La candidature de Varoufakis entérine la fragmentation de la gauche européenne

Yanis Varoufakis [Shutterstock]

Le Spitzenkandidat du groupe de gauche Démocratie en Europe se lance dans la bataille des européennes en faisant le constat de la désunion des forces de gauches. Un article d’Euractiv Allemagne.

« Si la gauche européenne était unie, cohérente et civilisée, nous l’aurions tout simplement rejointe, sans devoir créer DiEM25 [Démocratie en Europe]. Aujourd’hui nous leur faisons de la concurrence, ce qui est très douloureux pour nous », assure Yanis Varoufakis, ancien ministre grec des Finances.

Yanis Varoufakis a lancé DiEM25 en 2016, après avoir quitté le gouvernement Syriza suite au référendum contre l’austérité. Depuis, il est  devenu un ferme critique du gouvernement Syriza. En novembre 2018, le grec a été désigné Spitzenkandidat du groupe pour les élections de mai prochain.

Un candidature qui s’ajoute à celles des autres familles politiques de la gauche européenne: la gauche radicale (GUE/NGL), les Verts et les Socialistes ont chacun désigné leur candidat à la présidence de la Commission.

Gauche fragmentée

Lors d’un entretien accordé à Euractiv Allemagne, le Grec a attaqué les partis de gauche du Parlement européen, estimant que leur manque d’unité empêche tout résultat électoral tangible, et donc toute avancée au niveau européen.

« Il n’y a plus de vraie gauche européenne. Il n’y a plus que des gens comme Gregor Gysi [président du Parti de la gauche européenne], puis des gens comme Alexis Tsipras, qui a imposé des politiques ‘austérité complètement ridicules à ses concitoyens, ou Podemos, en Espagne, qui n’a aucune politique européenne. »

« Les partis de gauche sont divisés en factions tellement différentes que sortir un manifeste devient mission impossible, il n’y a pas de cohérence. Et ce n’est pas comme ça qu’on risque d’attirer des électeurs de la droite ou des partis progressistes. Comme ça, on ne fait que couler », assure Yanis Varoufakis.

Quant à un possible rapprochement avec le groupe politique GUE/NGL (Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique), il préférerait s’en abstenir. « Nous aimerions collaborer avec des groupes différents sur des questions différentes. Après, ce que le processus démocratique d’attribution de temps de parole nous obligera à faire, c’est autre chose… mais je ne pense pas que ce soit le bon moment d’en discuter. Nous verrons. »

Les eurodéputés GUE/NGL, verts et S&D ont récemment lancé un « caucus progressiste », un groupe informel ayant pour but de construire des ponts entre les trois familles politiques, afin de former un front « progressiste » à opposer à la droite.

La gauche européenne reste cependant très fragmentée. «  Ce ne sont que des mots », juge le chef de file de DiEM25. « Les élections sont en mai, mais ils ne coopèrent pas. Ils n’ont pas de programme commun, le caucus n’influence pas leurs campagnes électorales. Cette initiative n’est pas pertinente. »

Hamon propose à la gauche de se rassembler derrière Varoufakis pour les européennes

Le chef de file de Générations pour les européennes, Benoît Hamon a proposé mercredi aux formations de gauche, par souci de « clarté », de se rallier à la candidature de Yanis Varoufakis pour la présidence de la Commission, un préalable à une éventuelle alliance.

Pourquoi se présenter en Allemagne ?

Yanis Varoufakis se présente sur les listes allemandes. « Si vous voulez changer l’Empire romain, il faut commencer à Rome », explique-t-il.

« L’Allemagne est le cœur économique de l’Europe, le moteur qui la tire, que cela nous satisfasse ou non. Mais aussi parce que l’opinion publique allemande, du moins jusqu’à récemment, était beaucoup plus proche de l’européanisme que l’opinion française, par exemple. »

Pour lui, les élites françaises ont toujours considéré l’UE comme un moyen de promouvoir le pouvoir français à l’international, alors que l’Allemagne voulait réellement intégrer le projet européen. « C’est pourquoi c’est le meilleur endroit d’où se pencher sur la démocratie en Europe. »

Dimitris Papadimoulis, vice-président du Parlement européen et élu Syriza, n’a pas tardé à répondre aux déclarations de son ancien allié. « M. Varoufakis s’attaque maintenant aussi à la gauche européenne. Il le fait pour se faire mousser, pour qu’on parle de lui. Il se présente en Allemagne parce qu’il sait qu’en Grèce il est mieux connu et n’a aucune chance d’être élu », estime-t-il.

Spitzenkandidaten de gauche

Le 26 janvier, les membres du Parti de la gauche européenne ont élu leurs chefs de file. Les deux candidats qu’ils présenteront à la présidence de la Commission sont Violeta Tomič, du parti slovène Levica, et Nico Cue, ancien représentant syndical de la métallurgie belge.

Le président du parti, Gregor Gysi, s’est réjoui de la candidature de Violeta Tomič, « représentante d’un pays du bloc de l’Est, qui émerge d’une période de transformation difficile ».

Quant à Nico Cue, il salue la « voix combattante des travailleurs et de leurs syndicats ». « C’est l’un des représentants syndicaux les plus importants de Belgique et d’Europe », a-t-il affirmé.

« Avec ces deux candidats, nous faisons une proposition claire au peuple d’Europe, parce que nous sommes du côté de ceux qui n’acceptent pas les contradictions croissantes entre richesse et pauvreté. La question sociale est la vraie question de notre temps », a conclu le président.

La gauche européenne tente de mettre en place une alliance progressiste

Les dirigeants du S&D, des Verts et du GUE/NGL se sont réunis pour discuter d’une possible stratégie commune à l’approche des européennes de mai 2019. L’idée serait de contrer les néolibéraux et l’extrême-droite.

 

Réactions

Reacting to the publication of this article, Dimitris Papadimoulis, Vice-President of the European Parliament and Syriza MEP, commented, “Mr Varoufakis is now attacking the European Left as well.”

“He is doing so in order to merely make some noise around his name. He is running in Germany because he knows that in Greece we know him better, and he is also aware of the fact that he has no chance to be elected,” Papadimoulis added.

“All will be judged in the EU elections in May, I wish him good luck,” Papadimoulis concluded.

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