu’au 26 avril à Roberto Fico, président de la Chambre des députés, pour mener ces consultations qui ne comprendront cette fois-ci que le Mouvement 5 étoiles (M5E, antisystème, dont est membre le député), devenu le premier parti du pays avec 32% des voix, et le Parti démocrate (PD, centre gauche, dont est issu Matteo Renzi), sorti laminé des élections avec 18%.

Un précédent tour de consultations, mené la semaine dernière par la présidente du Sénat et comprenant le M5S et les partis de la coalition de droite (avec en avant-plan la Ligue, extrême droite et Roza Italia, mené par Silvio Berlusconi), arrivée en tête avec 37% des voix, n’avait pas abouti.

Ces négociations ont échoué, Luigi Di Maio, 31 ans, le chef de file du M5S, et Matteo Salvini, 45 ans, le chef de la Ligue et leader de la coalition de droite, revendiquant chacun la primauté pour leur camp.

Les deux hommes politiques s’étaient dits prêts à gouverner ensemble, mais Luigi Di Maio exige que la Ligue rompe au préalable son alliance avec le parti de Silvio Berlusconi, que le M5S considère comme l’incarnation de tous les maux de la vieille classe politique. Or, seule, la Ligue ne pèse que 17 % des voix. Matteo Salvini a donc refusé.

Le raz-de-marée des forces antisystème plonge l’Italie dans l’incertitude

Une percée historique des forces antisytème, eurosceptiques et d’extrême droite, majoritaires en voix et en sièges après les législatives italiennes, bouleversent la donne et plongent le pays dans l’incertitude politique.

Alliance avec la gauche
Les nouvelles consultations s’annoncent tout aussi ardues, car son parti, le M5S, s’est montré particulièrement sévère dans la critique du PD, qui du coup refuse aujourd’hui de servir de « béquille » au M5S pour lui permettre d’accéder au pouvoir.

En outre, le M5E a toujours tenu un contact étroit avec la Ligue et le PD a posé comme condition, ne serait-ce que pour discuter avec le M5S, que ce dernier rompe avec un parti qui se trouve aux antipodes des valeurs de gauche.

Malgré ces oppositions, les chances d’un accord grandissent à l’approche de la fin du délai octroyé par le président italien. Maurizio Martina, chef de file du PD, a ainsi assuré que de nombreuses voix appelaient le parti à « essayer » de faire fonctionner un gouvernement avec le M5E.

Ce ne sera pas facile, reconnait-il, mais il ne veut pas courir le risque de « laisser le pays à la merci de dérives dangereuses ».

Tout comme plusieurs membres de son gouvernement, Matteo Renzo, ancien secrétaire du parti et Premier ministre, ne cache pas son opposition à cette alliance.

Renzi démissionne de la direction du Parti démocrate

Au lendemain des élections, Matteo Renzi a annoncé sa démission, qui prendra effet après la formation d’un gouvernement, et exclut toute alliance avec les « extrémistes ».

Revers pour le M5E

Le week-end dernier, des élections régionales ont eu lieu dans la région du Molise. De loin le premier parti de la région, le M5E espérait donc remporter pour la première fois la gouvernance d’une région. Les anti-systèmes n’ont cependant pas réussi à devancer les forces combinées de la droite.

Le candidat de droite soutenu par une coalition de neuf partis a raflé 43% des suffrages, devant le candidat du M5E, qui recueille 39%. Le PD continue pour sa part sa chute libre et son candidat, appuyé par cinq partis, ne récolte que 8,7%.

Les déceptions ne s’arrêtent pas là. Un juge de Naples vient en effet de condamner Beppe Grillo, fondateur et ancien dirigeant du M5E, à compenser six militants expulsés du parti qu’ils avaient pourtant aidé à fonder.  Des expulsions illégitimes, pour la justice, et qui pourraient coûter cher.

Comment l'Italie est passée de pro-européenne à désenchantée

La victoire des partis eurosceptiques aux élections du dimanche 4 mars tranche dans un pays auparavant connu pour être très pro-européen.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.