L’UE souhaite de la flexibilité concernant l’échange d’énergies renouvelables [FR]

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D’après le plan actuellement examiné par la Commission européenne, les Etats membres seront autorisés à atteindre leur objectif national en matière d’énergie renouvelable en achetant des certificats d’énergie verte à d’autres pays de l’UE. Ce système pourrait même être étendu à des pays hors de l’UE. 

Un projet de directive, actuellement discuté par la Commission, confirme que l’échange de certificats d’énergie verte sera un élément central de la future directive sur les énergies renouvelables. 

La proposition, qui sera dévoilée le 23 janvier, prévoit que les Etats membres soient chargés de fournir des garanties d’origine (GO) aux producteurs de chaleur et d’électricité provenant de sources d’énergie renouvelable. Les certificats pourraient être échangés entre les Etats membres, afin de les aider à atteindre leur objectif national en matière d’énergies renouvelables. D’après le projet, l’approche générale est que les Etats membres conservent le contrôle concernant le bouquet de ces secteurs pour atteindre leur objectif national. 

Des objectifs nationaux encore à déterminer

Cependant, les objectifs nationaux n’ont pas encore été déterminés et font l’objet de négociations animées entre la Commission et les Etats membres. 

La dernière proposition de la Commission est d’imposer, comme première étape vers l’objectif général, une augmentation de 5,75 % dans la consommation d’énergies renouvelables pour tous les pays. Le reste serait modulé en fonction du PIB de chaque pays pour parvenir à 20 % pour l’ensemble de l’UE (EURACTIV 23/11/07). 

Les objectifs nationaux seront présentés dans des plans d’action nationaux et divisés en objectifs individuels pour l’électricité, le chauffage et le transport. Le plan d’action précisera des mesures pour atteindre ces objectifs. Des objectifs intermédiaires minimum seront également définis, prenant 2005 comme année de référence, car il s’agit de la dernière année pour laquelle des données nationales fiables sont disponibles concernant les énergies renouvelables. 

Cependant, cette date de départ soulève certaines inquiétudes parmi les Etats membres qui avaient déjà une part élevée d’énergies renouvelables dans leur bouquet énergétique. Une source officielle a confié à EURACTIV que certains Etats membres considèrent que l’année de référence devrait être modifié. Il s’agit notamment de l’Autriche et  la Suède, où, en 2005, les énergies renouvelables représentaient respectivement 23 et 40 % de la consommation finale d’énergie.

L’Allemagne bénéficie d’un système d’échange optionnel

Une autre préoccupation soulevée par l’Allemagne est de s’assurer que les régimes d’aides nationales en place sont maintenus par la nouvelle loi européenne. En Allemagne, les entreprises énergétiques sont obligées d’acheter des énergies renouvelables produites par des générateurs privés à un prix fixe ou un tarif garanti de revente fixé par le gouvernement, un système qui s’est jusqu’ici avéré un succès et a permis d’augmenter la part de l’énergie verte.

Le nouveau projet de directive répond aux préoccupations de l’Allemagne en stipulant que les pays européens peuvent, afin de protéger la viabilité des régimes d’aides nationales, imposer des conditions ou des limites objectives, transparentes et non discriminatoires sur le transfert des garanties d’origine vers où à partir d’autres Etats membres.

Dans le cadre de ce système, les certificats d’énergie verte pourraient être annulés et rendus impropres à l’échange si l’énergie a déjà reçu certaines formes de soutien du gouvernement. D’après le projet, le système éviterait l’interférence avec les régimes d’aides accordées aux installations existantes, ainsi que la surcompensation des producteurs d’énergies renouvelables.

Vers un système d’échange international pour l’énergie propre ?

Une autre option qui n’apparaît pas dans les documents obtenus précédemment concerne l’échange de certificats d’énergies renouvelables au niveau international. D’après le projet de directive, l’électricité produite à partir de sources renouvelables d’énergie dans des pays tiers et consommer au sein de l’Union peut être prise en compte pour atteindre l’objectif national.

Cependant, cette option ne serait autorisée que si le pays a adopté un objectif national général d’un degré de rigueur au moins équivalent à celui de l’UE.

