La semaine dernière, suite aux inquiétudes suscitées par la hausse des prix des matières premières, une commission parlementaire clé avait décidé de renforcer les critères de durabilité pour les agrocarburants et d’orienter la politique européenne relative aux biocarburants vers un mode de production non alimentaire. Néanmoins, cette initiative a irrité les principaux pays exportateurs de biocarburants comme l’Indonésie, la Malaisie et le Brésil.
La principale pierre d’achoppement du rapport adopté par la Commission Industrie et énergie du Parlement le 11 septembre est la nécessité de couvrir 40 % de l’objectif européen de 10 % de biocarburants avec des biocarburants de seconde génération « qui ne servent pas à l’alimentation humaine ni animale » ou avec de l’électricité verte et de l’hydrogène. Autre point sensible : le rapport exige que les agrocarburants émettent au moins 45 % de CO2 en moins que les carburants fossiles, un chiffre qui serait élevé à 60 % en 2015.
Le déclin du marché des agrocaburants ?
Une telle mesure contrecarrerait clairement la croissance du marché des agrocarburants – convoité par des producteurs brésiliens, malaisiens et indonésiens – ainsi que les nations agricoles d’Europe.
Le Brésil, en tant que premier exportateur mondial d’éthanol issu de canne à sucre, se consacre déjà solidement à la production d’agrocarburants. Le pays est fâché que l’UE ait été influencée par les voix qui estiment que les agrocarburants sont responsables de la hausse récente des prix alimentaires qui plongent des millions d’êtres humains dans la pauvreté et la faim.
Selon l’ancien ministre de l’Agriculture Roberto Rodrigues, le fait que les plantations de canne à sucre engloutissent les terres agricoles – alors que le Brésil a produit l’an dernier plus de récoltes et de viande de bœuf que jamais – est la preuve qu’il n’y a pas la moindre concurrence entre la canne à sucre et les productions vivrières au Brésil.
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva compte défendre les biocarburants lors de l’Assemblée générale de l’ONU de la semaine prochaine. Il en profitera pour dire aux autres dirigeants nationaux qu’ignorer le potentiel des biocarburants pour encourager le développement et créer des emplois équivaudrait à un véritable crime contre l’humanité.
La Malaisie et l’Indonésie, qui représentent à eux deux 85 % de la production mondiale d’huile de palme, sont également déterminées à défendre cette industrie, qui emploie quelque 5 millions de personnes dans leurs pays. Les deux pays ont d’ailleurs uni leurs forces pour tenter de convaincre l’UE de modifier sa décision.
Le ministre malaisien des Plantations Datuk Peter Chin et le ministre indonésien de l’Agriculture Anton Apriyantono viennent de rentrer d’une visite d’une semaine à Bruxelles et dans plusieurs pays de l’UE, où ils ont discuté avec des fonctionnaires d’Etat et des eurodéputés dans le but de les convaincre des vertus de l’huile de palme.
Pour eux comme pour la majorité de l’industrie européenne des biocarburants, la question principale sera l’exigence la réduction du CO2 tout au long du cycle de vie décidée par l’UE. En effet, les biodiesels qui proviennent de l’huile de colza cultivée en Europe ont généralement pour résultat une réduction des gaz à effet de serre de 44 % alors que le chiffre moyen pour l’éthanol produit à partir de betteraves sucrières européennes est de 48 %. Selon les chiffres européens, le biodiesel produit à partir d’huile de palme produit dans les pays tels que la Malaisie et l’Indonésie offre généralement des réductions bien moindres, oscillant entre 32 et 38 %.
Lors d’une conférence internationale sur l’huile de palme durable le 16 septembre, M. Chin a insisté sur le fait que l’huile de palme de son pays est déjà soumise aux critères de durabilité internationaux. Ainsi, il estime que l’UE ne devrait pas imposer un nouveau niveau de certification. Il s’en est pris ensuite à la méthode de calcul que l’UE a utilisé pour les réductions de CO2, indiquant qu’elle a pour résultat un désavantage injuste pour le biodiesel à base d’huile de palme, minimisant les réductions moyennes d’émissions de CO2 d’au moins 20 %. Le Conseil d’huile de palme de Malaisie (MPOB) a également souligné qu’une huile de palme durable certifiée est disponible en Malaisie, ajoutant qu’il faisait confiance à l’UE pour l’autoriser sur le marché européen.
Des motivations protectionnistes ?
Selon M. Chin, la décision de l’UE manque de logique. Il indique que l’Union ne serait pas en mesure de se procurer du biocarburant une fois que les trois matières premières principales pour les biocarburants – l’huile de palme, l’huile de colza et le soja – seraient exclues.
M. Apriyantono, d’Indonésie, a indiqué que la directive européenne prévue visait simplement à réduire la dépendance du continent à l’huile de palme, que l’Europe ne peut pas produire seule. Il a ajouté qu’on l’attaquait sur des questions environnementales alors que la véritable raison de cette attaque la concurrence commerciale, notamment concernant l’huile de colza.
La destruction de la forêt tropicale
Mais les ONG européennes ont déclaré que les producteurs d’huile de palme en Indonésie et en Malaisie nuisent à l’environnement en plantant des cultures dans les forêts naturels et au milieu d’habitats d’animaux protégés. Ces ONG accusent l’industrie de mener des activités illégales de bûcheronnage dans les forêts tropicales et de violer les droits des communautés locales.
Alors que M. Apriyantono n’a pas démenti le fait que les forêts sont détruites pour faire place à des plantations d’huile de palme, il a rapporté l’importance relative des dégâts aux avantages en matière d’emploi, avec des millions de personnes employées. Il a indiqué au Jakarta Post que ce n’était qu’une petite proportion, ajoutant que sur les 133 millions d’hectares de forêts détruites dans le pays, seuls 6,3 millions l’ont été pour les cultures d’huile de palme. Il a déclaré qu’il fallait choisir entre les intérêts humains et ceux des singes.

