L’appel au sursaut républicain

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Directeur de la rédaction de l'Humanité et eurodéputé, Patrick Le Hyaric appelle à la responsabilité des républicains, des humanistes et de tous les progressistes. Pour lui "un déclic progressiste doit se produire chez toutes celles et ceux qui ont le cœur à gauche."

Patrick Le Hyaric, est député Front de gauche au Parlement européen.

Il est temps, grand temps de s’inquiéter. 

Républicains, progressistes, humanistes, le moment est venu de réagir et de nous mobiliser. Des forces aux habits noirs prospèrent dans les fentes de la crise et défilent, depuis trois semaines consécutives, dans les rues de nos villes. Sans grandes réactions. Ces forces occupent les nouveaux moyens de communication que sont les réseaux sociaux et y déversent les venins du mensonge, des rumeurs et des contrevérités. Elles appellent au grand bond en arrière, contre les valeurs de la République et toute idée de progrès. De ce mouvement baptisé « jour de colère » raciste, antisémite et xénophobe à l'opposition au droit à l'avortement, du passage au rejet « du mariage pour tous » au « jour de retrait de l’école », qui n’est rien d’autre qu’une attaque contre l’école publique et ses enseignants, au combat contre la supposée « familiphobie » du gouvernement, après les immondes séquences de Dieudonné, ce que le pays compte de plus réactionnaire occupe le haut du pavé, dans la rue et dans les médias.

Oui, il est temps, il est grand temps de se lever. 

Ces mouvements rassemblent une myriade de groupes intégrés aux mouvances de l’extrême-droite, pénétrant les franges de la droite qui vont de l’UNI à l’Action française, du GUD à Jeunesse nationaliste. De plus en plus portés par des journaux comme « Valeurs Actuelles » et le « Figaro », ils ont table ouverte à la radio et à la télévision et se retrouvent dans le nouveau réceptacle lepéniste, baptisé « rassemblement bleu-marine ». 

Le ventre de la violente crise sociale, avec son cortège sans fin de chômage, de précarité au travail, de mal être et de mal vivre, les enfante en ce moment, ici et dans toute l’Europe. Elle nourrit la désespérance et avec elle les vieilles rengaines du rejet de l’autre, de la haine et les poisons de la réaction. Paris n’avait pas bruit de slogans antisémites aussi violents tels : « dehors les juifs », depuis l’occupation nazie.  Le terreau pourrissant de la crise de la politique, accentuée encore ces derniers temps par l’élection d’un Président irrespectueux de ses propres engagements, tournant le dos à la gauche et aux idéaux de sa propre famille de pensée, fait perdre toute confiance et brouille bien des repères. C’est encore le cortège d’affaires d’argent et les mensonges, particulièrement ceux répétés par l’UMP et certains socialistes depuis des années selon lesquels l’Europe ultralibérale allait nous protéger. En vérité, elle nous a livré pieds et poings liés aux rapaces de la finance. 

Si on ajoute l’abîme béant des inégalités qui fait que la minorité des possédants s’enrichit au fur et à mesure que les effets désastreux de la crise s’amplifient pour le plus grand nombre, on comprend mieux que le trouble puisse être grand chez nos concitoyens. Mais il n’y a aucune issue pour eux du côté de ces extrémismes de droite. 

Si des responsables issus de la gauche occupent le pouvoir en remplacement de ceux de la droite pour faire à peu près la même politique au service des puissances d’argent, c'est qu’ils se sont mis sous le commandement des institutions européennes. 

Faute d’avoir tenté de libérer le pays et nos concitoyens des griffes des marchés financiers, le pouvoir actuel  – au nom d’une prétendue gauche – comme le précédent, porte la lourde responsabilité d’avoir libéré des paroles et des forces aux visages portant le triste reflet de la bête immonde, auxquels se joignent depuis des mois dans nos rues, des élus et des responsables du clan Le Pen et de l’UMP. Cette galaxie de droite extrême et d’extrême droite, défile ensemble, entraînant derrière elle une multitude de personnes aux idées courtes, réunies dans « un simplisme populiste identitaire », colportant rumeurs et mensonges,  vitupérant des slogans racistes, homophobes, antisémites, islamophobes, antiparlementaires ou contre les journalistes. 

