Vestager en campagne à Paris en terrain miné

Margrethe Vestager au congrès de l'ALDE, novembre 2019. EPA-EFE/Fernando Villar

Figure de proue des centristes, future famille des macronistes au Parlement européen, la  Danoise n’a pas le soutien de Paris, qui craint qu’elle ne se mette en travers du chemin du Français Michel Barnier.

Margrethe Vestager est en campagne. Figure de proue du parti centriste européen ALDE, auquel le parti de Macron compte se joindre au Parlement européen, l’actuelle commissaire à la concurrence ne figure cependant pas dans les petits papiers de l’Élysée.

En visite à Paris, lundi 8 avril, la commissaire danoise est venue défendre son bilan en terrain miné. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, n’a pas de mots assez durs sur la dernière décision de Bruxelles refusant Alstom Siemens. « C’est une erreur politique et économique », ne cesse-t-il de répéter.

« C’est normal et sain qu’il y ait un débat », lui répond tranquillement Margrethe Vestager, devant une petite assemblée de journalistes. Elle a pris soin de serrer la main à chacun, et répond aux questions acerbes sans se départir de son calme légendaire. En rappelant notamment que sur les 3000 fusions examinées en 5 ans par ses équipes, seulement 5 ont fait l’objet d’un veto de la part de la Commission. Dont Alstom-Siemens.

Les six arguments pour le rejet de la fusion Alstom-Siemens

La Commission européenne a décidé de bloquer la fusion entre Siemens et Alstom, qui aurait créé un champion européen dans le secteur ferroviaire. L’UE craint l’impact négatif sur le marché européen et les consommateurs.

« Dans la plupart des examens de fusions, nous avons fait des requêtes sur les produits et les marchés, qui ont été entendues par les entreprises. Mais pas dans ce cas », note la commissaire. Il se dit que la France et l’Allemagne ont  incité leurs champions à ne pas obtempérer, pensant comme à leur habitude faire plier la Commission. C’était sans compter la volonté de la dame de fer de la Commission européenne, et sa capacité de persuasion auprès du collège de commissaires. Celle qui a mis Apple à l’amende suscite plus d’admiration que quiconque à Bruxelles.

Appel à des actions plus concrètes pour la prochaine Commission

Interrogée par Euractiv sur sa perception de la Commission à laquelle elle vient de participer, qui devait être selon Juncker la « Commission de la dernière chance », Vestager estime que son équipe a avancé sur des points importants, comme l’union de l’énergie, mais aussi sur le marché numérique et le marché des capitaux. Elle reconnait aussi les limites de l’action de l’exécutif européen.

« C’est parfois délicat de passer des législations : on propose, mais ensuite il faut mettre en œuvre, et pour ça il faut avoir le soutien politique du Parlement et des Etats membres. C’est comme au Danemark, où en tant que Premier ministre je me réveillais parfois le matin sans savoir qui allait voter les textes proposés »,  souligne-t-elle, tout en insistant sur le fait que « la prochaine Commission doit faire des choses concrètes, qui doivent se voir dans la vie de tous les jours ».

Quant à sa propre candidature à la présidence du futur exécutif européen, Margrethe Vestager reste évasive, assurant que le plus important reste ce que la Commission fera, et non pas qui la représentera. « Si on ne s’entend pas sur un programme commun solide, entre institutions, sur les grands enjeux comme l’environnement, les migrations, la dynamique de croissance économique, il sera impossible d’avancer sérieusement », prévient-elle.

Macron préférera-t-il un Français de droite à une Danoise centriste ?

À Paris, on reproche volontiers à l’ex Premier ministre danoise son ambition dans la course à la présidence de la prochaine Commission. Une critique qui découle surtout du fait que  Vestager se met en travers du projet du moment de l’Élysée: placer un Français à la présidence de la Commission, en profitant de l’aura de Michel Barnier, très reconnu à la fois au sein du PPE et des 27 États membres, notamment grâce à son travail sur le Brexit.

Mais après avoir soutenu d’arrache-pied l’idée des listes transnationales, ou le rétrécissement de la Commission européenne pour éviter que chaque pays soit représenté par un VRP qui représente ses intérêts, la France aura du mal à défendre Michel Barnier, un candidat du Parti Populaire Européen, plutôt qu’une femme plus jeune et ultra-compétente de sa propre famille politique.

Interrogée par Euractiv sur les projets de la liste Renaissance de changer le nom de son groupe politique, l’ALDE mais aussi ses frontières, Vestager assure qu’il est  « normal quand une force politique rejoint un groupe que des changements interviennent pour prendre en compte de chacun ».

Les Français de Renaissance rêvent d'un putsch sur l'ALDE

Renaissance joue les trublions en voulant changer le nom et les frontières de l’ALDE au Parlement européen. Un pari loin d’être gagné.

Sous pression de la France, l’ALDE n’a déjà pas présenté de « Spitzenkandidaten » mais une « équipe Europe » susceptible de prétendre aux hauts postes européens (présidence de la Commission, du Conseil européen, du Parlement européen).

 

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