Les concepteurs NAAREA et Newcleo ont annoncé mardi (16 janvier) un partenariat stratégique pour accélérer le développement de leurs technologies nucléaires de 4e génération. En exclusivité pour Euractiv France, l’AFP et Le Figaro, les deux entreprises lèvent le voile sur les détails de l’accord et font part de leur ambition commune.
Les deux start-ups ont annoncé mardi joindre leurs forces pour « accompagner […] le déploiement industriel, technologique scientifique et réglementaire » des réacteurs nucléaires de 4e génération, dits réacteurs nucléaires avancés (advanced modular reactors, AMR, en anglais).
Cette catégorie de réacteurs regroupe plusieurs technologies ayant la particularité d’utiliser du combustible nucléaire usagé des filières existantes. Ils se rangent dans la famille plus large des petits réacteurs nucléaires modulaires (small modular reactors, SMR, en anglais).
Le Français NAAREA développe un micro-générateur nucléaire à neutrons rapides et sels fondus capables d’une puissance électrique de 40 MW et d’une puissance de production de chaleur de 80 MW.
Le prototype non nucléaire, c’est-à-dire non alimenté en combustible, est prévu pour 2026, tandis que le premier avec combustible est prévu à l’horizon 2030.
De son côté, le Britannique Newcleo développe deux concepts de mini-réacteurs à neutrons rapides refroidi au plomb, de 30 MW puis 200 MW — les horizons de développement sont similaires à ceux de son nouveau partenaire NAAREA.
Ensemble, les deux entreprises souhaitent profiter de synergies naissantes au niveau européen sur les petits réacteurs modulaires.
En ce sens, le partenariat « s’inscrit dans une démarche complémentaire à l’indispensable alliance industrielle pour les SMR, prochainement lancée par la Commission européenne », peut-on lire dans le communiqué de presse.
Annoncée début novembre par la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, l’alliance devait, selon nos informations, être lancée en février.
Vouée d’abord aux SMR de 3e génération, c’est-à-dire des technologies existantes, mais miniaturisées, l’alliance est ouverte aux réacteurs de 4e génération, comme nous l’ont confirmé mardi David Briggs, directeur général adjoint de NAAREA, et David Vannier, responsable des relations gouvernementales de Newcleo.
Domaine du partenariat
Avec leur mémorandum (MoU), les deux constructeurs vont se focaliser sur quatre domaines de travail : le cycle du combustible, le financement des infrastructures liées au cycle, la recherche et le développement industriel.
Si chaque domaine à des dynamiques différentes, les équipes des deux concepteurs travaillent déjà ensemble dans certains d’entre eux, « notamment dans la recherche, domaine dans lequel il y avait peut-être moins de contact », nous confie M. Briggs.
Selon lui, ce partenariat pourrait même permettre de disposer d’un socle de recherche commun au niveau européen, en partenariat avec la plate-forme technologique pour l’énergie nucléaire durable (SNETP), centre d’échange et d’influence sur le nucléaire en Europe.
Souvent évoquée par les acteurs des SMR, l’harmonisation ou une approche commune des règles de sureté nucléaire au niveau européen sera aussi l’un des sujets de travail du partenariat.
« Nous avons déjà des discussions informelles sur ce sujet avec les autorités des autres États membres, dans le cadre des rencontres sous l’égide de NuclearEurope [association européenne regroupant les acteurs de l’industrie] », nous confie M. Briggs.
Objectifs
Dans un premier temps, les deux entreprises souhaitent que le MoU leur permette de trouver, dès 2024, des sites d’implantations de leur prototype, mais aussi de sécuriser l’accès à la matière fissile.
Pour porter le partenariat, une réunion de cadrage aura lieu une fois par mois, menée par un comité de pilotage dirigé M. Briggs et de Ludovic Vandendriesch, directeur général France de Newcleo.
« Le timing répond à la fois à l’urgence environnementale et à la nécessité de faire émerger des projets européens de 4e génération pour avoir des solutions face à la compétition chinoise ou américaine », souligne M. Briggs.
Pour le moment, le partenariat ne concerne que NAAREA et Newcleo, bien qu’il ait vocation à s’élargir à toutes les start-ups de 4e génération désireuses travaillant sur les neutrons rapides.
« D’ailleurs, nous n’avons pas attendu cet accord pour nouer des contacts et pour travailler avec d’autres entreprises du secteur », nous confie M. Briggs.
« Une action rapide de notre part permettra de créer une synergie à l’échelle d’un écosystème », complète M. Vannier.
Pouvoirs publics
« Cette collaboration nait d’une volonté de l’État français et des pouvoirs publics européens d’avancer sur le nucléaire. Nous travaillons directement avec eux », nous précise M. Vannier.
Preuve, s’il en est : NAAREA et Newcleo sont toute deux lauréates de l’appel à projets « Réacteurs nucléaires innovants » du plan d’investissements France 2030 doté d’un milliard d’euros pour la filière nucléaire.
En parlant de financement, les deux entreprises mettront des moyens en commun. À terme, elles espèrent toutefois pouvoir bénéficier de financements européens.
« Nous sommes prêts à aller les chercher », affirme M. Briggs.
En parallèle, l’alliance des SMR pourrait permettre de plaider pour la mise en place de projet d’intérêt commun européen (PIIEC) en la matière, à la façon des projets issus des autres alliances : batterie, solaire, hydrogène, etc.
[Édité par Frédéric Simon]





