Climat : l’UE devrait modérer ses espoirs par rapport aux efforts américains [FR]

La Maison Blanche

Les défenseurs des efforts de l’UE pour répondre au changement climatique pourraient être soulagés d’apprendre que Barack Obama et John McCain appuient tous deux un système de plafonnement des émissions pour réduire les émissions américaines de gaz à effet de serre. Mais le soutien américain en vue d’un accord international sur le climat reste incertain, avertissent des experts.

Les sénateurs John McCain et Barack Obama seront en lice le mardi 4 novembre lors de l’élection présidentielle américaine, l’une des plus attendues depuis 25 ans. 

Les deux candidats ont mis les mesures climatiques et énergétiques au centre de leur campagne. Ils ont ainsi suscité des attentes selon lesquelles les Etats-Unis renforceraient leur leadership dans le domaine de l’écologie, à la différence de l’administration de George W. Bush. Le président sortant a en effet été vivement critiqué pour avoir écarté un certain nombre de mesures dans le domaine de la protection de l’environnement et pour avoir bloqué le progrès vers un accord international pour lutter contre le changement climatique en remplacement du protocole de Kyoto. 

Mais il faut que l’Europe apprenne à « gérer ses attentes » vis-à-vis de l’agenda climatique de la prochaine présidence américaine et des chances d’un accord international, a déclaré Thomas Kleine-Brockhoff, directeur de programmes politiques auprès du German Marshall Fund à Washington, DC. 

Il est probable que la crise financière et la récession économique conduisent à un réajustement des priorités des deux candidats, a indiqué M. Kleine-Brockhoff. Alors que  M. Obama a déclaré que la lutte contre le changement climatique fait partie des mesures qu’il a l’intention de mettre en œuvre pour revigorer l’économie, McCain n’a pas mentionné cette question, a souligné M. Kleine-Brockhoff.

Au-delà des priorités de chaque candidat, des contraintes au niveau des délais pourraient également freiner les efforts américains – et internationaux – dans le domaine du changement climatique. 

Les négociations internationales sur le successeur au protocole de Kyoto devraient se conclure lors du sommet majeur de l’ONU sur le changement climatique, qui aura lieu en décembre 2009 à Copenhague. Il est toutefois peu probable que les Etats-Unis puissent faire passer leur propre projet de loi en matière de changement climatique avant cette date, étant donné le temps dont ont besoin les législateurs américains pour examiner les propositions de loi. C’est ce qu’a déclaré Eileen Claussen, présidente du Pew Center on Global Climate Change basé à Washington, DC.

L’énigme chinoise

Il est essentiel que les Etats-Unis se présentent à Copenhague avec un projet de loi national déjà mis en place en matière de changement climatique. En effet, ce point exercera une influence importante sur la position qu’adopteront les pays se développant rapidement, notamment la Chine et l’Inde. En effet, il est peu probable que ces pays signent un accord climatique international quel qu’il soit, à moins que les pays développés n’arrivent à Copenhague avec leurs propres engagements nationaux déjà mis en œuvre. 

Mais les Etats-Unis ont laissé clairement entendre qu’ils ne signeront pas un accord international sur le climat si celui-ci ne comporte aucun engagement contraignant en matière de réduction des émissions des gaz à effet de serre (GES) des pays en développement, suscitant ainsi des préoccupations selon lesquelles les négociations de Copenhague aboutiront à une impasse et que les Etats-Unis, le plus grand émetteur de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, se refusent à tout action dans le domaine du climat.   

La bonne volonté de la Chine de signer un acte contraignant en matière de réduction des émissions, que ce soit par le biais d’objectifs de réduction fondés sur des pourcentages, d’accords collectifs des industries ou d’autres systèmes, est également considérée comme un point clé qui déterminera les mesures climatiques des Etats-Unis au niveau national.

Une deuxième chance pour la proposition Lieberman-Warner ?

A propos des détails des mesures américaines pour réduire les émissions de GES dans le pays, le Congrès et le Sénat américains ne signeront probablement aucun texte plus ambitieux que le American Climate Security Act bipartisan de 2007, proposé par les sénateurs Joe Lieberman (démocrate indépendant, Connecticut) et John Warner (républicain, Virginie), a indiqué M. Kleine-Brockhoff à EURACTIV.

Cette loi, qui propose un système de plafonnement des émissions de CO2, avait été tout juste rejetée par le Sénat américain en juin dernier. 

Or l’appareil législatif américain pourrait avaliser une proposition de ce type dès que George W. Bush aura quitté ses fonctions. En effet, ni M. Obama ni M. McCain ne devrait opposer son veto à la loi une fois qu’il occupera le fauteuil de président. Dans leurs promesses électorales, les candidats ont affirmé tous deux qu’ils soutiennent un système d’échange de quotas d’émission. M. Obama a d’ailleurs appelé à un objectif de réduction plus ambitieux (80 % de réduction des GES d’ici 2050) que M. McCain, qui souhaite abaisser les émissions de 60 % dans le même délai. 

