La stratégie d’élection de Recep Tayyip Erdo?an pourrait enflammer la Turquie

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Le premier ministre Recep Tayyip Erdo?an semble avoir choisi un climat politique à haute tension. L’intensification de son discours islamique laisse penser qu’il a les prochaines élections dans sa ligne de mire, mais il oppose également ses partisans aux jeunes citadins turcs cultivés, écrit Zeynep Gö?ü?.

Zeynep Gö?ü? est le fondateur d’EURACTIV Turquie.

« Les gros titres de sept quotidiens nationaux turcs publiés vendredi 7 juin 2013 étaient étrangement les mêmes : “Pour ceux qui viennent vers moi avec des exigences démocratiques, je sacrifierai ma vie”. Le premier ministre Recep Tayyip Erdo?an avait prononcé cette phrase lors d'un rassemblement de ses partisans l'après-midi précédent.

Cette “coïncidence” sans précédent surpasse même l'annonce des journaux turcs des couvre-feux qui avaient suivi le coup d'État en 1980. Beaucoup la considèrent comme une preuve de l'autocensure qui caractérise les médias turcs privés.

Depuis le début des manifestations écologiques dans le parc Gezi de la place Taksim à Istanbul, qui se sont transformées en rassemblements nationaux pour défendre les droits démocratiques, beaucoup critiquent le manque de liberté de la presse en Turquie. Le tout premier jour des manifestations, lorsque la police a utilisé des gaz lacrymogènes sur la place Taksim, pratiquement toutes les chaînes d'information ont hésité à rapporter les évènements. CNN Türk a diffusé un documentaire sur les pingouins alors que Haberturk TV, dont les bureaux se situent à cinq minutes du parc, n'a pas parlé de la situation. Ces exemples et d'autres révèlent la forte pression du gouvernement sur les médias turcs.

Les réseaux sociaux, particulièrement Twitter, utilisé par les manifestants pour communiquer entre eux, sont en partie responsables de la colère du gouvernement.   À Izmir, 32 personnes ont été placées en détention en raison de tweets qu'elles avaient publiés.

Les jeunes citadins turcs, surtout ceux nés dans les années 1990, perçoivent le langage intimidant du premier ministre Erdo?an comme très provocateur. Ces jeunes sont considérés comme les participants principaux aux manifestations antigouvernementales. Cette génération numérique déteste être malmenée. Ses exigences de démocratie et de liberté d'expression dépassent de loin les campagnes des défenseurs de l'environnement visant à préserver une zone verte au milieu de la métropole d'Istanbul.

Je me suis rendu au parc Gezi pour la première fois le jeudi 30 mai quand tout était encore silencieux et pacifique. Je n'ai pas compris la brutalité des forces de police le lendemain matin, lorsqu'à 5 h 30 elles ont gazé l'endroit et enflammé les petites tentes des manifestants.

Les parents de la génération des années 1990 à Istanbul, moi y compris, étaient surpris de voir leurs enfants politisés du jour au lendemain en raison d'une cause commune.

J'ai ensuite compris que cette génération confiante qui tente de créer une Turquie différente de la nôtre a grandi dans un pays soi-disant en voie d'adhésion à l'UE.

Les personnes qui ont donné l'ordre d'utiliser des gaz lacrymogènes sur les occupants du parc Gezi ont oublié qu'il s'agit d'un pays qui tente de rejoindre l'UE et dont les enfants suivent des cours de droit de l'Homme à l'école. Je me rappelle avoir obligé mon fils, de 10 ans à l'époque, à faire quelque chose en le tirant par le bras. Il est sorti sur la terrasse et a crié après la police, en disant que les droits des enfants étaient menacés dans notre maison. Cette même génération participait à de nombreux projets scolaires sur la protection de la nature et elle est sensible aux questions des droits de l'Homme.

La Turquie compte 12,7 millions de jeunes entre 14 et 24 ans, capables de mener ce pays vers un avenir caractérisé par le respect de la démocratie et des droits de l'Homme.

Le premier ministre Erdo?an semble au contraire avoir choisi un climat politique à haute tension. L’intensification de son discours islamique laisse penser qu’il a les prochaines élections dans sa ligne de mire. Mais il oppose également ses partisans aux jeunes citadins turcs cultivés.

Personne ne sortira vainqueur d'un tel conflit, s'il conduit à des violences dans le pays.  Au contraire, le pays entier sera perdant.

Les puissances occidentales accepteront-elles de telles conséquences ? En tant que spécialiste des affaires européennes et journaliste de longue date qui défend l'adhésion de la Turquie à l'UE, je pense d'une certaine manière qu'à la suite des évènements du parc Gezi, la Turquie sera perçue différemment en Europe. Pour la première fois, de nombreux Européens ont eu l'occasion de voir le visage de la Jeune Turquie. Elle est très différente de la conception que de nombreux Européens avaient de la Turquie jusqu'à présent. »

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