Le commissaire au commerce, Peter Mandelson, a déclaré lors de la conférence qu'il était convaincu que les pays en développement finiraient par bénéficier de l'expansion de leur production de biocarburants : "De nombreux pays en développement ont une capacité agricole plus que suffisante et un avantage comparatif réel en matière de production. Leur climat et leur terre sont également propices aux biocarburants riches en énergie".
Il a néanmoins souligné que le développement d'un tel marché "devait prendre en compte la réalité environnementale".
"Les Européens ne paireont pas des prix plus élevés pour les biocarburants si l'éthanol de leurs voitures est produit de façon non durable en brûlant systématiquement les champs après la récolte ou si il est obtenu au détriment des fôrets tropicales. Nous ne permettrons pas que ce changement en faveur des biocarburants provoque un désastre environnemental dans les pays en développement".
Le commissaire à l'énergie, Andris Piebalgs, a indiqué : "Nous pourrions, si nous devions, atteindre notre objectif des 10% d'ici 2020 grâce uniquement à la production nationale de biocarburants, notamment en utilisant la terre agricole "mise de côté" et en réduisant le rythme auquel la terre cultivable est abandonnée au sein de l'UE. Cependant, même si cette approche est techniquement possible, ce n'est pas celle que nous souhaitons adopter. Nous estimons que cette option visant à se contenter uniquement des biocarburants produits au niveau national n'est ni probable, étant donné les règles commerciales actuelles et la libéralisation commerciale accrue que nous souhaitions voir à l'avenir, ni désirable".
Il a conclu en déclarant : "Nous devons faire en sorte que nos normes en matière de biocarburants ne créent pas d'obstacles inutiles".
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a indiqué que le nouveau marché des biocarburants "devait non seulement servir les intérêts de la population aisée possédant des voitures, mais également les intérêts des pays les plus pauvres du monde", ajoutant : "Il est vrai qu'en raison de la hausse des prix des aliments de base, il y a un impact potentiel sur la sécurité alimentaire dans les pays pauvres à travers le monde. Cependant, cet impact devrait être compensé par les avantages résultant de l'amélioration des règles du commerce agricole, qui offriraient aux pays en développement l'opportunité de produire davantage".
Le ministre suédois du commerce, Sten Tolgfors, a quant à lui indiqué que l'éthanol brésilien était encore confronté à des tarifs douaniers allant jusqu'à 55% alors que les tarifs douaniers appliqués au pétrole sont inférieurs à 5%. "Pourquoi l'Europe rend-t-elle l'éthanol si cher par rapport au pétrole?", se demande-t-il, appelant à l'élimination totale des tarifs douaniers sur les biocarburants.
Le président brésilien Lula Da Silva a souligné que, dans son pays, plus de six millions d'emplois avaient été créés grâce au développement d'un marché des biocarburants solide. Il a également indiqué : "Il ne s'agit pas de choisir entre les aliments et l'énergie", ajoutant qu'au Brésil, les plantations de canne à sucre n'ont pas remplacé de force ou réduit la production alimentaire". Au contraire, dit-il, l'augmentation de la production de canne à sucre s'est accompagnée d'une augmentation du revenu. Selon lui, "nous pouvons obtenir ces mêmes résultats dans les pays pauvres et en développement".
Il a cependant souligné qu'afin de parvenir à un développement viable des biocarburants dans de nombreux pays en développement, les pays riches devraient dans un premier temps mettre un terme à leurs subventions agricoles et réduire les droits de douanes. "Vous devez donner une chance à ceux qui n'ont pas eu la chance au cours du 20ème siècle", a-t-il conclu sous un tonnerre d'applaudissements.
Les dirigeants agricoles européens ont rejeté l'idée que l'UE devait s'ouvrir aux importations de carburants moins chers pour des raisons environnementales. Le secrétaire général du lobby agricole européen Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, a déclaré : "Mandelson ferait bien de vérifier ce qu'il avance sur les biocarburants", accusant le commissaire de fermer les yeux sur les réalités économiques des pays en développement.
Il a souligné : "L'avantage au niveau international dont bénéficie par exemple la production brésilienne repose uniquement sur le bas prix des terres, prix qui est maintenu à ce niveau par la destruction des forêts vierges tropicales et des savanes et par une exploitation des travailleurs qui va parfois même jusqu'à l'esclavage", ajoutant : "Mandelson doit comprendre qu’un des enjeux de la politique européenne en matière de carburants est aussi de promouvoir l’indépendance énergétique de l'UE. Personne ne dit que l'Union européenne doit fermer la porte aux importations. Cependant, écarter d’emblée,comme le fait M. Mandelson, la contribution que peuvent apporter les agriculteurs européens à remplir les besoins énergétiques de l'UE, c'est une réaction que l’on pourrait plutôt s'attendre à entendre dans la bouche d’un ministre brésilien des exportations, par exemple, que du Commissaire européen au Commerce" .
L'ONG écologiste Les Amis de la Terre Europe a indiqué que l'engagement de l'Europe à remplacer 10% de son marché du carburant destiné aux transports d'ici 2020 était "dangereux" pour la biodiversité dans les pays en développement et a vivement recommandé l'abandon de cette décision. Citant comme expemple l'Indonésie, le plus grand producteur au monde d'huile de palme, produit utilisé dans la fabrication de biocarburants, Rully Syumanda des Amis de la terre Indonésie, oeuvrant pour la défense des forêts, a indiqué : "La demande croissante de l'Europe en huile de palme a des conséquences dévastatrices sur l'environnement et la société ici en Indonésie".