Il faut avoir le courage de dire que l’appauvrissement du débat politique télévisuel nourrit ces simplismes et manipulations. Il faut avoir le courage aussi de  pointer l’affaissement du pluralisme dans les médias, Une censure s’exerce particulièrement contre les journalistes de l’Humanité ou ceux de La Croix et Politis, alors que d’autres y débitent du soir au matin les mêmes thèses avec des accents différents. Cette discrimination ouvre la porte au pire ! 

Des sifflets contre le chef de l’Etat le 11 novembre dernier  on est passé à d’ignobles insultes contre Mme Taubira, puis à cette diatribe d’un député UMP déclarant que l’élection de M. Hollande et celle de sa majorité étaient « illégitimes ». Il s’agit ici d’un cocktail très dangereux, ouvrant la voie à un coup de force, si les progressistes et les démocrates ne réagissent pas plus ! Pire, en reculant sur la loi « famille » le gouvernement vient de leur faire le cadeau qu’ils n’espéraient même pas. C’est hallucinant !

Un déclic progressiste doit se produire chez toutes celles et ceux qui ont le cœur à gauche. Non pas pour verser dans une sorte d’union nationale pour applaudir les chantres de la mondialisation capitaliste, qu’appelait hier M. Fillon et que M. Ayrault a repris aujourd’hui. 

C’est précisément faute de porter les débats sur les valeurs de la République et de montrer que la perte de repères doit beaucoup à la satisfaction permanente des demandes du grand patronat, au suivisme européiste ultralibéral, qui engloutit tant de nos concitoyens dans le trou noir de la misère et du chômage. On ne traitera pas convenablement, les enjeux sociétaux sans traiter en profondeur les urgences sociales. 

L'organisation des divisions de la société, à des fins de conservation des pouvoirs et du système,  permet à  des forces aux desseins les plus sombres de se développer sur des désillusions et la désespérance, sous couvert de porter des « colères ». Filles aînées du désespoir, celles-ci boucheront tout avenir progressiste en mettant en péril les libertés et les valeurs de solidarité, de fraternité sur lesquelles s'est fondée notre République. Rien de tel pour assurer la pérennité d'un système qui produit tant d’inégalités, de malheurs, dans une version encore plus autoritaire et rétrograde. La plus grande vigilance s’impose ! A chaque ouvrier comme à chaque jeune, nous disons : N’oubliez pas l’histoire ! Regardez la Hongrie, ou « l’Aube dorée » en Grèce. Regardez ce qu’ils faisaient à Toulon ou à Orange. Ces forces tentent de se coaliser en vue du scrutin européen pour recomposer tout le paysage politique en le tirant toujours plus à droite et pour plus de malheur encore. 

Voilà qui confère d’immenses responsabilités à tous les progressistes pour, dans le débat et l’action, inverser le rapport de forces en faveur d’une rupture au service des priorités sociales, écologiques, culturelles et démocratiques. Voilà qui confère une énorme responsabilité au Front de gauche pour porter en avant, dans l’unité la plus large, un projet mobilisateur pour des issues progressistes, en France comme en Europe.

Les forces existent pour se lever contre l’infâme et inventer un nouvel avenir. Cela nous commande d’être au rendez-vous des mobilisations syndicales envisagées, à celle de la journée du 21 mars contre le racisme, à celle de la confédération européenne des syndicats du 4 avril, à celui des mouvements européens pour défendre le droit à l’avortement, à la préparation d’un grand premier mai unitaire, social et combatif. 

Il est urgent qu'une majorité de nos concitoyens empêche qu'une droite extrémiste installe une longue et triste nuit.  Nous ne ménagerons pas nos efforts pour contribuer à ce que se réalise ce rassemblement de salubrité publique pour que vivent réellement la liberté, l’égalité, la fraternité.

Publié dans son éditorial du journal l'Humanité,le 6 février 2014

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