Alors que l’Europe est confrontée à un afflux de panneaux solaires chinois, les fabricants européens en difficulté ont demandé à l’UE de prendre des mesures d’urgence. S’exprimant sur la situation, le ministre-président du Land de Saxe, Michael Kretschmer, a accusé la politique protectionniste des États-Unis à l’égard de la Chine d’être à l’origine des difficultés auxquels les fabricants européens font face, arguant également que la situation actuelle démontre la nécessité pour l’UE d’adopter une politique commerciale indépendante des Américains vis-à-vis de Pékin.
En janvier, Meyer Burger, le plus grand fabricant de panneaux solaires encore en activité en Allemagne, a menacé de fermer son site de production de Freiberg, en Saxe, si aucune mesure politique n’était prise immédiatement pour sauver l’industrie.
Interrogé sur la situation lundi (5 février), le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer (CDU, Parti populaire européen), a imputé aux États-Unis la responsabilité du malaise actuel, appelant l’Europe à devenir plus indépendante de Washington dans son approche vis-à-vis de la Chine.
« La situation est ce qu’elle est parce que le marché américain a été fermé aux panneaux solaires chinois et que les produits qui étaient en route de la Chine vers l’Amérique ne pouvaient pas y être débarqués, les navires ont donc été détournés vers Rotterdam », a expliqué M. Kretschmer à un groupe de correspondants étrangers, dont Euractiv.
Dans une lettre envoyée à la Commission européenne la semaine dernière, le Conseil européen de l’industrie solaire (ESMC) a averti qu’entre 140 et 170 millions de panneaux solaires photovoltaïques importés sont stockés dans les ports ou les entrepôts européens, ajoutant que les producteurs européens ne parviennent pas à vendre leurs propres panneaux.
« Le problème se pose parce que les États-Unis pratiquent le protectionnisme, et c’est nous qui en pâtissons », a résumé M. Kretschmer.
Par conséquent, bien qu’il ne soit pas d’accord sur tout avec Emmanuel Macron, le ministre-président allemand « pense que [le président français] a raison lorsqu’il dit que nous […] devons comprendre que l’Amérique a ses propres intérêts économiques, qui ne sont pas toujours les nôtres ».
Toutefois, « nous dépendons de l’Amérique pour notre défense, nous avons besoin de l’OTAN, nous avons besoin de cette alliance, cela ne fait aucun doute », a-t-il noté.
En ce qui concerne le commerce avec la Chine, « la politique actuelle, qui suit à la lettre ce que fait l’Amérique, n’est peut-être pas la meilleure voie à suivre », selon lui. Il rejette donc les appels du Conseil européen de l’industrie solaire concernant de nouveaux droits de douane sur les panneaux solaires chinois.
S’adressant face au Parlement européen lundi, la commissaire européenne chargée des Services financiers, Mairead McGuinness, a également mis en garde contre l’idée de nouveaux droits de douane sur les panneaux solaires chinois, affirmant que « l’UE doit avoir accès à des panneaux solaires abordables pour alimenter la transition écologique et débloquer les opportunités économiques ».
Une « solution pragmatique »
M. Kretschmer a plutôt appelé à des « solutions pragmatiques » pour améliorer la situation des fabricants européens.
« Il y a actuellement une grande affiche sur le bâtiment de la Commission à Bruxelles — RePowerEU — vous savez, celle avec ces panneaux solaires », a-t-il déclaré.
« J’ai dit à l’époque à Mme von der Leyen que si elle n’agissait pas maintenant, l’Union européenne serait recouverte de panneaux solaires chinois », a-t-il poursuivi, en posant la question suivante : « Est-ce ce que nous voulons ? »
À l’instar d’autres gouvernements régionaux, le Land de Saxe a récemment demandé au gouvernement fédéral allemand d’introduire des « primes de résilience », c’est-à-dire des subventions supplémentaires accordées pour les panneaux solaires fabriqués en dehors de la Chine, par exemple en Europe ou aux États-Unis.
Un projet de loi sur ces primes est actuellement en discussion au niveau national en Allemagne, ce que beaucoup considèrent comme la raison de la déclaration publique de Meyer Burger.
Une discussion similaire est en cours au niveau de l’UE, le Parlement européen et le Conseil de l’UE étant sur le point de finaliser le règlement pour une industrie « zéro net » (Net-Zero Industry Act, NZIA), qui pourrait rendre ces primes de résilience obligatoires dans tous les États membres.
Les négociations à ce sujet devraient se poursuivre — et potentiellement être conclues — ce mardi (6 février).
« Nous espérons que les deux institutions parviendront à un accord ambitieux sur ce texte législatif important lors du trilogue du [6 février ]», a déclaré la commissaire Mme McGuinness à ce sujet.
Ce n’est pas la première fois que M. Kretschmer s’écarte de la ligne pro-américaine habituellement adoptée par son parti politique, la l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU).
En novembre 2022, M. Kretschmer a déclaré qu’afin de sécuriser son approvisionnement énergétique, Berlin devrait « se tourner vers la Russie dès que cette guerre sera terminée », ce qui a suscité de vives réactions dans la sphère politique.
Au niveau de la Saxe, la CDU se place derrière l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite qui adopte souvent une position critique à l’égard des États-Unis, dans les sondages. Une situation qui reflète le scepticisme à l’égard des États-Unis toujours présent dans l’ex-Allemagne de l’Est.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




