Eileen Claussen du Pew Center on Global Climate Change à Washington s’est confiée à EURACTIV sur la question du changement climatique et sur ce que l’on pouvait attendre des Etats-Unis à Bali et dans les années à venir. Parallèlement, la délégation des Etats-Unis à Bali se trouve de plus en plus isolée, suite à la ratification du protocole de Kyoto par l’Australie.
- Elections présidentielles en 2008
Le temps jouera un rôle important dans l’implication future des Etats-Unis dans un système mondial de lutte contre le changement climatique, estime Eileen Claussen. Considérant que le nouveau gouvernement américain, élu en 2008, ne prendra pas ses fonctions avant le début, voire le milieu de l’année suivante, « les Etats-Unis auront probablement un système de limitation et d’échange d’émissions d’ici mi-2009 », a-t-elle déclaré.
Mais selon Mme Claussen, l’administration Bush actuelle ne devrait pas faire de concessions majeures d’ici là.
« Le défi est donc de parvenir à un mandat de négociation ou à une décision qui les empêche d’obtenir ce qu’ils veulent, car ce n’est pas acceptable, et qui n’exclut aucune base à partir de laquelle un autre gouvernement (mais pas avant 2009) serait capable de négocier », affirme-t-elle.
Mme Claussen établit également une distinction claire entre le gouvernement américain et l’administration Bush et a souligné les efforts réalisés au niveau de l’Etat et du Congrès, afin d’élaborer un système américain de réduction des émissions de carbone. Depuis janvier 2007, 140 audiences ont notamment eu lieu au Congrès sur le changement climatique.
D’après elle, « un nombre considérable d’activités a été mené à bien au niveau de l’Etat. Il existe dorénavant trois groupes d’Etats travaillant sur les systèmes d’échange et de limitation des émissions : un groupe regroupant les Etats du Nord-Est et de la zone médio-Atlantique, une groupe à l’Ouest et un groupe récemment annoncé dans le Midwest. Ces groupes représenteront à terme une proportion importante des émissions américaines concernées par les systèmes d’échange et de limitation ».
- Vent du changement ?
Malgré les craintes d’un blocage des Etats-Unis à Bali, les propos du 3 décembre de la délégation américaine sont encourageants.
« Nous ne sommes pas ici pour mettre des bâtons dans les roues, a déclaré Harlan Watson, chef de la délégation américaine aux négociations de Bali. Les Etats-Unis ont l’intention d’être flexibles et de travailler de manière constructive à propos de la feuille de route de Bali ».
D’après l’agence Reuters, M. Watson aurait même affirmé que les Etats-Unis restaient ouverts à des objectifs contraignants. L’UE est partisane de ces objectifs et compte sur le soutien des Etats-Unis afin de pouvoir négocier des contributions justes et efficaces avec les pays en voie de développement (EURACTIV 03/12/07).
Mais un fonctionnaire au Conseil proche des négociations a confié à EURACTIV que, même si la position à long terme des Etats-Unis est fondamentale, Washington pourrait ne jouer qu’un rôle secondaire durant les négociations de Bali, adoptant une position flexible en attendant des signes des pays en développement, notamment la Chine et l’Inde.
D’après cette source, le succès de cette conférence dépend donc de la bonne volonté des pays en développement à participer à un système mondial d’échange de carbone.
L’Inde en particulier a exprimé sa forte opposition à toute limitation des émissions, au motif que cela freinerait la croissance de sa jeune économie. Si l’Inde bloque la progression des négociations, l’UE craint que le gouvernement Bush ne se cache derrière l’Inde et bloque également tout objectif contraignant de réduction du CO2.
Cependant, Mme Claussen souligne que lors d’une rencontre des principaux pays émetteurs de CO2 à Washington en septembre 2007, les Etats-Unis ont échoué dans leur tentative d’isoler l’UE sur la question des objectifs contraignants d’émissions de CO2. « Tout le monde avait en effet convenu qu’au moins les pays développés devraient être soumis à des engagements contraignants », ajoute-t-elle.
- L’Australie sauve l’honneur ?
La décision du nouveau gouvernement australien, dirigé par le Premier ministre Kevin Rudd récemment élu, de ratifier le protocole de Kyoto a été saluée par une ovation d’une minute par les délégués à Bali le 3 décembre.
L’initiative de l’Australie isole les Etats-Unis qui deviennent la seule nation à ne pas avoir ratifié le protocole, laissant libre cours aux spéculations selon lesquelles Washington est confronté à une pression de plus en plus pesante pour signer un futur accord sur le climat.
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