L’UE accepte de sanctionner les crimes écologiques [FR]

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Après huit années de négociations, le Parlement européen est parvenu à un accord avec les Etats membres sur l’introduction d’une législation qui obligerait les gouvernements nationaux à appliquer des sanctions pénales à ceux qui provoquent des dommages délibérés ou involontaires à l’environnement.

L’accord provoquera la fureur des conservateurs britanniques qui se sont battus corps et âme contre ce qu’ils ont taxé d’ « intrusion » dans le droit pénal national.
Mais les partisans de mesures européennes, notamment la Commission européenne, ont affirmé qu’elles sont nécessaires pour empêcher les contrevenants de profiter des « dispositions pénales éparses et disparates. »

Pour calmer les opposants, la directive convenue stipule clairement que les sanctions pénales ne peuvent être imposées qu’en cas de « dégradation substantielle », de décès ou de blessures graves et se limitent aux domaines pour lesquelles l’UE est compétente, laissant la législation nationale intacte dans d’autres domaines.
Selon le texte convenu, la liste des crimes punissables comprendra :

  • Le rejet ou l’émission illégale de substances dans l’atmosphère, le sol ou l’eau d’une manière susceptible de causer « la mort ou de graves lésions à des personnes » ou une « dégradation substantielle » de l’environnement ;
  • le transfert de déchets ;
  • la mise à mort, la destruction, la possession et le commerce illicite de spécimens d’espèces de faune et de flore protégées, excepté quand les faits concernent une quantité négligeable de ces spécimens et ont une incidence négligeable sur l’état de conservation de l’espèce ;
  • tout comportement causant la dégradation substantielle d’un habitat au sein d’un site protégé, et ;
  • la production, l’importation, l’exportation, la mise sur le marché ou l’utilisation de substances appauvrissant la couche d’ozone.

Toute incitation ou complicité en la matière seront toutes les deux considérées comme une infraction pénale.

Pas de sanctions minimum

A l’origine, la Commission avait espéré imposer des peines d’emprisonnement allant de un à dix ans ou des amendes de 300 000 € à 1,5 million €, en fonction de la gravité de l’infraction.

Cependant, dans un compromis final, qui cherche à respecter l’arrêt de la Cour de justice européenne (lire le contexte), le niveau des sanctions est laissé à la discrétion des Etats membres. La directive demande simplement à ce qu’elles soient « efficaces, proportionnées et dissuasives ».

Il faut « plus d’ambition » dans la lutte contre la pollution causée par les navires

Dans un vote séparé le 20 mai – date choisie pour la première Journée européenne de la mer – les eurodéputés ont adopté un rapport sur les propositions de la Commission concernant une nouvelle stratégie maritime, qui critique l’absence de mesures concrètes pour réduire la pollution causée par les navires.

Ils insistent sur le fait que la politique maritime doit apporter une « contribution déterminante à la réduction des émissions de gaz à effet de serre », en particulier en intégrant les navires dans le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS), comme c’est le cas avec le secteur de l’aviation (lire notre LinksDossier sur le transport aérien et l’échange de quotas d’émissions).

Les eurodéputés ont également appelé la Commission à introduire des normes d’émissions d’oxydes d’azote minimales pour les navires utilisant les ports européens et à promouvoir les carburants marins de meilleure qualité avec une teneur en soufre réduite. Pour encourager la mise en oeuvre, ils proposent d’introduire des taxes et des redevances à tous les navires qui naviguent dans des eaux européennes ou qui mouillent dans les ports communautaires.

Ils soulignent également que la Commission doit encore prendre des mesures pour limiter la pollution maritime d’origine terrestre et l’appellent à présenter un plan d’action.

Un démantèlement des navires plus sûr

Dans un autre vote du 21 mai, les eurodéputés ont appelé la Commission à prendre des mesures afin d’empêcher les pays européens de rejeter des déchets toxiques sur les plages de l’Inde, du Bangladesh et du Pakistan, où la grande majorité des navires rouillés immatriculés dans l’UE sont envoyés pour être démantelés.

