En Allemagne, la CDU fait-elle un virage à droite avec AKK?

Alors que certains s’entêtent à la surnommer la « mini-Merkel », elle n’en est pas moins plus à droite que son mentor sur certains points. [Clemens Bilan/ epa]

La CDU a choisi Annegret Kramp-Karrenbauer pour succéder à Angela Merkel. Empruntera-t-elle le même chemin que sa prédécesseure ?

Quand Daniel Günther a commencé à annoncer les résultats de l’assemblée des délégués, il n’a pas eu le temps de finir sa première phrase, que les cris de joie ont envahi la salle. Annegret-Kamp Karrenbauer, alias AKK, a reçu les 500 soutiens nécessaires à son élection pour la présidence de la CDU.

C’est les yeux embués de larmes qu’elle s’est avancée sur l’estrade, qu’elle a pris Angela Merkel dans ses bras ainsi que ses deux adversaires.

Jusqu’au dernier moment, l’issue du scrutin était imprévisible. Il fut en effet serré, avec 51,7 % pour AKK et 48,2 % pour Friedrich Merz. Jens Spahn qui n’avait aucune chance mais a quand même été applaudi pour son discours confiant, a tout de même atteint les 15,7 %, un meilleur score que ce qu’on imaginait pour lui.

Sa campagne pour la présidence du parti l’a ainsi fait entrer dans la cour des grands, et il a officiellement annoncé ses vues sur la chancellerie. Tout peut encore arriver, selon certains délégués.

Les quatre candidats à la tête d’une CDU post-Merkel

Portrait des quatre candidats susceptibles de succéder à Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, Jens Spahn, Friedrich Merz et Armin Laschet.

Une CDU plus à droite ?

Alors, que compte faire AKK à la tête de la CDU ? Tandis que certains s’entêtent à la surnommer la « mini-Merkel », elle n’en est pas moins plus à droite que son mentor sur certains points. Elle préconise l’expulsion des réfugiés auteur de délits, veut interdire la publicité pour l’avortement et rejette le mariage gay.

Malgré tout, AKK marche dans les pas de Merkel en suivant peu ou prou le même fil rouge, ce que souligne l’opposition en disant qu’une Merkel 2.0 est loin d’être une solution.

Selon les pronostics, Friedrich Merz et Jens Spahn auraient suivi une politique beaucoup plus conservatrice. Ce qu’AKK refuse catégoriquement, elle pour qui « il n’y a pas de CDU conservatrice ou libérale, pas de CDU favorable aux patrons ou aux employés, pas de CDU de l’Est ou de l’Ouest. Il n’y a qu’une seule CDU, et c’est notre famille ».

Dans sa campagne, elle a clairement laissé savoir qu’elle ne prêtait pas attention au positionnement politique de la CDU, mais à ses actes. Le courage est un mot qui revient souvent dans son discours, le courage d’agir, notamment pour une Europe unie, pour parachever l’espace Schengen, rendre l’euro résistant aux crises ou construire une défense et une armée unique.

« Quand nous aurons le courage d’inscrire cela dans notre programme, alors nous gagnerons les élections européennes aux côtés de Manfred Weber », prédit-elle. En 18 ans de politique, elle a appris ce que c’était de diriger, assure-t-elle. Pour elle, il s’agit d’une question de force intérieure, pas de qui crie le plus fort.

Redevenir le consensus

Pour Elmar Brok, eurodéputé CDU, « l’élection d’Annegret Kramp-Karrenbauer est le signe que le parti du peuple n’en a pas encore fini ».

« Je me réjouis de savoir que c’est elle qui dirigera le parti. Elle plaira aux électeurs de droite et de gauche, ce qui est essentiel compte tenu des pertes au profit des Verts et de l’AfD. On ne se laissera pas réduire au rang d’adversaire de l’extrême droite populiste », a-t-il déclaré lors d’un entretien pour Euractiv.

Concernant l’Europe, AKK est une candidate de choix. Comme Merkel, elle est une fervente partisane de l’Union européenne. « Et c’est un message important pour les autres États membres, de savoir qu’ils peuvent compter sur l’Allemagne à l’avenir », estime Elmar Brok.

En Bavière, les Verts mettent fin au monopole historique de la CSU

Le parti bavarois affilié à la CDU d’Angela Merkel a subi un revers historique lors des élections régionales. Les Verts deviennent quant à eux la deuxième force politique du Land. Un résultat qui augure de nouvelles difficultés pour la chancelière.

La tâche d’AKK à la tête de la CDU sera avant tout de lui redonner un nouveau souffle, selon le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer. « La CDU n’a pas besoin de se réinventer, elle doit simplement reposer les bases. »

Le retour de la CDU sur les devants de la scène en tant que véritable parti populaire récoltant 40 % des voix et trouvant des partisans un peu partout : tel est le but que s’est fixé AKK. Une chose est sûre, si elle se positionne correctement, elle pourrait bien prétendre à la chancellerie.

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