L’UE devrait mieux gérer les arrière-pensées de l’Est 

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Radu Magdin

Pour Radu Magdin, les dirigeants européens devraient s’isoler et discuter honnêtement de l’avenir de l’Europe, en suivant la voie ouverte par Emmanuel Macron. Et sans arrières-pensées politiques.

Radu Magdin est analyste et ancien conseiller des Premiers ministres en Roumanie et Moldavie. 

Peu de gens doutent encore du fait que l’Union européenne traverse une crise existentielle. Heureusement, pressés par la réaction des électeurs et des marchés, les dirigeants européens ont commencé à présenter des projets de renouvèlement, le plus actif étant Emmanuel Macron, mettant la France au cœur du projet européen. Durant la dernière semaine, le Président roumain, Klaus Iohannis, lui, a parlé, à Florence, d’une Europe forte, les Hollandais ont mis en avant des propos concernant l’importance de l’utilisation des outils déjà existants, et le Premier ministre polonais,  Mateusz Morawiecki, a décrit dans une opinion sa vision de l’Europe.

Toutes ces idées contribuent à un dialogue démocratique nécessaire, mais malgré le fait qu’elles mettent en évidence des aspects essentiels de l’Union, elles sont plutôt destinées aux publics nationaux et le manque d’un dialogue paneuropéen véritablement significatif et important est frappant.

Avant toute avancée dans ce sens, une conversation franche sur l’avenir de notre Union, réunissant l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, est essentielle. Le sommet de Sibiu pourrait orienter la conversation dans la bonne direction, mais il n’y aura pas de miracles, et l’option de la stabilité, notamment dans la déclaration finale, est inévitable. Car le problème de base ne disparaitra pas d’un coup de baguette magique.

Des arrières-pensées à l’Est

À l’occasion de la 40e anniversaire de l’IFRI, Thierry de Montbrial a eu raison de dire que l’Europe ne survivra pas à ses grands étapes si ses dirigeants ne se retrouvent pas autour de la même table pour discuter ouvertement de ce qui motive véritablement leurs actions et leur comportement sur le front européen. Il a appelé cela les arrière-pensées, et c’est important d’en parler. Je vais en parler, côté Est.

Les aspirations, les peurs et les attentes (légitimes) doivent être sujet de conversation si l’on veut sortir de l’impasse actuelle. Évidemment, on ne manque pas de scénarios, de documents de réflexion et d’idées politiques sur le futur visage politique de l’Europe. Les groupes de réflexion et les acteurs politiques se trouvent dans une compétition ouverte pour revendiquer la paternité d’une UE post-2020 – ironiquement, quelques acteurs politiques européens sur la voie de la sortie, voudraient donner la feuille de route pour les nouvelles équipes européennes.

Les citoyens lambda veulent une Europe portée sur le climat et le social

Les attentes communes des Européens sont loin des clivages exacerbés par les politiques. C’est ce que souligne l’initiative WeEuropeans, qui a mobilisé 2 millions de personnes et suscité 30 000 propositions.

Bien que tout ce processus public suscite enthousiasme et énergie, un consensus n’a pas encore été trouvé. Pourquoi ? Jusqu’à présent, les propositions avancées par les acteurs politiques ont soit uniquement défini les bases d’un large débat sociétal (voire les dialogues citoyens mis en place par la Commission européenne), soit ont été conçues avec le public national comme objectif principal et avec moins d’attention portée aux aspects pratiques de la diffusion. Le président français a transformé la frustration de l’Occident face à ce qu’est l’Europe aujourd’hui dans un projet qui répond à ces préoccupations fondamentales : au lieu de négocier sans fin, ceux qui sont prêts à aller de l’avant devraient le faire et le noyau de la zone Euro devrait être le moteur de la quête d’une intégration accrue.

À l’Est, comme l’a récemment souligné le Premier ministre polonais, l’Europe des Nations semble plus attrayante ; quand on parle d’Europe,  l’accent est surtout mis sur la solidarité (fonds européens) et l’égalité de traitement. Pour de nombreux pays à l’Est, il est frustrant d’être forcé d’avancer ou d’avoir le sentiment de ne pas être traité équitablement. Tous ces points sont pertinents (bien que contradictoires), mais la question clé est de savoir qui sera habilité à présenter une synthèse et dans quel contexte.

Oui, l’Occident a raison de s’inquiéter de la tournure nationaliste que l’on voit à l’Est, des initiatives qui menacent potentiellement la consolidation de la démocratie et l’état de droit ; de plus, la France et ses alliés ont le droit d’accorder plus d’attention à ceux qui ont démontré une bonne compréhension sur ce qui se passe à Bruxelles. Oui, l’Est a raison de craindre que le projet d’une armée européenne ne soit pas vraiment réfléchi et que la récente querelle entre l’Europe de l’Ouest et les États-Unis soit réglée sur le dos des Européens de l’Est qui voient dans l’OTAN la seule véritable garantie de leur sécurité. Oui, l’Est a raison de s’inquiéter de divers accords énergétiques qui nécessitent des dérogations et des exceptions et affaiblissent davantage la solidarité européenne. Nous avons tous, des peurs, des aspirations et des attentes légitimes.

L’idée de Thierry de Montbrial, de débattre les arrière-pensées, doit être reprise par les dirigeants européens en toute urgence après les élections européennes, en tenant compte de leur résultat. Avant de décider autres étapes publique, cette conversation sincère doit également catalyser les efforts des institutions européennes et nationales. Cela étant dit, je doute que Sibiu soit le lieu d’un tel tournant – il faut du temps pour préparer une telle entreprise et la réflexion stratégique et les débats ne se déroulent généralement pas sous le feu des projecteurs. Cependant, au-delà de la déclaration officielle et des déclarations chorégraphiées, la conversation pourrait et devrait commencer, incluant la date d’un retrait informel pour une session de réflexion, qui devrait être établie discrètement. Sinon, la polémique Est-Ouest se poursuivra et les différends continueront à alimenter les journalistes et les analystes, à exaspérer le public.

La France a aujourd’hui la volonté et la vitalité intellectuelle de faire avancer le projet européen. Le succès de cette entreprise dépendra non seulement des idées d’Emmanuel Macron (ou de l’intéressant concept de « nouvel empire » de Bruno Le Maire), mais également de la validation et de l’acceptation continentale. Pour que cela se produise, revenons à l’essentiel, aux aspirations, aux peurs et aux attentes légitimes de tous les Européens, qui sont peut-être à l’origine de nos problèmes, mais qui doivent être intégrés aux solutions dont nous avons désespérément besoin. L’UE peut devenir un empire dans un bon sens du terme, dans un monde dominé par la compétition des grandes puissances, mais même cela demande de bonnes arrière-pensées.

La politique européenne de Macron est-elle la bonne ?

Le choix du tout franco-allemand fait par l’Elysée n’a pas fonctionné. Faut-il remettre à plat la politique européenne de la France ? La question divise, deux ans après l’élection du président qui voulait changer l’Europe.

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