Le gouvernement et les organisations de la société civile ont identifié la politique énergétique et la lutte contre le changement climatique comme les priorités de la prochaine présidence de l’UE. Mais, d’après une conférence organisée par EURACTIV France, les groupes de la société civile craignent que le gouvernement ne partage pas leurs objectifs concernant la croissance et la création d’emploi.
Comme l’a annoncé le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet à l’assistance, la mise en place d’une politique européenne de l’énergie et la lutte contre le changement climatique seront les principales priorités de la présidence française.
Il a déclaré que la France « irait le plus loin possible » pour parvenir à un accord sur le nouveau paquet énergie de l’UE avant la fin de son mandat au Conseil. Cela permettra à la présidence tchèque de présenter des propositions de loi sur la question au Parlement européen avant que celui-ci n’arrête ses travaux le 9 février 2009, en prévision des prochaines élections.
M. Jouyet a déclaré que, si la France était en mesure de dépasser l’objectif de 20 % de réduction des émissions de CO2, alors elle le ferait. A ce sujet, il a par ailleurs suggéré que l’énergie nucléaire avantage le pays en ce sens. Néanmoins, il a souligné qu’un objectif de 30 %, plus ambitieux, serait « très difficile à obtenir ».
Le secrétaire d’Etat a indiqué que la France chercherait à rénover la stratégie de Lisbonne en « rouvrant le débat (…) pour savoir de quoi on parle » à ce sujet, exprimant le souhait que la France soit davantage impliquée dans le processus de Lisbonne.
Il a également annoncé l’intention de la France d’entériner le programme Erasmus de mobilité des étudiants, affirmant que : « chaque jeune, quelle que soit son origine, devrait être en mesure de passer un semestre dans un pays européen ».
M. Jouyet a déclaré qu’il espérait que le « comité des sages », proposé par la France pour débattre de l’avenir de l’Europe, « réfléchirait à l’évolution de l’UE dans les vingt prochaines années ». Il a expliqué qu’« il ne faut pas confondre » les attitudes vis-à-vis de la question de l’adhésion de la Turquie et de la question des élargissements futurs en général.
Insistant sur l’importance d’impliquer la société civile dans le débat sur les priorités de la présidence française de l’UE, il a déclaré qu’il s’agirait d’un moment de « réconciliation » entre les Français et l’Union.
Il a annoncé l’intention du gouvernement de lancer une série de forums réunissant toutes les parties prenantes à la fin du mois de mars 2008, afin de discuter davantage de ces objectifs.
Réactions
Serge Orru, le directeur du WWF France, s’est inquiété de la volonté de la France de se contenter de l’objectif de 20 % de réduction des émissions de CO2 d’ici 2020, tel que le prévoit la Commission, et de ne pas chercher à convaincre ses partenaires d’atteindre l’objectif des 30 %. Il a fait part de son espoir que un nouveau paquet européen pour l’énergie soit adopté sous la présidence française.
Jérôme Bédier, président de la commission Europe du MEDEF, a demandé au gouvernement de clarifier la façon dont il compte élargir le débat sur la politique européenne de l’énergie au-delà de la question de la « séparation », sachant qu’il n’y a aucune politique européenne commune de l’énergie actuellement.
Philippe Herzog, président de Confrontations Europe, a averti que la stabilité des prix de l’énergie et la sécurité des approvisionnements serait très difficile à assurer et s’est inquiété du fait que les Français n’avaient pas été prévenus des efforts que cela allait demander.
Le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet a déclaré qu’il n’existait pas encore de politique européenne de l’énergie car il n’y avait aucune base juridique appropiée, et a indiqué que le nouveau traité allait rectifier ce point. Une politique européenne de l’énergie devrait chercher à réduire la dépendance aux carburants fossiles et augmenter l’investissement dans les réseaux énergétiques, a-t-il ajouté.
Jean-Christophe Le Duigou du syndicat de la CGT a déclaré que le débat sur la réforme du marché du travail et la « flexicurité » devrait être inclu dans la stratégie de Lisbonne pour assurer sa « cohérence ».
Sylvie Goulard, la présidente du Mouvement Européen-France, s’est inquiété que la présidence française insiste tant sur la notion d’Europe Protection, en affirmant « on ne gagne pas quand on cherche à se protéger ».
Contexte
Le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, et d’autres parties prenantes ont exposé les priorités de la présidence de l’UE lors d’une conférence organisée par EURACTIV France le 4 décembre (EURACTIV France 05/12/07).
L’événement a réuni plus de 350 parties prenantes, notamment des représentants d’entreprises, d’organisations non gouvernementales, de syndicats et de think tanks.
La conférence s’inscrivait dans la suite de la publication des résultats d’une enquête menée par EURACTIV France, pour laquelle il a été demandé à des représentants de la société civile de rappeler les principales priorités qui seront traitées par le pays quand il occupera la présidence de l’UE.
La France assurera la présidence de l’UE pendant la seconde moitié de l’année 2008.
Prochaines étapes
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Janv.-juin 2008 : présidence slovène de l’UE.
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Juillet-déc. 2008 : présidence française de l’UE.