26 États membres s’engagent pour protéger l’industrie éolienne européenne

« C’est un grand jour pour l’industrie européenne de l’énergie éolienne », a déclaré Giles Dickson, directeur général du groupe de lobbying WindEurope, qui est à l’origine de la charte. « 26 pays se sont engagés à mettre en œuvre les actions définies dans l’excellent paquet éolien de l’UE ». [Shutterstock]

Tous les États membres de l’UE, à l’exception de la Hongrie, ont signé une charte visant à protéger le secteur européen de l’énergie éolienne contre les « pratiques commerciales déloyales » des fabricants chinois.

« C’est un grand jour pour l’industrie européenne de l’énergie éolienne », a déclaré Giles Dickson, directeur général du groupe de lobbying WindEurope, qui est à l’origine de la Charte européenne de l’énergie éolienne. « 26 pays se sont engagés à mettre en œuvre les actions définies dans l’excellent paquet éolien de l’UE », a-t-il ajouté mardi (19 décembre), après la signature du document.

Les fabricants européens d’éoliennes ne sont pas en grande forme. Siemens Energy a failli faire faillite au début de l’année, et d’autres grands acteurs enregistrent fréquemment des pertes.

Les entreprises chinoises, en revanche, se renforcent d’année en année et semblent prêtes à dominer le marché mondial. Et même si aucune éolienne chinoise n’a été installée sur le sol européen à ce jour, la crainte de voir cette barrière franchie éveille les instincts protectionnistes de certains États membres de l’UE.

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« Bien que le secteur de l’énergie éolienne soit historiquement une réussite de l’UE, il est confronté à une série de défis », peut-on lire dans la charte. « L’ensemble de l’écosystème éolien européen doit s’unir pour relever ces défis. »

Le document de deux pages fait référence au paquet éolien présenté en octobre par la Commission européenne.

Concrètement, les États 26 signataires s’engagent à garantir une filière « suffisante, solide et prévisible pour le déploiement de l’énergie éolienne […] couvrant au moins la période 2024-2026 », peut-on lire dans la déclaration.

En outre, l’objectif est de « promouvoir la production d’éoliennes de haute qualité répondant à des normes rigoureuses en matière d’environnement, d’innovation, de cybersécurité et de conditions de travail » en apportant des modifications aux systèmes nationaux de mise aux enchères des capacités éoliennes.

Traditionnellement, les promoteurs de projets d’énergie éolienne soumettent des offres pour certains contrats de fourniture d’électricité et se font concurrence sur le prix auquel ils proposent l’électricité, l’offre la moins chère l’emportant généralement.

De plus en plus, ces ventes aux enchères ont tendance à favoriser les promoteurs qui acquièrent des turbines moins chères fabriquées en Chine, ce qui a incité l’industrie éolienne à faire pression avec insistance pour changer le système.

L’outil de choix de l’UE est désormais une série de critères « de préqualification ou d’attribution bien conçus, objectifs, transparents, non discriminatoires et non tarifaires », qui favorisent les soumissionnaires européens, précise la charte.

Ces critères porteront sur « la durabilité et la résilience, la cybersécurité, la déontologie et la capacité d’exécution. La participation des citoyens pourrait également être prise en compte », peut-on lire dans le document.

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Les exigences en matière de cybersécurité, en particulier, pourraient empêcher les fabricants chinois de remporter les appels d’offres de l’UE, étant donné que les éoliennes sont souvent connectées tout en étant équipées de centaines de capteurs et de caméras, qui mesurent les mouvements de l’air autour d’elles et la vitesse du vent.

Cela fait écho aux mesures adoptées dans le secteur européen des télécommunications, où l’entreprise chinoise Huawei est actuellement exclue des appels d’offres pour la construction de réseaux 5g. Une logique similaire pourrait désormais s’appliquer aux fabricants chinois d’infrastructures énergétiques.

Par ailleurs, les fabricants européens ont également interdit à leurs concurrents chinois de devenir membres de leur principal organe de lobbying, WindEurope. « Les membres doivent avoir des activités éoliennes significatives basées en Europe », selon les règles de l’association, mises à jour au début de l’année 2023.

Des instruments supplémentaires visant à protéger l’industrie européenne sont également inclus dans la charte.

Les pays s’engagent à « surveiller activement et, si cela se justifie, à envisager des mesures pour lutter contre d’éventuelles pratiques commerciales déloyales sur le marché international des produits liés à l’énergie éolienne ».

Les responsables du commerce de la Commission européenne observent déjà avec une certaine méfiance les pratiques des pays tiers en matière de subventions.

Enfin, les signataires affirment vouloir stimuler la production nationale.

La charte engage les signataires à « augmenter la capacité de fabrication d’équipements éoliens dans l’UE afin de répondre à l’augmentation attendue de la demande de projets éoliens, tout en s’engageant à renforcer l’emploi et les capacités industrielles existantes, le cas échéant ».

« Les ministres de l’Énergie de l’UE et l’Industrie éolienne envoient aujourd’hui un signal très important : les capacités de production doivent être à la hauteur de nos objectifs ambitieux », a déclaré l’Allemand Sven Giegold, un haut représentant de l’État qui a signé l’accord au nom de son pays.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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