Les certificats d’énergies renouvelables sont déjà utilisés aux Etats-Unis. En Europe, 13 pays différents utilisent déjà des écolabels pour l’énergie propre. WWF Espagne et le Öko-Institute en Allemagne ont présenté une vision d’ensemble des systèmes actuels d’étiquetage de l’énergie en Europe dans un rapport publié en septembre 2006.

Le secteur des énergies renouvelables et les organisations écologistes affirment qu’une option d’échange aura un effet dissuasif sur l’investissement, dans la mesure où les Etats membres ayant un faible potentiel d’énergies renouvelables ou des marchés sous-développés achèteront simplement des crédits à l’étranger.

D’après Esther Bollendorff, chargée de l’énergie pour l’organisation Amis de la Terre à Bruxelles, si un pays peut acheter des certificats bon marché dans un pays ayant un secteur d’énergies renouvelables solide, il sera tentant pour lui de recourir à cette option plutôt que développer son propre secteur. Elle estime qu’il faudrait imposer des conditions et des restrictions strictes, par exemple, en autorisant l’échange seulement après que le pays a atteint un objectif intermédiaire.

Dans une lettre ouverte au président de la Commission José Manuel Barroso, le Conseil européen de l'énergie renouvelable (EREC) a critiqué les plans de la Commission, déclarant qu'ils conduiraient uniquement à l'étouffement du secteur des énergies renouvelables, tout en renforçant les monopoles énergétiques existants.

EWEA, l'Association européenne de l'énergie éolienne, a exprimé ses inquiétudes sur l'impact du système d'échange sur le secteur des énergies renouvelables. Dans une lettre à la Commission, l'association déclare que l'impact de ce système sur les PME, la majorité des entreprises dans ce secteur, ainsi que sur les investissements dans les infrastructures de réseau devait être examiné par la Commission.

L'association a également fait part d'importantes préoccupations quant aux plans de la directive pour évaluer les besoins relatifs à un régime européen d'aides pour les énergies renouvelables en 2012. Une telle disposition dans le texte juridique aura un effet négatif sur la stabilité du marché et créera un climat d'incertitude pour les investisseurs, met en garde EWEA. 

En effet, la Commission propose de procéder à de nombreuses et fréquentes révisions, et potentiellement à des changements, dans les mécanismes d'aides nationales pour les énergies renouvelables, plutôt que d'accorder aux Etats membres la flexibilité nécessaire pour développer des instruments efficaces d'aides mieux adaptés aux différents contextes nationaux. 

L'Association européenne de l'industrie photovoltaïque (EPIA) affirme que des mécanismes d'échange flexibles pour atteindre les objectifs peuvent être autorisés, mais uniquement jusqu'à ce que certaines conditions limites soient remplies. Par exemple, l'échange devrait être restreint aux Etats membres et aux régimes d'aides existants, en particulier les tarifs garantis de revente ne doivent pas être menacés. 

Parallèlement, la Belgique a été le dernier pays européen à exprimer ses inquiétudes concernant son objectif national en matière d’énergies renouvelables. Dans une lettre adressée au président de la Commission, José Manuel Barroso, le Premier ministre Guy Verhofstadt déclare que le calcul actuel de la répartition de la responsabilité obligerait la Belgique à augmenter sa part d’énergies renouvelables à 12,10 %, un niveau très supérieur à son niveau actuel de 2,20 %. D’après M. Verhofstadt, un tel objectif est irréaliste.

En mars 2007, les dirigeants européens se sont engagés sur un objectif européen contraignant consistant à produire 20 % de leur énergie à partir d’énergies renouvelables d’ici 2020, ouvrant la voie à un débat houleux sur la répartition de l’objectif général entre les Etats membres. 

D’après la Commission, seuls 8,5 % de la consommation énergétique actuelle provient d’énergies renouvelables, ce qui signifie qu’une hausse de 11,5 % est nécessaire pour atteindre l’objectif de 2020. 

  • 23 janv. 2008 : la Commission doit présenter une proposition de directive sur les énergies renouvelables.

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