Les députés italiens s’apprêtent à lancer une grande enquête sur le rôle que le nucléaire pourrait jouer dans la transition écologique du pays. L’Italie était le dernier pays du G7 à ne pas faire le pari du nucléaire.
La commission de l’environnement de la Chambre des députés a annoncé mercredi (6 mars) entamer une grande étude sur le rôle que l’énergie nucléaire pourrait jouer dans la transition écologique du pays, afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Seule la majorité droite / post fasciste pro-nucléaire a voté en faveur d’une telle étude. Le Parti démocratique (PD), le Mouvement cinq étoiles (M5S) et l’Alliance de la gauche écologiste se sont abstenus.
L’Italie est aujourd’hui le seul pays du G7 à ne pas avoir de centrale nucléaire en activité : sa dernière avait fermé en 1990, à la suite d’un référendum contre l’atome.
Dès 2008, le gouvernement de feu Silvio Berlusconi avait tenté de rouvrir un débat sur le nucléaire, mais un référendum en 2011 avait mis fin à ses velléités.
Davide Tabarelli, président de la société de recherche sur l’énergie et l’environnement Nomisma Energia, s’est ravi de la décision des députés mercredi, alertant contre une situation écologique actuelle qu’il juge désastreuse.
« S’il y a une urgence climatique, nous devons avoir des réacteurs avancés de troisième génération immédiatement », ajoutant qu’une initiative urgente de décarbonation devrait être lancée sans délai.
M. Tabarelli, qui a récemment été nommé envoyé spécial auprès de l’ancienne usine sidérurgique Ilva de Tarente, a également souligné l’importance de l’énergie nucléaire en Europe, en déclarant que même si les centrales existantes, comme celles de la France, vieillissent, le continent avait besoin de l’énergie nucléaire pour compléter la production des énergies renouvelables.
Mais cet enthousiasme n’est pas partagé par tous.
Lors d’un entretien avec Euractiv, Katiuscia Eroe, experte en énergie chez Legambiente, a déclaré : « Il est clair, au vu des données sur le rôle de l’énergie nucléaire dans le monde, le calendrier, le coût et les problèmes non résolus, que l’énergie nucléaire ne peut pas avoir sa place dans la transition énergétique de l’Italie ».
« L’énergie nucléaire sûre n’existe pas, c’est de la pure science-fiction. Nous n’avons pas le temps, dans un pays qui connaît en moyenne plus de 140 événements climatiques extrêmes, de penser à des technologies défaillantes », a-t-elle ajouté.
Lundi (4 mars) encore, l’Italie était observatrice de la dernière réunion de l’alliance nucléaire formée autour des États membres pronucléaires.
En outre, en novembre dernier, l’Agence nationale italienne pour les nouvelles technologies, l’énergie et le développement économique durable (ENEA) a signé un protocole d’accord avec Ansaldo Nucleare, RATEN, SCK CEN et Westinghouse Electric Company pour le développement conjoint, à l’échelle industrielle, d’un petit réacteur modulaire.
« Je ne pense pas que la décision de la Commission de l’environnement fasse basculer l’Italie dans le camp des partisans du nucléaire », a déclaré Simona Benedettini, consultante sur les politiques et les réglementations énergétiques.
Elle estime que « l’opposition entre ceux qui sont contre et ceux qui sont pour, ne reflète pas l’approche appropriée pour un sujet qui requiert de l’objectivité ».
« Au contraire, je pense que cette décision est emblématique d’une approche pragmatique de la transition énergétique », a-t-elle conclu.