Les démocrates, qui sont considérés comme plus favorables à un système de plafonnement des émissions, devraient en outre occuper entre six et dix sièges de plus au Sénat suite aux élections du 4 novembre. Lors de ce « Super Tuesday », les citoyens américains choisiront non seulement leur prochain président, mais aussi leurs sénateurs, membres du Congrès et gouverneurs (dans de nombreux Etats). Le nombre de sénateurs démocrates pourraient ainsi passer à près de 60 sur un total de 100, presque assez pour disposer de la majorité de deux tiers nécessaires pour faire passer une législation. 

Mais le succès de la loi ne dépendra pas uniquement de l’équilibre politique au Sénat. La circonspection affichée par les sénateurs est aussi forte qu’en 1997, quand il s’agissait d’obliger les industries américaines à réduire leurs émissions de GES sans que la Chine ou d’autres pays en développement ne s’y engagent de leur côté. 

« La question chinoise reste aussi cruciale » que dix ans auparavant, a indiqué M. Kleine-Brockhoff. 

Soigner la dépendance au pétrole

Au-delà de l’échange de quotas d’émissions et de mesures internationales sur le climat, MM. Obama et McCain semblent partager le même point de vue sur le besoin de libérer les Etats-Unis de sa dépendance marquée à l’égard du pétrole importé, notamment en provenance du Moyen-Orient. 

Mais les candidats ont des visions sensiblement différentes quant au moyen de parvenir à une plus grande indépendance et sécurité énergétique. 

Si M. McCain soutient une série de mesures destinées à diversifier l’approvisionnement énergétique du pays – notamment un nombre plus élevé de centrales nucléaires et une augmentation de la production nationale de gaz et de pétrole –, M. Obama appelle quant à lui à une transformation complète de l’économie et de l’industrie des Etats-Unis, encouragée par un paquet de 150 milliards de dollars visant à stimuler l’assimilation des énergies renouvelables. 

Le tableau suivant fournit une comparaison des visions des candidats en matière de politique énergétique.

 

Questions Obama McCain
Plafonnement des émissions 80 % de CO2 en moins d’ici 2050 60 % de CO2 en moins d’ici 2050
Nucléaire

Pas opposé, mais inquiet à propos de la sécurité et de la prolifération

Pas de soutien explicite en faveur de la construction de nouvelles centrales

45 nouvelles centrales d’ici 2030
Charbon/CSC Partenariats public-privé en coopération avec le ministère américain de l’Energie pour construire 5 centrales de démonstration 2 milliards de dollars par année pour le développement du CSC
Prix du pétrole

Augmentation à court terme de la production nationale de pétrole 

Taxes sur les profits des entreprises pétrolières

Forage offshore intensif et extension de la production américaine

Réductions d’impôts pour les consommateurs

Mesures contre la tarification spéculative du pétrole

Efficacité énergétique

Objectifs nationaux de 15 % d’efficacité énergétique en plus d’ici 2020

50 % d’efficacité en plus pour les nouveaux bâtiments, 25 % pour les bâtiments existants au cours des 10 prochaines années

Amélioration de l’efficacité des bâtiments du gouvernement

Améliorations et mesurage intellingents des réseaux électriques

Efficacité des véhicules

Renforcement des normes d’efficacité existantes

Déductions fiscales pour les achats de voitures propres

Objectif d’un million de voitures électriques d’ici 2015

Déductions fiscales pour les achats de voitures propres

Prix de 300 millions de dollars pour le développement de batteries hybrides

Renouvelables

10 % d’ici 2012

Paquet d’incitations de 150 milliards de dollars

Incitations fiscales

 

En 1997, le Sénat américain avait refusé à l’unanimité de ratifier le protocole de Kyoto, craignant que l’accord n’entrave la compétitivité de l’industrie américaine. L’UE avait une coopération élargie avec les Etats-Unis sur le changement climatique, et ce tout particulièrement au cours du mandat de l’administration Bush. 

Mais la position américaine semble avoir opéré un revirement au cours du sommet du G8 à Heiligendamm (Allemagne) du 6 au 8 juin. Le président américain George W. Bush avait alors promis le soutien de son pays aux négociations de décembre à l’ONU en vue d’aboutir à un accord international sur le changement climatique au-delà de 2012, date d’expiration du protocole de Kyoto .

Ce changement d’attitude pourrait s’expliquer par l’intensification de la préoccupation et de la prise de conscience à l’égard du changement climatique au sein du monde des affaires américains et au niveau de l’Etat .

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire