Le programme européen de Macron n’est pas écolo-compatible

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Maxime Combes répond au duo Mabile/Orphelin.

Dans une tribune publiée ce 19 avril, Sébastien Mabile et Matthieu Orphelin affirment que « seul le projet européen d’Emmanuel Macron est à même de mener la transformation écologique ». Une caricature du programme de Jean-Luc Mélenchon au motif que ce dernier « menace de quitter l’UE ».

Maxime Combes est économiste et auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, Anthropocène). Il n’est engagé dans la campagne d’aucun candidat, bien qu’ayant co-publié un appel visant à rapprocher les candidatures de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

S’il est légitime de débattre de la stratégie que Jean-Luc Mélenchon compte utiliser pour renégocier les traités européens, il est beaucoup plus discutable d’en faire un épouvantail pour promouvoir leur poulain sans même évoquer son programme. Il est également pour le moins exagéré de présenter l’UE comme le vaisseau amiral du progrès en matière d’écologie – ou de climat – au moment même où l’UE prépare une série de directives qui vont organiser une contre-révolution énergétique en Europe, comme l’explique très bien le député européen écologiste Claude Turmes, par ailleurs peu suspect d’accointances mélenchoniennes.

L'UE prépare un paquet énergie plus fossile que renouvelable

Exclusif. Tout en affirmant tirer l’ambition climatique vers le haut à Marrakech, l’Union européenne est en train de préparer une législation énergétique qui pourrait subventionner de nouvelles centrales à charbon et en affaiblir les renouvelables en Europe.

C’est en une toute petite phrase, qui vient en fin de texte, que Sébastien Mabile et Matthieu Orphelin précisent l’horizon qu’il faudrait se donner : « renforcer l’UE, notamment sur le plan énergétique et climatique ». Fort bien. Comment ? Quand ? Avec quels alliés ? Vous n’en saurez rien. Comme si la seule critique d’un candidat suffisait à définir une politique et qualifier leur champion. C’est un peu court. Ce d’autant plus que le programme le plus écologiste et europhile – ce qui se discute aussi – de cette campagne présidentielle française est sans doute celui de Benoît Hamon, que les deux auteurs n’évoquent même pas.

Regardons donc le programme d’Emmanuel Macron. Y trouve-t-on de quoi donner plus d’ambition aux politiques climatiques et énergétiques européennes ? De quoi réorienter les politiques économiques de l’UE de façon à les rendre compatibles avec l’impératif climatique ? Pas vraiment en fait. Ni le programme papier, ni le site web du candidat, ne fixe d’ambition supplémentaire au niveau européen pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), améliorer l’efficacité énergétique ou déployer les énergies renouvelables. Ce alors que l’objectif envisagé de 40% de réduction d’émissions de GES d’ici à 2030 est notoirement insuffisant, tout comme celui consistant à atteindre 27% d’énergies renouvelables, sans objectif assigné pays par pays.

La menace d’une sortie de l’UE, une erreur écologique

À première vue, le programme de Jean-Luc Mélenchon peut paraître ambitieux pour l’environnement et le climat. Sébastien Mabile et Matthieu Orphelin partagent son constat sur l’urgence d’agir, mais estiment que ce projet est porteur d’une incohérence grave sur la question européenne.

Que dit donc le programme d’Emmanuel Macron sur les politiques européennes en matière de climat et d’énergie ? Qu’un « marché unique de l’énergie » sera créé, sans plus de précision. Que cette « union de l’énergie » soit déjà en cours n’est pas mentionné. Qu’elle puisse être l’occasion de mettre en œuvre des mécanismes qui vont conduire à subventionner le charbon (mécanismes dits de capacité) et à remettre en cause l’accès prioritaire des renouvelables ne semble perturber ni le candidat ni les auteurs de la tribune faisant l’éloge de l’échelon européen en matière d’écologie.

Alors que le marché carbone européen est complètement dysfonctionnel et inefficace, le programme de Macron se limite à reprendre la préconisation phare du rapport Mestrallet-Canfin-Grandjean consistant à proposer un « prix plancher du carbone ». En plus d’avoir déjà été balayée d’un revers de la main dans le cadre du processus de révision du marché carbone européen, cette proposition est très insuffisante et devrait être, a minima, accompagnée d’une transformation de fond en comble du marché carbone européen et des politiques climatiques de l’UE. Un vaste chantier dont on aurait aimé que Sébastien Mabile et Matthieu Orphelin nous expliquent comment Emmanuel Macron compte le mener s’il est bien ce candidat champion d’une UE climato-compatible.

Mais là n’est sans doute pas l’essentiel. Emmanuel Macron n’envisage aucunement d’intervenir pour revoir les politiques économiques de compétitivité et les orientations de la politique commerciale de l’UE. Il est d’ailleurs le seul candidat à soutenir fermement le CETA, cet accord entre l’UE et le Canada que les propres services de Ségolène Royal ont qualifié de climato-incompatible. C’est pourtant la question clef du moment : autant les objectifs climatiques assignés pour 2020 ne nécessitaient pas une réorientation des politiques économiques européennes, autant ceux qu’il faudrait se fixer pour 2030 et après, si l’on a réellement pour objectif de contenir le réchauffement climatique à 2°C, nécessitent de changer de logiciel et d’opérer une profonde transformation des soubassements énergétiques et matériels de l’économie européenne. Histoire qu’enfin, l’empreinte carbone des européens commence à baisser, ce qui n’est toujours pas le cas après 30 ans de politique climatique européenne.

Mais de tout cela, ni le programme d’Emmanuel Macron, ni le duo Orphelin / Mabile n’en disent mot. C’est dommage. Et révélateur d’une posture qui prend le pas sur le contenu. Notre avenir, ainsi que l’avenir de l’UE et de ses politiques climatiques et énergétiques mériteraient pourtant de placer la discussion à ce niveau-là, plutôt qu’aligner les poncifs regrettables qui ne nous font pas avancer d’un pouce.

 

 

 

 

 

 

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