Avant son départ, Agnès Pannier-Runacher préparait une position franco-allemande sur l’énergie

La ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher (G) et le ministre fédéral allemand de l'Économie et de l'Environnement Robert Habeck (D) à bord d'un bateau pour une visite du port de Hambourg, le premier jour d'une retraite gouvernementale franco-allemande de deux jours à Hambourg, Allemagne, le 9 octobre 2023. [EPA-EFE/GREGOR FISCHER]

Avant la suppression du ministère de la Transition énergétique lors du dernier remaniement, les équipes de l’ancienne ministre française Agnès Pannier-Runacher préparaient un papier commun destiné à son homologue allemand, Robert Habeck, pour apaiser les tensions énergétiques avant les élections européennes.

En France, la rentrée énergétique a été marquée par le départ d’Agnès Pannier-Runacher du ministère de la Transition énergétique, dont le portefeuille est retourné au ministère de l’Économie après 15 ans dans le giron de l’Écologie.

À Bruxelles, l’ancienne ministre a bataillé pendant deux ans pour imposer la stratégie française basée, en particulier, sur la reconnaissance des atouts du nucléaire, pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’UE, inscrit dans son Green deal.

Sa combativité a fait des remous au sein du couple franco-allemand, déchiré au sujet du nucléaire depuis des années.

Selon quatre sources concordantes, les équipes de la ministre préparaient, pour apaiser les tensions, un « papier commun » au sujet du « pilotage du système énergétique européen ».

Une réflexion en cours

« Il y avait des idées en cours de réflexion », a confié une source proche du dossier, à Euractiv France, quant à la préparation d’un papier commun entre la France et l’Allemagne.

L’objectif était de « parler des enjeux partagés », dont le développement des énergies renouvelables et la participation des consommateurs à l’équilibre des réseaux électriques, a affirmé cette source.

Les équipes de feu le ministère de la Transition énergétique réfléchissaient aussi à ouvrir la discussion sur le financement européen de la transition énergétique — un point sur lequel les allemands se sont toujours montrés réticents.

Des réflexions sur la sécurité d’approvisionnement étaient également en discussion, notamment sur le développement d’un « schéma type de mécanisme de capacité interopérable entre plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne », a expliqué notre source.

« L’unification des systèmes de mécanismes de capacité au niveau européen faciliterait le recours à la flexibilité sur le réseau européen », et donc, l’intégration des ménages à son équilibre, a-t-elle argumenté.

Un mécanisme de capacité permet de rémunérer des centrales électriques mises en réserve pour produire lors des pics de consomation. Sans ce mécanisme, ces centrales ne seraient pas rentables.

La France dispose déjà d’un tel système, tandis que l’Allemagne est en train d’en développer un de façon pérenne.

Apaiser avant les élections européennes

Au-delà des aspects énergétiques, un papier commun revêtait également un intérêt politique majeur à quelques mois des élections européennes de juin.

« L’idée était aussi de ne pas gâcher l’année 2024 en dépassant les clivages [notamment sur le nucléaire] et montrer que l’Europe, ce ne sont pas que des affrontements  ; qu’il y a plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous éloignent », a déclaré notre source.

« Nous avons des intérêts communs, notamment de repousser les extrêmes » aux prochaines élections européennes, a-t-elle insisté, dans la continuité du déplacement, lundi (22 janvier), d’Emmanuel Macron à Berlin, pour l’hommage à l’ancien ministre allemand, Wolfgang Schäuble, artisan de la construction européenne décédé fin décembre.

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Travaux à l’arrêt

Avant que Mme Pannier-Runacher quitte l’Hôtel de Roquelaure, le travail mené à Paris n’en était « qu’à ses débuts », a assuré notre source proche du dossier. « Il n’y avait donc pas encore d’échange avec les équipes de Robert Habeck ».

Avec le départ de l’ancienne ministre, rien n’est certain dorénavant sur la continuité des travaux entamés.

« Personne ne sait à ce stade si les équipes du ministère de l’Économie vont reprendre les travaux en cours ou en produire d’autres», a déclaré Christophe Grudler, eurodéputé (Renew) français et référent énergie pour sa délégation, à Euractiv France.

Et « difficile d’en savoir plus sans clarté sur la répartition des tâches » a complété notre source.

Le portefeuille de l’Énergie n’a, en effet, pas encore été officiellement attribué, qu’il s’agisse de donner les pouvoirs au ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, au ministre de l’Industrie sous sa tutelle, à une équipe commune sur les sujets communautaires — trois options les plus à l’étude — ou de les déléguer à un secrétaire d’État dédié.

Une position commune pour mars  ?

Par conséquent, « le dossier est en suspens » et pourrait ne pas être réouvert tout de suite, nous dit-on. D’autant que le gouvernement doit, pour l’heure, composer avec la gronde du monde agricole et la levée de bouclier contre la hausse annoncée des prix de l’électricité au 1er février 2024.

Au final, « le bon timing aurait été de dévoiler le papier en mars, en marge du sommet européen sur le nucléaire organisé à Bruxelles », a confié notre source au fait du dossier.

En outre, les équipes françaises ne s’interdisaient pas de faire circuler le « papier commun » en dehors du cercle franco-allemand. De le partager, en premier lieu, avec les pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg).

Si d’aventure les travaux reprennent, rien n’assure non plus de leur consistance à terme. La dernière tentative de rapprochement franco-allemand en date sur l’énergie n’a pas été un franc succès.

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[Édité par Frédéric Simon]

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