L’Agence internationale de l’énergie choisit l’Asie pour ouvrir son second bureau

Faith Birol, directeur exécutif de l’Agence. [EPA-EFE/CLAUS FISKER]

L’Agence internationale de l’énergie (IEA) souhaite étendre son champ d’action en se tournant de plus en plus vers les minerais critiques, en accueillant de nouveaux membres et en se concentrant davantage sur l’Asie, ce qu’elle fera grâce à l’ouverture d’un nouveau bureau à Singapour.

Fondée en 1974 pour assurer l’approvisionnement en pétrole de l’Europe, l’IEA, dont le siège est situé à Paris, est devenue une autorité reconnue à l’échelle mondiale. Son rapport annuel, le World Energy Outlook, fait depuis longtemps office de référence.

« L’Agence internationale de l’énergie est devenue, en quelque sorte, notre bras armé pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris », a déclaré le président français Emmanuel Macron mardi (13 février) à l’occasion du 50e anniversaire de l’Agence organisé au siège de l’OCDE à Paris.

Pour l’IEA, qui a été fondée à l’époque où les combustibles fossiles étaient rois, cette cinquantième année d’activité s’inscrit dans un cycle révolutionnaire.

L’Agence élargit depuis quelques années son portefeuille au-delà des combustibles fossiles. Elle s’inscrit désormais, comme le dit le président français, dans la transition énergétique en cours en s’intéressant aux « technologies propres » et à leurs sous-jacents : les matières premières critiques.

Dès lors, « si nous voulons mériter notre nom d’Agence internationale de l’énergie, nous devons travailler en étroite collaboration avec les pays émergents et les accueillir [au sein de l’IEA] », a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence, lors de l’évènement.

En cela, une région se démarque des autres : l’Asie, où en 2021, plus de 600 projets de centrales à charbon étaient à l’ordre du jour.

Selon le ministre singapourien de l’Industrie, Tan See Leng, qui participait à l’évènement, l’IEA doit effectivement être présente dans la région. Il rappelle, à cet effet, que les nouvelles capacités énergétiques qui seront construites au cours des 25 prochaines années sur le continent asiatique seront supérieures au total actuel de l’UE.

La « responsabilité » de la Chine exige qu'elle soit le moteur de la COP28, selon le patron de l'IEA

La Chine a rendu « un grand service » au monde en réduisant le coût des technologies propres, mais un pouvoir économique accru s’accompagne de responsabilités accrues, a déclaré Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), à Euractiv lors d’un entretien avant la COP28 à Dubaï.

Un nouveau bureau

C’est donc pour cette raison que l’organisation a choisi cette région, et plus précisément Singapour, pour son deuxième bureau après celui de Paris.

« C’est une nouvelle étape pour montrer que nous voulons travailler plus étroitement avec le monde émergent », a expliqué M. Birol.

Parallèlement, l’organisation envisage d’intégrer l’Inde comme membre. New Delhi ayant envoyé une lettre l’année dernière pour demander son adhésion. Emmanuel Macron a déclaré que le lancement de négociations avec l’Inde pour qu’elle devienne membre à part entière de l’Agence internationale de l’énergie  bénéficiait de son soutien total.

L’Inde a entrepris de développer massivement son réseau et s’efforce de connecter simultanément à celui-ci de nouvelles centrales au charbon et des volumes d’énergie solaire en augmentation rapide.

L’IEA lui a apporté son soutien dans cette entreprise « en termes d’analyse, d’expertise et de renforcement des capacités dans le domaine des sources d’énergie conventionnelles, mais aussi en l’aidant à développer le marché des énergies renouvelables, ce qui n’est pas vraiment chose aisée », a expliqué l’ambassadeur de l’Inde en France et à Monaco, Jawed Ashraf.

L'énergie solaire est en pleine expansion en Europe, selon l’IEA

L’Agence internationale de l’énergie (IEA) prédit que 61 % de l’électricité sera d’origine renouvelable en Europe d’ici 2028, en partie grâce à une vague sans précédent d’installations de panneaux solaires qui n’avaient pas été envisagée jusqu’à présent.

De nouvelles priorités

Selon Fatih Birol, l’IEA devrait avoir trois priorités : le pétrole, les minerais critiques et le climat. L’agence devrait également garder un œil « sur la mer Rouge et le détroit d’Ormuz ».

Quant aux minerais, l’Agence a profité de son anniversaire pour annoncer un nouveau « Programme de sécurité des minéraux critiques » destiné à remédier au fait que « nous ne sommes actuellement pas en mesure de répondre à la demande » de minerais tels que le cuivre, le cobalt et le lithium, a déclaré M. Birol.

«La capacité de production de ces minerais critiques est concentrée dans un ou deux pays », a-t-il précisé.

Parmi les mesures phares que l’agence pourrait mettre en place : la coordination de la libération de stocks stratégiques de minerais critiques de ses membres. Cela constituerait « un filet de sécurité » pour apaiser les marchés, selon M. Birol, alors que la demande pour ces minerais va drastiquement croitre avec la transition. Qu’en face, les producteurs et transformateurs principaux pourraient procéder à la mise en place de quotas d’exportations, voire d’embargos.

L’IEA pratique déjà ce type de mesure pour le pétrole. Par cinq fois au cours de son Histoire l’agence a coordonné la libération de stocks stratégiques de pétrole : avant la guerre du Golfe, avec l’ouragan Katrina et la guerre civile en Libye et deux fois après l’attaque de la Russie contre l’Ukraine.

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La législation européenne sur les matières premières critiques adoptée jeudi (7 décembre) ne crée pas les conditions nécessaires pour que les entreprises réalisent des  investissements, selon l’industrie.

Une agence reconnue mondialement

« Depuis que j’ai pris mes fonctions de présidente de la Commission européenne, vous avez été le partenaire le plus fiable », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen à Fatih Birol, depuis Paris.

Elle lui attribue l’initiative phare de l’UE lors de la COP28 de tripler la capacité installée de production d’énergie à partir de sources renouvelables et doubler le taux d’amélioration de l’efficacité énergétique au niveau mondial.

« Vous avez changé notre capacité à tous à relever ce défi. Pourquoi  ? Parce que vous avez établi des faits. Parce que vous avez rendu des comptes là où il n’y en avait pas », a déclaré l’envoyé américain pour le Climat, John Kerry, également présent pour l’anniversaire.

D’autres dirigeants ont eux aussi salué les activités menées par l’IEA à l’échelle mondiale.

L’Agence compte aujourd’hui quelque 30 pays membres, et 13 autres États, dont des pays importants comme Brésil, l’Inde et la Chine en sont des membres associés. En outre, cinq membres sont sur le point d’y adhérer.

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Lors du 50e anniversaire de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) organisée mardi à l’OCDE, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Bruno Le Maire, ont déclaré que la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine avait forcé l’UE à accélérer sa transition énergétique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Paul Messad]

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