Le rapport appelle l’UE à stimuler sa propre capacité de démantèlement et de s’assurer que tous les navires européens sont prénettoyés et débarrassés des déchets dangereux s’ils doivent être envoyés dans les pays pauvres. En effet, le taux d’accident mortel y est beaucoup plus élevé que dans l’UE et un travailleur sur six est contaminé par l’amiante.

Le rapporteur du Parlement sur les propositions relatives au crime écologique Hartmut Nassauer (PPE-DE, DE) s’est félicité de l’accord sur la législation. Il a déclaré que le Parlement a établi un précédent, en remarquant que, pour la première fois, il approuve un texte législatif global impliquant l’utilisation du droit pénal. Il a préconisé la possibilité que l'utilisation de sanctions pénales puisse être étendu à d'autres domaines que celui de la protection de l'environnement.

Malgré l’assouplissement de ses propositions initiales et l’absence d’un niveau commun de sanctions minimum, la Commission a déclaré qu’elle pensait que l’accord constituerait néanmoins un progrès très important vers l’amélioration de la mise en oeuvre d’une législation écologique. Le vice-président de la Commission Jacques Barrot  a déclaré que les responsables de la pollution de notre environnement n’auront désormais nulle part où se réfugier. 

Mais, d’après les eurodéputés Verts, même si la directive proposée marque un premier pas positif, elle est loin d’être parfaite. Monica Frassoni, co-présidente des Verts/ EFA a déploré les limites imposées au champ d’application de la directive et le fait que les Etats membres seront responsables de la mise en œuvre des nouvelles règles et de l’établissement du niveau des amendes. Elle a ajouté que son parti suivra de près leurs actions dans ce domaine.

Les conservateurs britanniques ont longtemps argumenté contre les mesures de l’UE, en déclarant que de nombreux pays de l’UE, dont la Grande Bretagne, sont fermement opposés à l’intrusion de la Commission dans l’application du droit pénal. En réagissant à un jugement de 2005 de la Cour de justice européenne (CJCE), qui accordait à la Commission l’autorité d’exiger des sanctions pénales contre les pollueurs, Timothy Kirkhope, un eurodéputé britannique conservateur, a affirmé que loin d’être une atteinte à la démocratie européenne, cette législation porte un sérieux coup à notre droit de décider de ces questions par nous-mêmes. 

La Commission a cherché à introduire une législation qui considère les infractions les plus graves contre l’environnement comme des crimes au cours des huit dernières années. Cependant, des désaccords entre la Commission et les gouvernements nationaux concernant la base juridique du projet de loi et le droit de Bruxelles d’intervenir en matière pénale ont perturbé le processus législatif (lire notre LinksDossier sur le crime environnemental). 

Une décision de la Cour européenne de justice (CJCE) du 23 octobre 2007, a finalement éclairci la question une bonne fois pour toute. Tout en soutenant le droit de la Commission d’exiger des sanctions pénales pour des dommages écologiques, elle a également statué que la Commission n’avait pas la compétence de déterminer du type et du niveau de ces sanctions (EURACTIV 24/10/07).

Parallèlement à ces évolutions, la France a établi un précédent juridique en janvier 2008, lorsque le tribunal correctionnel de Paris a condamné le quatrième groupe pétrolier au monde Total SA et trois autres parties à verser des amendes allant jusqu’à 375 000 euros en raison du rôle qu’ils ont joué dans le dommage écologique provoqué par le naufrage du pétrolier l’Erika en 1999. C’est la première fois qu’en France, un tribunal rend un jugement qui tienne compte des dommages environnementaux (EURACTIV 17/01/08).

  • 2010 : les Etats membres auront deux ans pour transposer la directive relative à la protection de l’environnement par le droit pénal.

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