Le Conseil de l’UE demande des mesures pour faire face à l’impact du changement climatique sur la santé

« Il est important que l’UE soit prête, grâce à une coordination adéquate et à l’échange de bonnes pratiques, à relever ces défis, qui ne sont pas des défis de demain. Il s’agit de défis actuels », a déclaré la ministre espagnole de la Santé, Mónica García. [Union européenne]

Lors d’une réunion jeudi (30 novembre), les ministres européens de la Santé ont demandé à l’Union européenne de prendre des mesures concrètes pour faire face aux effets de la crise climatique sur la santé publique et les systèmes de santé.

Les ministres ont lancé cet appel lors d’un Conseil « Santé », la dernière réunion de la formation sous la présidence espagnole, en soulignant la nécessité de prendre des mesures spécifiques à l’échelle de l’Union pour faire face aux effets du réchauffement climatique qui se font déjà sentir dans tous les États membres.

« Il est important que l’UE soit prête, grâce à une coordination adéquate et à l’échange de bonnes pratiques, à relever ces défis, qui ne sont pas des défis de demain. Il s’agit de défis actuels », a déclaré la ministre espagnole de la Santé, Mónica García.

Ces dernières années ont été marquées par une recrudescence des vagues de chaleur en Europe. Au cours de l’été 2022, ces vagues ont causé environ 62 000 décès, un chiffre qui devrait augmenter dans les années à venir.

Parmi les autres conséquences majeures du réchauffement climatique figurent les incendies de forêt, l’élévation du niveau des mers et la multiplication des maladies transmises par les moustiques, qui se propagent rapidement en Europe.

Le ministre maltais de la Santé, Christopher Fearne, a expliqué lors de la réunion que le changement climatique relevait des compétences des ministres de la Santé, et que ces derniers devaient « donc avoir une position claire et influencer le débat sur le changement climatique ».

« Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que cette question soit traitée par d’autres parties ou par d’autres ministères », a-t-il ajouté.

Le réchauffement climatique est une question de santé, non seulement en raison de ses conséquences directes, mais aussi parce qu’il affecte la capacité et la résilience des systèmes de soins de santé, a-t-il expliqué.

Durant la réunion, les ministres de la Santé de l’UE ont demandé à la Commission européenne et au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) d’analyser des menaces spécifiques et d’examiner les schémas des infections à transmission vectorielle, car les températures plus chaudes créent des conditions propices à la propagation des moustiques porteurs de maladies en Europe.

Les ministres ont également insisté sur la nécessité de se pencher sur la surveillance et la préparation aux nouvelles menaces transfrontalières et de se concentrer sur la prévention et les contre-mesures médicales, telles que le développement de nouveaux vaccins, les diagnostics et la formation des professionnels.

« En bref, il s’agit d’un appel à inscrire le changement climatique ou la crise climatique à l’ordre du jour de la santé européenne », a expliqué M. Fearne.

Les politiques européennes de santé et de climat doivent être plus étroitement liées, selon le Lancet Countdown

Les politiques climatiques et sanitaires doivent être élaborées plus étroitement, souligne le Lancet Countdown dans un rapport, expliquant notamment que 25 % de la surmortalité en Europe pouvait être attribuée aux effets de la combustion des carburants fossiles sur la santé.

Actions en cours

La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a expliqué que la Commission européenne agissait déjà sur plusieurs fronts dans ce domaine.

C’est dans cette optique que l’Observatoire européen du climat et de la santé a été créé en 2021. Ce partenariat entre la Commission européenne et l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) vise à aider l’UE à s’adapter aux impacts du changement climatique sur la santé humaine en fournissant un accès aux informations et aux outils nécessaires ainsi qu’en promouvant l’échange d’informations entre les parties prenantes dans différents États membres.

Mme Kyriakides a également souligné que l’exécutif de l’UE avait déjà mis en place des outils pour répondre à ces menaces, telles que l’Autorité de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA), qui investit 120 millions d’euros pour améliorer la disponibilité des contre-mesures médicales pour les maladies à transmission vectorielle.

« Nous investissons dans la recherche, le développement et la production afin d’améliorer la préparation non seulement de l’Europe, mais aussi du monde entier », a-t-elle assuré.

En octobre 2022, les institutions européennes ont adopté le nouveau règlement sur les menaces transfrontalières graves, un texte qui vise à aider l’UE à mieux anticiper et réagir aux menaces sanitaires de manière coordonnée, au niveau de l’UE et au niveau national.

Il couvre non seulement les menaces infectieuses, mais aussi les menaces environnementales, alimentaires ou chimiques, conformément à l’approche « Une seule santé » que les législateurs européens sont en train d’introduire dans toutes les politiques de santé.

Cette approche repose sur le principe selon lequel la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale sont intrinsèquement liées et que ce n’est qu’en déployant des efforts dans ces trois domaines simultanément que l’on parviendra à l’objectif d’une seule santé.

Mme Kyriakides a également ajouté que cette question devait rester en tête de l’agenda politique.

L’OMS/Europe réitère son engagement à lutter contre les effets du changement climatique sur la santé

En signant la Déclaration de Budapest, les ministres de la Santé et de l’Environnement de la Région européenne de l’OMS ont reconnu la nécessité de prendre de nouvelles mesures pour lutter contre le changement climatique et ses répercussions sur la santé humaine.

Au-delà d’une approche européenne

Pour la première fois, une journée a été consacrée à la santé dans le cadre de la Conférence sur les changements climatiques (COP28) qui se tient actuellement à Dubaï. Celle-ci a eu lieu dimanche (3 décembre) et a notamment été consacrée à la qualité de l’air et aux effets néfastes du changement climatique sur la santé.

123 pays ont signé ce jour-là une déclaration internationale sur le climat et la santé.

Le texte met l’accent sur le renforcement de la transformation des systèmes de santé pour qu’ils soient résilients au changement climatique, à faible émission de carbone, durables et équitables, et pour mieux préparer les communautés et les populations les plus vulnérables aux effets du changement climatique dans le monde entier.

« Cette déclaration servira d’appel à l’action et son adoption enverra un signal clair d’ambition et d’unité », avait expliqué Mme Kyriakides lors de la réunion du Conseil jeudi.

Le vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert européen (Green Deal) et des relations interinstitutionnelles, Maroš Šefčovič a reconnu que « le changement climatique pèse lourdement sur la santé, en particulier pour les personnes les plus vulnérables » et que cette crise « appelle une réponse mondiale, dans le domaine de la santé comme dans tous les autres domaines ».

La déclaration de dimanche est « un pas vers une approche intégrée des stratégies en matière de santé et de climat, qui est essentielle pour garantir un avenir durable à notre planète et à ses citoyens », a-t-il ajouté dans un communiqué publié lundi (4 décembre).

La « responsabilité » de la Chine exige qu'elle soit le moteur de la COP28, selon le patron de l'IEA

La Chine a rendu « un grand service » au monde en réduisant le coût des technologies propres, mais un pouvoir économique accru s’accompagne de responsabilités accrues, a déclaré Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), à Euractiv lors d’un entretien avant la COP28 à Dubaï.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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