Union de la gauche dans les Hauts-de-France : un avant-goût pour la présidentielle de 2022 ?

« Partir tout seul dans la région des Hauts-de-France, c’était prendre un très gros risque de ne pas pouvoir être au deuxième tour », reconnaît le chef de file La France insoumise Ugo Bernalicis [CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA]

Alors que les listes de gauche font front commun pour les élections régionales dans les Hauts-de-France, l’exploit pourrait-t-il être reproduit à l’échelle nationale pour les élections présidentielles de 2022 ?

« C’est une grande satisfaction de se retrouver sur la même liste que les écologistes et les communistes », se réjouit le député du Nord (LFI) Ugo Bernalicis, une semaine après que Europe Ecologie-Les Verts (EELV), LFI, le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS) ont annoncé présenter une liste commune dans les Hauts-de-France aux élections régionales prévues en juin 2021. 

« Partir tout seul dans la région des Hauts-de-France, c’était prendre un très gros risque de ne pas pouvoir être au deuxième tour », admet le chef de file LFI à EURACTIV France.

Cette alliance a pour but, a minima, « de faire en sorte qu’il y ait à nouveau des élus de gauche dans l’hémicycle régional des Hauts-de-France », explique le député insoumis. Pour cela, il faut obtenir les 10% de vote nécessaires pour être représenté au conseil régional. À ce jour, les sondages donnent 17% d’intentions de vote.

« C’est le contexte régional qui a joué en la faveur de cet accord, notamment le fait que la gauche ait disparu de l’hémicycle régional ces cinq dernières années », poursuit Ugo Bernalicis. Aux dernières élections régionales, la gauche s’était abstenue de présenter une liste pour faire barrage à Marine Le Pen. Xavier Bertrand, Les Républicains (LR), avait été élu avec 56.3% des suffrages au second tour d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Une analyse partagée par la philosophe Juliette Grange, auteure du livre Pour une philosophie de l’écologie. L’idée est de « ne pas faire tapis rouge à Xavier Bertrand une nouvelle fois », selon elle. Et d’ajouter : « Il y a eu une discussion sincère concernant la personne qui allait porter la liste ». 

La coalition sera menée par la député européenne EELV, Karima Delli. « Elle est issue de la société civile, elle était plus à même de mener des discussions diplomatiques », commente la philosophe. 

« Ce que nous montre ce qu’il s’est passé dans les Hauts-de-France, c’est qu’on est capable de mettre de côté les rancœurs d’antan, et laisser tomber les égos », se félicite Joséphine Delpeyrat, porte-parole de Génération.s, auprès d’EURACTIV France.

Le mouvement initié par Benoît Hamon compte bien jouer son rôle de « trait d’union » et sa mission de « maison commune de la gauche et de d’écologie« , alors que le candidat malheureux aux élections présidentielles de 2017 ne se représentera pas.

« 2022 ou jamais »

L’essai pourrait-il être transformé pour les élections présidentielles de 2022 ? Samuel Grzybowski en appelle de ses vœux. Avec son collectif Rencontre des Justices, il est à l’initiative de la plateforme « 2022 ou jamais » qui cherche à faciliter la désignation d’un candidat unique pour “porter la bannière de l’écologie sociale ».

Selon lui, l’union des mouvements de gauche est nécessaire pour faire face au « bloc capitaliste » et au « bloc identitaire » que représentent Emmanuel Macron et Marine Le Pen, en tête dans les sondages à ce jour. 

Joséphine Delpeyrat a aussi envie d’y croire, même si « à un an du scrutin, ce n’est pas gagné ! » Elle se réjouit que les questions environnementales puissent « servir de ciment, de pilier commun programmatique aux discussions et aux alliances ».

Elle note néanmoins que cela ne suffira pas et compte sur une prise de conscience face à la « menace » de l’extrême droite.

Un contexte politique qui n’est pas le même

En 2017, plusieurs voix de la société civile appelaient déjà les candidats Benoît Hamon (PS), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV) à s’unir. Sans succès. 

« Le contexte n’est pas le même » aujourd’hui, assure M. Grzybowski à EURACTIV France, qui mise sur « une nécessité bien conscientisée » et « un sentiment d’urgence beaucoup plus important »

En 2017, selon lui, Emmanuel Macron bénéficiait d’une image d’homme de gauche. D’après une étude Ipsos, 42% des sympathisants PS avait voté pour la République en marche au premier tour. 

« Aujourd’hui plus personne ne le pense, à part peut-être deux ou trois ministres”, ironise-t-il – ce que semble confirmer un sondage de l’Ifop, publié en mars, sur les intentions de vote et qui dévoile qu’ils ne sont plus que 17% parmi les socialistes. 

Quand est-il de 2022 ? Ugo Bernalicis, membre de cette nouvelle coalition pour les régionales, juge qu’il est « impensable » de reproduire l’exploit au niveau national. 

« Avec EELV, dans les Hauts-de-France et ailleurs, on s’entend sur les questions régionales, mais dès qu’on repart sur des questions nationales, il y a quand même des points de divergence » observe-t-il, faisant « notamment » référence « aux relations avec les traités européens et l’UE, ou des questions plus institutionnelles ».

Deux élections très différentes

Si le député insoumis indique que les enjeux politiques ne sont pas les mêmes lors des présidentielles, Samuel Grzybowski concède également que le mode de scrutin – le vote pour une liste – a rendu possible la coalition dans le Nord.

 « Ce sont des partis qui d’habitude se tirent dans les pattes. Les régionales c’est facilitant, ce ne sont pas les présidentielles. Il y a moins de visibilité du leader », partage Juliette Grange. 

À l’inverse, les élections présidentielles sont traditionnellement incarnées par une seule et même personnalité. « Ce sont des élections qui sont moins fondées sur les ambitions des images personnelles, il y a moins de hiérarchie symbolique », confirme Mme Grange. 

Une histoire d’égo ? « Les égos feront partie de la machine mais au sein des écuries, pas entre écuries », estime M. Grzybowski notant que les futurs candidats devraient surtout prendre en compte « leur capacité à gagner ». 

« Le problème c’est qu’on entend souvent ‘Rassemblez-vous, mais derrière moi’ », conclut Joséphine Delpeyrat.

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