Le gouvernement allemand s’est engagé lundi (5 février) à créer des mécanismes d’aide publique pour un maximum de 10 gigawatts (GW) de nouvelles centrales électriques au gaz et a décidé d’ouvrir la voie au captage du carbone dans le secteur de l’énergie. Cette décision pourrait compromettre l’objectif du pays de disposer dès 2035 de systèmes électriques exempts d’énergies fossiles.
D’ici 2035, l’Allemagne souhaite que 100 % de sa production d’électricité soit neutre en carbone. Pour soutenir les éoliennes et les panneaux solaires, le gouvernement avait annoncé qu’il allait subventionner la construction de centrales de secours fonctionnant au gaz pour une puissance totale de 15 GW et de nouvelles centrales à hydrogène pour une capacité de 8 GW — soit 50 centrales électriques au total.
Mais des difficultés budgétaires ont contraint le gouvernement à revoir ses ambitions et à envisager de lancer un appel d’offres pour un total de 10 GW de centrales électriques au gaz seulement sur quatre ventes aux enchères successives, conformément à un accord conclu entre le chancelier socialiste Olaf Scholz, le vice-chancelier écologiste et ministre de l’Economie et du Climat Robert Habeck et le ministre libéral des Finances Christian Lindner lundi.
Les nouvelles centrales au gaz seront convertibles à l’hydrogène. Il s’agit d’un élément aussi central que controversé de la transition énergétique du pays. En effet, les centrales au gaz sont un mal nécessaire puisqu’elles permettront d’assurer la stabilité du réseau face à l’intermittence des renouvelables. Cette option est toutefois critiquée par les défenseurs de l’environnement.
Le gouvernement souhaite disposer de solutions plus concrètes d’ici l’été 2024. D’ici là, Berlin veut avancer sur son futur marché de l’électricité et « en particulier développer des concepts pour un mécanisme de capacité basé sur le marché et technologiquement neutre ».
Un tel mécanisme permettrait de rémunérer les détenteurs de centrales de production électrique allumées seulement en cas de besoins, comme des pointes de demande. Sans rémunération basée sur leur disponibilité, ces centrales ne seraient pas rentables.
Cette approche a été soutenue par le FDP. « Je suis ravi que notre initiative en faveur d’un marché de capacité ait trouvé sa place dans la solution du gouvernement fédéral », a déclaré Michael Kruse, porte-parole du parti libéral pour les questions de politique énergétique.
La stratégie approuvée lundi « permet de garantir l’approvisionnement en électricité dans le respect du climat, même lorsque l’ensoleillement et le vent sont faibles », a déclaré le gouvernement.
Comme d’autres compromis politiques conclus à Berlin depuis 2021, l’accord offre à tous les partis de la coalition la possibilité d’y trouver leurs comptes. Des technologies telles que la fusion nucléaire, chère au FDP, doivent être encouragées « avec les instruments appropriés », est-il indiqué.
Une autre initiative préconisée par les libéraux et certains socialistes est également mentionnée dans l’accord : le captage et le stockage du carbone (CSC).
« Le captage et le stockage du CO2 pour les centrales électriques au gaz seront abordés dans le cadre de la stratégie de gestion du carbone », peut-on lire dans l’accord. L’utilisation de cette méthode dans le secteur de l’électricité est l’un des aspects les plus controversés de la stratégie allemande de gestion du carbone, attendue pour le premier trimestre 2024.
Un système électrique sans énergie fossile
L’accord pourrait avoir des implications encore plus importantes.
Les écologistes espéraient en effet que la transition vers un secteur électrique totalement respectueux de l’environnement serait opérée d’ici 2035.
Le plan du gouvernement semble avoir été discrètement abandonné cet objectif. Les 10 GW de centrales électriques au gaz supplémentaires auront peut-être jusqu’à 2040 au plus tard pour passer « entièrement à l’hydrogène » — la question de savoir si la date de 2035 tient la route devrait être tranchée d’ici à 2032.
Bruxelles doit maintenant donner son feu vert aux plans révisés, en s’appuyant sur son approbation provisoire des plans initiaux à l’été 2023.
[Édité par Anne-Sophie Gayet & Paul Messad]



