Eolien maritime : un raz-de-marée sur l’UE ? [FR]

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Dans l’optique du plan éolien maritime qui devrait être annoncé cet automne par la Commission européenne, les militants écologistes de Greenpeace ont présenté une étude attestant qu’il serait envisageable de construire 10 000 éoliennes dans la mer Noire si l’initiative est soutenue par un gigantesque réseau électrique.

Le 3 septembre, Jan Van de Putte de Greenpeace Belgique à déclaré aux journalistes à Bruxelles qu’un réseau interconnecté de parcs éoliens dans la mer du Nord avec un rendement de 68 400 mégawatts pourrait approvisionner jusqu’à 70 millions de foyers d’ici 2030.

Comme le souligne un nouveau rapport mandaté par Greenpeace, construire un tel réseau coûterait entre 15 et 20 milliards d’euros. D’après l’ONG, un échange transfrontalier lucratif d’électricité permettrait aux investisseurs d’amortir les coûts de construction rapidement. 

Selon le directeur de campagne de Greenpeace Frauke Thies, construire un réseau sur la mer du Nord n’est pas qu’une utopie ; c’est le bon sens, d’un point de vue environnemental et financier. Greenpeace appelle la Commission à élaborer un plan d’action pour l’éolien en mer et à promouvoir une approche coordonnée qui permettrait de concrétiser ce scénario.

La Commission doit présenter un plan d’action sur l’éolien en mer cet automne dans le cadre d’une vaste analyse stratégique de la politique énergétique de l’UE. Le plan comprendra des recommandations sur la façon de coordonner les efforts des Etats membres afin de mettre en pratique ces projets à grande échelle, comme l’a affirmé Hans van Steen, un fonctionnaire de la Commission qui assistait au briefing.

M. Van Steen, chef d’unité pour la politique réglementaire sur les renouvelables dans la direction générale Energie de la Commission (DG TREN), a salué le rapport, qu’il a trouvé « très bon » et « convaincant ».

Selon lui, une contribution relativement importante de l’éolien en mer est en effet nécessaire pour atteindre l’objectif européen de 20 % d’utilisation d’énergie renouvelable d’ici 2020. Et bien que l’objectif d’environ 70 000 MW soit ambitieux, il estime qu’il est néanmoins réaliste.

Le bon mélange

Malgré cet accueil positif, la Commission s’oppose à Greenpeace sur le moyen de soutenir un tel réseau.
Les éoliennes ne peuvent pas garantir un niveau constant de production d’électricité et elles doivent être intégrées aux autres sources d’électricité, notamment les installations de stockage d’énergie, pour prendre le relais quand le vent ne souffle pas.

D’après le rapport, dans la mesure où les centrales nucléaires doivent impérativement fonctionner, elles ne peuvent pas combler les écarts entre l’offre et la demande causés par les fluctuations dans la production d’énergie éolienne. D’autres mesures sont privilégiées, notamment le stockage d’électricité sous la forme de réservoirs d’énergie hydraulique, la production d’énergie dans les quartiers ou les foyers ainsi que les centrales électriques à gaz, qui peuvent répondre rapidement à l’augmentation de la demande en électricité.

Mais la Commission ne peut pas garantir qu’un tel réseau pourra être complété par des centrales électriques nucléaires ou à charbon, a déclaré M. Van Steen. Bruxelles a montré un soutien résolu au nucléaire, qui occupe une place essentielle dans le futur bouquet énergétique de l’UE. Actuellement, l’UE encourage en outre l’utilisation du charbon en continu à condition que les centrales électriques à charbon deviennent « propres » grâce aux technologies comme la capture du carbone, entre autres. 

Apprivoiser le consommateur ?

La « demande contrôlable » est un les mécanismes proposés dans le rapport pour s’assurer qu’un réseau éolien massif puisse garantir un approvisionnement en électricité fiable.

D’après le rapport, le concept est basé sur la réduction de la demande durant les périodes de pénurie et sur son transfert vers les périodes d’abondance.

Les mécanismes de prix, par lesquels l’électricité est moins chère pendant les périodes de plus grande production et plus chère quand la production est basse, pourraient être utilisés dans un tel scénario, explique Achim Woyte du cabinet de consultants 3E, qui a élaboré le rapport. Les installations de stockage d’électricité pourraient également être chargées pendant les périodes de forte production (et donc bon marché) pour une utilisation ultérieure. 

Mais alors que certaines grandes installations industrielles utilisent déjà ce type de mécanismes, mettre en oeuvre un contrôle de la demande au niveau des ménages pourrait s’avéré beaucoup plus difficile, a ajouté M. Woyte.

L’énergie éolienne en mer pourrait bien être l’une des solutions principales de l’UE pour atteindre 20 % de renouvelables dans la consommation énergétique finale, un objectif fixé dans les propositions actuellement discutées par les Etats membres et le Parlement européen (lire le LinksDossier d’EURACTIV sur les renouvelables). 

En avril, la Commission a lancé une consultation spécifique à l’éolienne en mer. Les résultats de la consultation, close le 20 juin dernier, sont actuellement analysés et contribueront à élaborer un plan d’action qui doit être présenté en octobre ou novembre.

Le plan stratégique pour les technologies énergétiques (Plan SET), publié en novembre 2007, cite également l’éolienne en mer comme une technologie cruciale. 

  • 11 sept. : la commission Industrie (ITRE) du Parlement doit voter sur le rapport sur les renouvelables, élaboré par l’eurodéputé vert luxembourgeois Claude Turmes.
  • Oct. /nov. : la Commission doit présenter un plan d’action sur l’éolien en mer. 

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