Valérie Hayer : la nouvelle présidente de Renew refuse d’opposer les agriculteurs et le Green Deal

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Valérie Hayer, deuxième femme à assumer la présidence de la mouvance libérale au Parlement européen et sa plus jeune cheffe. [Parlement européen]

[ERRATUM : Cet article a été modifié à 17h53 pour préciser que Valérie Hayer est belle-sœur d’agriculteurs, et non belle-fille]

Valérie Hayer, élue présidente du groupe Renew Europe jeudi (25 janvier), s’est engagée lors d’un échange exclusif avec Euractiv, à s’attaquer, avant toute chose, aux préoccupations des agriculteurs, alors que la colère monte à quelques mois des élections européennes.

L’entretien original est à retrouver ici en anglais.

Mme Hayer, deuxième femme à assumer la présidence de la mouvance libérale au Parlement européen et sa plus jeune cheffe à 37 ans, a été élue jeudi (24 janvier). Elle était la seule candidate.

Son principal adversaire, le premier vice-président du groupe, l’eurodéputé néerlandais Malik Azmani, s’était retiré de la course avant même de présenter une candidate officielle. Il était accusé de complaisance avec l’extrême droite, alors que son parti néerlandais, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), négocie avec le parti anti-Islam et anti-UE, le Parti pour la liberté (PVV, extrême droite) de Geert Wilders dans le cadre d’une potentielle coalition gouvernementale.

Dans un échange exclusif avec Euractiv quelques minutes après son élection, Mme Hayer s’est dite « consciente de l’ampleur de la tâche », affirmant qu’elle resterait fidèle au travail de Stéphane Séjourné, ancien président du groupe récemment nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

La nouvelle présidente insiste : « J’ai ma propre personnalité, donc j’aurai ma propre façon de diriger » alors que le ciel s’assombrit : intensification de la guerre en Ukraine, manifestations des agriculteurs et, bien entendu, les élections européennes qui arrivent à grands pas.

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Rallier les agriculteurs

C’est d’ailleurs la question des agriculteurs sur laquelle Mme Hayer a voulu se concentrer et se positionner en premier lieu.

« Nous devons veiller à ce que les agriculteurs perçoivent des revenus plus élevés, et qu’on puisse les accompagner dans leur transition écologique », a lancé la présidente, « fille, belle-sœur et sœur d’agriculteurs ».

« Il est crucial d’accompagner les agriculteurs, tant d’un point de vue financier qu’humain », a-t-elle ajouté, sans pour autant « opposer agriculture et questions environnementales ».

Les agriculteurs se plaignent, avant toute chose, d’une lourdeur règlementaire harassante, dont le grand responsable serait le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), paquet législatif européen de normes environnementales.

À tel point que le Green Deal est devenu la cible de l’extrême droite en France, qui tente de récupérer la colère du monde agricole en fustigeant « l’Europe de Macron », selon l’expression du président du Rassemblement national (RN), et tête de liste aux élections européennes Jordan Bardella.

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Détricoter ce qui a été fait

Valérie Hayer se veut claire : il n’est pas question de rouvrir les dossiers du Green Deal déjà adoptés après les élections, comme le préconise le groupe parlementaire de droite au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE), accusant Bruxelles d’être responsable d’obligations règlementaires trop lourdes.

« Nous avons fait beaucoup de progrès au cours de ce mandat […] nous ne devons pas détricoter ce qui a déjà été fait. »

Quant à une « pause règlementaire européenne », souhaitée par Emmanuel Macron dès mai dernier, la question au sein du groupe semble être en suspens, et devrait être abordée dans les prochaines semaines au fur et à mesure qu’un programme politique voit le jour.

Majorité pro-européenne

Aujourd’hui, Renew Europe est la troisième force politique au sein du Parlement. Les sondages anticipent toutefois une perte de vitesse en juin, passant de 101 sièges à 84.

Dans le même temps, le groupe d’extrême droite Identité & Démocratie (ID) devrait monter en puissance et ravir la troisième place, avec un bloc des droites qui pourrait se rassembler et devenir majoritaire dans l’hémicycle.

« Je vois ces sondages », a-t-elle déclaré, mais « je ne leur fais pas confiance […]. Je suis convaincue que nous aurons une majorité pro-européenne », balaye Mme Hayer.

Quant à une coalition avec la droite européenne, comme Renew a déjà pu le faire sur la proposition de la Commission visant à exempter certaines plantes génétiquement modifiées de la législation stricte sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), la nouvelle présidente du groupe centriste précise que c’est le coup d’une fois.

S’associer à la droite « par principe, pas du tout ; […]  Renew est la famille politique la plus clairement identifiée pour lutter contre les extrêmes », a-t-elle insisté.

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[Édité par Paul Messad & Anne-Sophie Gayet]

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