Marianne Thyssen : « Il y a 10% de jeunes chômeurs en moins cette année »

Marianne Thyssen

Marianne Thyssen [European Parliament/Flickr]

Pour accélérer les premiers progrès accomplis sur le front de l’emploi des jeunes, la Commission a lancé une initiative avec le secteur privé qui vise la création de 100 000 nouveaux postes d’apprentis, de stagiaires et d’employés juniors d’ici 2017. 

Marianne Thyssen est commissaire à l’emploi, aux affaires sociales, aux compétences et à la mobilité des travailleurs. Elle a répondu aux questions de Daniela Vincenti et Henriette Jacobsen à l’occasion du lancement d’une nouvelle initiative, le Pacte européen pour la jeunesse, au Entreprise summit 2020 – The Future of Europe, organisé par CSR Europe, dont EURACTIV est le partenaire média.

Pourquoi avons-nous besoin du Pacte européen pour la jeunesse alors que la Commission a déjà lancé l’initiative « Emploi des jeunes » ?

Nous ne pouvons pas relâcher nos efforts. Je me félicite de l’entrée en vigueur du Pacte européen pour la jeunesse, une initiative menée principalement par les entreprises qui complète les efforts de la Commission au niveau européen.

Le rôle des entreprises est très important, puisqu’elles créent des stages, des places d’apprentis, et d’autres types d’apprentissages sur le terrain, et aident ainsi les jeunes à entrer sur le marché du travail. C’est pourquoi il est important que cette initiative soit lancée par les entreprises elles-mêmes. Les entreprises savent qu’elles ont une responsabilité et un intérêt à investir dans les compétences et à contribuer à créer les talents de demain. Ce pacte correspond bien aux objectifs des initiatives européennes existantes, comme la garantie pour la jeunesse, l’initiative « Emploi des jeunes » et l’Alliance pour l’apprentissage.

>> Lire : Plaidoyer pour l’apprentissage européen

Le Pacte pour la jeunesse a-t-il été créé parce que la Commission est déçue du manque de progrès de la garantie pour la jeunesse dans les États membres ?

La mise en place de la garantie pour la jeunesse est en bonne voie et on voit déjà les premiers résultats. Cette année, il y a près de 10 % de jeunes chômeurs en moins. C’est un signe encourageant. S’il y a encore bien trop de jeunes sans emploi, j’ai bon espoir que la tendance positive continue.

La garantie pour la jeunesse n’est pas un remède miracle qui aura un impact maximum du jour au lendemain. Il faudra un certain temps avant qu’elle soit rentable, mais comparée à d’autres réformes structurelles européennes, elle est probablement celle qui a été mise en place le plus rapidement.

>> Lire : La Cour des Comptes européenne pointe les difficultés de la garantie jeunesse

L’an prochain, nous évaluerons en détail les résultats sur le terrain dans les 28 États membres, mais le nombre de jeunes qui ont réussi à trouver un emploi, un stage ou une autre forme de formation grâce à cette initiative montre déjà que cet instrument fait réellement la différence pour les jeunes.

Je pense que le Pacte pour la jeunesse est une contribution importante du secteur privé qui renforcera la garantie pour la jeunesse. Les entreprises qui ont lancé le Pacte se sont engagées à créer au moins 100 000 nouveaux postes d’apprentis, de stagiaires et d’employés juniors d’ici 2017.

L’industrie avait déjà promis de créer 140 000 postes d’apprentis dans le cadre de l’Alliance pour l’apprentissage. Nous sommes sur la bonne voie. Ensemble, nous nous dirigeons vers la création de 250 000 nouvelles opportunités de formation des jeunes partout en Europe.

Au fur et à mesure que le Pacte se développe et croît, j’espère que nous pourrons atteindre des objectifs encore plus ambitieux. Il s’agira d’une contribution importante en ce qui concerne l’emploi et les carrières.

