Bruxelles dévoile un « plan d’action » pour accélérer le déploiement des réseaux électriques

« Les réseaux doivent être un catalyseur de la transition vers une énergie propre, et non un obstacle à celle-ci », a déclaré Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie. [Commission européenne]

La Commission européenne a dévoilé mardi (28 novembre) un plan d’action visant à accélérer le déploiement des réseaux électriques et à supprimer les goulets d’étranglement qui entravent le développement des renouvelables au niveau local.

Le plan d’action vise à garantir un déploiement plus rapide des réseaux électriques et à les numériser afin d’accélérer la transition vers des énergies renouvelables.

Actuellement dans l’UE, « les délais d’attente pour les autorisations de renforcement des réseaux se situent entre 4 à 10 ans, et entre 8 à 10 ans pour les [réseaux] hautes tensions », peut-on lire dans le plan d’action.

Le plus grand défi concerne probablement les réseaux de distribution locaux vieillissants de l’UE, qui sont soumis à une pression accrue due au fait qu’un nombre croissant de ménages y connectent leurs véhicules électriques, pompes à chaleur et panneaux solaires.

Au total, la Commission européenne estime que l’UE devra investir 584 milliards d’euros dans les réseaux électriques d’ici à 2030, dont la majeure partie dans les réseaux de distribution locaux, afin de les numériser, d’assurer leur surveillance en temps réel, de les rendre contrôlables à distance et de veiller à la cybersécurité.

« Les réseaux doivent être un catalyseur de la transition vers une énergie propre, et non un obstacle à celle-ci », a déclaré Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie. « Nous pouvons ainsi intégrer les grandes quantités d’énergies renouvelables, de véhicules électriques, de pompes à chaleur et d’électrolyseurs qui sont nécessaires pour décarboner notre économie », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

La Commission cherche donc à résoudre ce problème avec un plan d’action en 14 points. Le but est d’améliorer la planification à long terme des réseaux, d’accélérer les règles de délivrance des permis et d’améliorer l’accès au financement pour les projets liés au réseau, tant au niveau de la transmission que de la distribution.

Réseau électrique : l'hiver français s'annonce sans risques de délestages

Le réseau de transport d’électricité français RTE a rendu mercredi (8 novembre) ses premières perspectives sur la situation électrique pour l’hiver à venir. Les voyants sont au vert grâce à une production électrique en hausse, mais la baisse de consommation doit se maintenir.

Réactions

Le représentant de l’industrie électrique à Bruxelles, Eurelectric, a accueilli favorablement le plan de l’exécutif européen. « Une excellente première étape » en vue d’améliorer les réseaux électriques de l’Europe, a-t-il fait savoir.

« Il est bon de voir que les réseaux sont désormais au centre de l’agenda de l’UE », a ajouté le président de l’association, Leonhard Birnbaum, saluant le fait que la Commission européenne prévoit de promouvoir une plus grande transparence dans les échanges de données sur les réseaux.

« Toutefois, des améliorations sont encore possibles », a-t-il poursuivi. Il serait, par exemple, nécessaire de renforcer la résistance des réseaux électriques face à la menace croissante d’évènements météorologiques extrêmes provoqués par le changement climatique.

En outre, Eurelectric a demandé des « lignes directrices concrètes » pour clarifier de quelle manière l’UE compte faciliter l’accès au financement pour des projets de réseau au niveau de la distribution.

« Nous demandons à la prochaine présidence belge [du Conseil de l’UE] de fournir un soutien approprié au plan d’action de l’UE concernant les réseaux électriques et d’inviter les pays de l’UE à mettre rapidement en œuvre ses actions afin que nos réseaux électriques soient en phase avec la transition énergétique », a déclaré M. Birnbaum.

Ember, un groupe de réflexion sur l’énergie, s’est également réjoui de l’initiative de la Commission.

« Le plan d’action pour les réseaux attire l’attention nécessaire sur les principaux défis, et les États membres et l’industrie doivent maintenant collaborer pour fournir un système connecté et flexible qui soit adapté à l’avenir », a déclaré à Euractiv Chris Rosslowe, analyste principal chez Ember.

Le groupe de réflexion Regulatory Assistance Project (RAP) a également salué l’accent mis par la Commission européenne sur l’amélioration de la planification, du financement et de l’octroi de permis pour les nouveaux réseaux, « en particulier lorsqu’il s’agit de projets complexes tels que les connexions hybrides en mer ou la réduction des délais d’attente pour l’interconnexion au niveau de la distribution ».

Cependant, le RAP a appelé à un « mandat “net zéro” beaucoup plus fort » pour les autorités règlementaires nationales afin de donner priorité aux projets contribuant à la décarbonation.

« Le développement des réseaux de gaz, de chauffage et d’électricité doit être planifié de manière coordonnée au niveau local, une tâche qui ne peut être laissée exclusivement aux entreprises de réseau », a averti Bram Claeys, conseiller principal au sein du RAP.

Parallèlement à son plan d’action en matière de réseaux, la Commission européenne a également dévoilé une nouvelle liste de projets d’intérêt commun (PIC) au niveau européen qui pourront bénéficier d’un financement de l’UE.

Sur les 166 projets sélectionnés, 85 sont liés à l’électricité, à l’off-shore et aux réseaux électriques intelligents, et un grand nombre d’entre eux devraient être mis en œuvre entre 2027 et 2030, a indiqué l’exécutif européen.

Pour la première fois, 65 projets concernent l’hydrogène et les électrolyseurs, qui joueront un rôle majeur dans l’intégration des systèmes énergétiques ainsi que dans la décarbonation des secteurs de l’économie dans lesquels les réductions d’émissions sont difficiles, a conclu Bruxelles.

Le secteur européen de l'électricité demande un investissement de 400 milliards d'euros dans les réseaux de distribution

Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF et actuel président de l’association du secteur de l’électricité Eurelectric, a exhorté les pays de l’UE à investir dans les réseaux de distribution afin de soutenir l’évolution de l’Europe vers la neutralité carbone.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire