Le ministre de l’Éducation Gabriel Attal a été nommé Premier ministre mardi (9 janvier), à quelques mois des élections européennes. Emmanuel Macron fait ainsi le pari d’un second souffle, alors que le parti Renaissance peine à faire face au Rassemblent national dans les sondages.
« Cher Gabriel Attal, je sais pouvoir compter sur votre énergie et votre engagement pour mettre en œuvre le projet de réarmement et de régénération que j’ai annoncé. Dans la fidélité à l’esprit de 2017 : dépassement et audace. Au service de la Nation et des Français », a publié le président de la République sur le réseau social X mardi.
Âgé de 34 ans, M. Attal entre dans l’Histoire en tant que plus jeune Premier ministre de la Vème République – et ouvertement homosexuel. Il remplace Élisabeth Borne à la barre depuis 20 mois, remerciée par le président lundi (8 janvier).
En tant que soutien de la première heure de M. Macron, M. Attal a occupé le poste de porte-parole du gouvernement tout au long de la crise du Covid, avant de devenir ministre délégué chargé des Comptes publics, en charge notamment de la réforme des retraites. En juillet 2023, il a été nommé ministre de l’Éducation nationale.
Dorénavant Premier ministre, M. Attal doit former un nouveau gouvernement, dont les contours devraient se préciser dans les prochains jours.
Nouveau souffle
Cette nomination tente de donner un nouveau souffle au second quinquennat de M. Macron, à quelques mois seulement d’un scrutin européen, qui devrait faire la part belle au Rassemblement national (RN), 10 points devant Renaissance selon les derniers sondages.
Des sondages datant du 30 décembre suggèrent que le groupe europarlementaire d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) pourrait supplanter les libéraux européens (Renew) en juin en tant que troisième force européenne.
En outre, la nomination de M. Attal fait suite à une année politique pour le moins turbulente, avec l’adoption de deux textes législatifs très critiqués dans un contexte d’absence de majorité absolue dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.
La réforme des retraites, qui a fait passer l’âge minimum légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, a été la source de vives confrontations entre le gouvernement et les syndicats tout au long des premiers mois de l’année 2023.
La réforme aura finalement été adoptée grâce à l’article « 49.3 » de la Constitution, qui permet de faire passer un texte à l’Assemblée nationale sans vote, si tentée qu’une motion de censure, pour faire chuter le gouvernement, ne soit pas déposée, puis adoptée à une majorité simple. La loi sera passée à deux doigts d’un rejet : seules neuf voix ont permis une motion de censure de ne pas aboutir.
En décembre, le parlement a également adopté un projet de loi sur l’immigration très controversé, dont le contenu a été fortement influencé par les propositions de la droite et de l’extrême droite, imposant une certaine « préférence nationale » à l’accès aux aides sociales, et restreignant l’accès à la citoyenneté ou encore au regroupement familial – compromis nécessaire à tout soutien de la part des députés Les Républicains (LR) et RN.
Clivage progressiste-populiste
Mujtaba Rahman, directeur général en charge de l’UE chez Eurasia Group, un cabinet de conseil, souligne dans une note obtenue par Euractiv, que M. Attal « deviendra de facto le visage du macronisme lors des élections européennes de juin ».
Le jeune premier ministre est jugé « télégénique, fluide et pugnace » face au candidat d’extrême droite Jordan Bardella, son cadet de six ans, également une étoile montante sur la scène politique française, précise M. Rahman.
« Ne serait-ce que par son âge et son dévouement, [Attal] peut aider à renforcer le clivage progressiste-populiste que M. Macron avait si efficacement créé en 2019 » lors des dernières élections européennes, ajoute Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos, pour Euractiv.
En outre, Renaissance s’inquiète d’une potentielle montée en puissance du député européen et co-président du parti Place Publique, Raphaël Glucksmann, qui pourrait ravir la place de candidat pro-européen.
Cette nomination pourrait également séduire certains électeurs conservateurs, au fur et à mesure que les LR se scindent en deux, entre une frange plus libérale et une autre plus dure, prête à travailler en collaboration avec le RN.
Gabriel Attal «est très clairement identifié par les électeurs français comme un ministre de premier plan », analyse M. Gallard. Un sondage d’Ipsos datant de décembre 2023 indique qu’il est devenu la personnalité politique préférée des Français, devant l’ancien Premier ministre Edouard Philippe.
Au ministère de l’Éducation nationale, M. Attal a notamment mené une campagne en août contre le port de l’Abaya dans les écoles, un vêtement traditionnel de la culture musulmane considéré comme une menace à la laïcité, sujet particulièrement appréciée par les électeurs de droite.
« Malheur »
Cette nomination a néanmoins suscité de vives critiques de la part de l’opposition, pour qui la nomination de M. Attal n’est qu’une continuation de la politique jugée libérale de M. Macron.
« C’est beaucoup de bruit pour rien », a déclaré à Euractiv Aurore Lalucq, eurodéputée Place Publique et bras droit de M. Glucksmann, qui déplore la « centralisation extrême du pouvoir » de M. Macron.
Elle a en outre reproché au groupe parlementaire européen Renew de M. Macron de « ne pas être un contre-pouvoir [face] au Conseil de l’UE et à la Commission européenne ».
Pendant ce temps, le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, un autre critique virulent de la politique de M. Macron, a posté sur la plateforme X : « Le rôle de Premier ministre disparaît. Le monarque présidentiel est seul avec sa cour. Malheur aux nations dont les princes sont des enfants ».
La nomination de M. Attal au poste de Premier ministre est susceptible de donner un coup de pouce relatif au gouvernement dans les sondages, prédit M. Gallard, « bien qu’il soit peu probable que cela dure jusqu’à la veille des élections », qui auront lieu du 6 au 9 juin.