Comment les entreprises et les systèmes éducatifs de l’UE collaboreront-ils dans le cadre du Pacte européen pour la jeunesse ?

L’un des points de collaboration sera l’augmentation des postes d’apprentissage, ce qui signifie que les étudiants en formation professionnelle pourront passer une partie de leur temps à l’école et l’autre en entreprise. C’est important parce qu’on sait que des formations de qualité sur le terrain aident les jeunes à trouver plus rapidement un emploi et donnent expérience et compétences aux jeunes diplômés engagés par les entreprises. Deux tiers des apprentis sont engagés à la fin de leur période de formation, ce qui montre bien leur valeur.

Il existe aussi d’autres formes de collaboration. Les responsables des entreprises peuvent par exemple s’adresser aux étudiants dans les écoles, ou inviter les enseignants à organiser des visites ou des stages d’observation en entreprises. Il existe toute une série de collaborations possibles entre entreprises et écoles et nous voulons explorer, tester et développer de nombreuses possibilités via le Pacte pour la jeunesse.

Quelle a été la réaction des systèmes éducatifs aux propositions du Pacte pour la jeunesse ?

Elle a été très positive ! Les plus grands centres de formation et d’éducation européens sont partenaires de ce projet. Les partenariats entre le monde de l’entreprise et les systèmes éducations ne peuvent bien sûr être développés que si les écoles et universités sont prêtes à collaborer avec les entreprises. J’ai l’impression que ce type de coopération intéresse de plus en plus les écoles. Le Pacte fournit le cadre parfait pour que les institutions d’enseignement et de formation restent connectées aux évolutions des entreprises, des industries et du monde du travail en général.

Qu’est-ce qui a entravé l’embauche des jeunes jusqu’à présent ?

La crise économique a entrainé un nombre de licenciements catastrophique, et de moins en moins de personnes étaient embauchées. La croissance économique est à nouveau à la hausse et on voit donc que le taux d’emploi recommence doucement à grimper. L’Europe est face à une situation paradoxale.

Il y a 4,5 millions de jeunes au chômage, et pourtant 2 millions de postes sont vacants. Un employeur sur quatre a des difficultés à trouver des salariés qui ont les compétences adéquates. Cela montre que nous devons améliorer l’éducation et la formation. Pour ce faire, nous devons créer une collaboration plus efficace entre les entreprises et les systèmes éducatifs.

>> Lire : La surqualification des jeunes devient la norme en Europe

Comment le Pacte pour la jeunesse cible-t-il les pays du sud de l’Europe, et en particulier la Grèce et l’Espagne, où le chômage des jeunes atteint des niveaux très élevés ?

Ce Pacte européen pour la jeunesse est une initiative menée par CSR Europe et son réseau d’entreprises et d’organisations partenaires dans toute l’Europe. Des plans d’action sur des coopérations entreprises-éducation seront développés par ces réseaux dans les 28 États membres, dont la Grèce, l’Espagne et d’autres pays où le taux de chômage chez les jeunes est particulièrement élevé. Les entreprises et les systèmes d’enseignement et de formation utiliseront cette opportunité pour développer les compétences et l’employabilité des jeunes.

Vous avez expliqué que l’objectif du Pacte pour la jeunesse était de créer au moins 100 000 postes de formation ou premiers emplois de qualité. Comment la Commission définit-elle un « stage de qualité », par exemple ? Ce stage pourrait-il être non rémunéré ?

Les stages sont une étape importante pour l’emploi, mais ils doivent avoir une valeur pour les deux parties et se dérouler dans de bonnes conditions. Un stage devrait être un investissement, pas un moyen de se procurer une main-d’œuvre gratuite ou bon marché. Au niveau européen, nous avons un cadre qui permet de promouvoir des stages de qualité, avec des informations claires et transparentes sur les conditions de travail. L’employeur doit notamment préciser si le stage sera payé ou non et ce que le stagiaire apprendra.

>> Lire : Le coup de pouce européen pour l’emploi de jeunes en France

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.