Le tout premier sommet UE-Brésil, tenu le 4 juillet 2007 à Lisbonne, a éveillé des espoirs de coopération approfondie entre l’UE et la zone sud-américaine de libre-échange (Mercosur), le Brésil étant disposé à subvenir aux besoins grandissants de l’UE en matière de biocarburants.
L’UE a conclu un partenariat stratégique avec le Brésil. Des liens semblables avaient été établis auparavant avec les Etats-Unis et avec les économies émergentes restantes, également connues comme les pays BRIC (le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine). Le Brésil constitue la plus grande économie de l’Amérique latine et devrait afficher un taux de croissance de 4% en 2007.
Le Brésil est le principal partenaire commercial de l’UE en Amérique latine avec un volume commercial total de près de 39 milliards d’euros en 2005. Les importations de l’UE, constituées principalement de produits agricoles, atteignent les 23 milliards d’euros alors que les exportations de biens atteignent les 16 milliards d’euros.
La relation privilégiée avec le Brésil pourrait resserrer les liens économiques avec le Mercosur, la zone de libre échange sud-américaine, au sein de laquelle le Brésil affiche les meilleurs résultats. Elle devrait en effet relancer les négociations commerciales entre l’UE et le Mercosur, actuellement dans l’impasse en raison du conflit mondial aoutir du cycle de Doha de l’OMC.
Au cours de ce cycle, les pays en développement menés par le Brésil et l’Inde souhaitent que l’UE et les Etats-Unis réduisent leurs subventions à l’agriculture, alors que les Etats-Unis et l’UE incitent le Brésil, l’Inde et d’autres pays à libéraliser leurs marchés de biens et services industriels.
Selon les experts, le Brésil est de loin le plus grand producteur de carburants fabriqués à partir de plantes (lire notre LinksDossier « Biocarburants pour les transports« ), et le pays le plus à même de proposer des biocarburants à des prix abordables. Les cultures traditionnelles de canne à sucre du Brésil fournissent de la biomasse pour la production d’éthanol, et du soja pour fabriquer des biocarburants. La compagnie pétrolière portugaise Galp Energia a marqué une première étape symbolique le 4 juillet 2007 en signant un accord avec l’entreprise brésilienne Petrobras pour la production de 600 000 tonnes/an d’huiles végétales au Brésil.
La forêt amazonienne située au Brésil est de loin la plus grande productrice au monde d’oxygène et détient la plus grande capacité d’absorption de CO2. Une grande partie de la forêt amazonienne est menacée de déforestation, principalement en raison de l’augmentation de la production de biocarburants.
Réactions
Le premier ministre portugais José Socrates a indiqué : "Ce sommet est une manière de reconnaître le rôle grandissant que le Brésil a joué sur la scène internationale et qui fait de lui un partenaire essentiel". Concernant le cycle de Doha, il a ajouté : "Nous avons réalisé que nos positions étaient proches et qu'il valait la peine de les conserver. Il n'y a aucun doute sur le fait que ce sommet a relancé les négociations (commerciales)".
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a quant à lui indiqué : "Il est encore possible d'éviter l'échec du cycle de Doha. Le Brésil et l'UE souhaitent résoudre la situation. Un accord est encore possible. Nous avons constaté que nos positions n'étaient pas si éloignées qu'il semblerait".
Le président brésilien Lula a de son côté déclaré : "Le Brésil a démontré qu'il consacrerait ses efforts au succès de Doha. Nous serons disposés à être flexibles tant que l'accord, en particulier sur l'agriculture, répondra aux préoccupations que nous partageons avec le Mercosur. Nous n'abandonnerons pas Doha. Nous n'allons pas mettre un terme à notre recherche d'un compromis".
Le directeur du bureau européen de l'ONG Amnesty International, Dick Oosting, a vivement recommandé à la présidence portugaise d'"avoir une discussion franche sur les droits humains" avec les partenaires brésiliens et a déclaré : "Alors que le Brésil s'affirme de plus en plus comme une grande puissance sur la scène internationale, le devoir du Brésil de défendre les droits humains au niveau international, régional et surtout national grandit".
Le député européen vert, Friedrich-Wilhelm Graefe zu Baringdorf, a critiqué l'agenda de l'UE en matière de biocarburants : "Les accords prévus entre l'UE et le Brésil au cours du sommet UE-Brésil détruiront davantage les zones écologiquement sensibles comme la forêt amazonienne et contribueront à une intensification de l'insécurité alimentaire au Brésil et à travers le monde. Il est évident que la rapide expansion des biocarburants à base de soja, canne à sucre et autres cultures énergétiques, soutenue par le gouvernement brésilien, a rendu les pratiques agricoles à grande échelle encore moins viables".
Contexte
Suite à une invitation, le président brésilien Luis Inacio 'Lula' da Silva s'est rendu dans la capitale du Portugal seulement trois jours après le début de la présidence portugaise de l'UE, marquant ainsi un rapprochement entre les deux pays lusophones. Lula a rencontré le président actuel du Conseil, le premier ministre portugais José Sócrates, et le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso.
Lula s'est également entretenu avec le président Nicolas Sarkozy et les premiers ministres d'Espagne, José Luis Rodriguez Zapatero, d'Italie, Romano Prodi et de Slovénie, Janez Jansa, ainsi qu'avec le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, et la commissaire aux affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner.
En parallèle, le tout premier sommet UE-Brésil a réuni les associations d'entreprises Businesseurope et la Confédération nationale de l'industrie du Brésil (Confederação Nacional da Indústria - CNI).
Prochaines étapes
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5 juillet 2007 : Lula se rend en visite officielle à Bruxelles.
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5-6 juillet 2007 : Conférence internationale sur les biocarburants à Bruxelles.
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