Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE devrait couvrir davantage de produits, tels que les matériaux de construction ou encore les textiles, a confié le ministre tchèque de l’Environnement Petr Hladík à Euractiv République tchèque, ajoutant que cela pourrait encourager le reste du monde à réduire les émissions.
Le MACF est l’outil de l’UE visant à lutter contre les fuites de carbone. Il vise à imposer aux entreprises de pays tiers les mêmes règles que celle en vigueur à l’intérieur des frontières de l’Union avec le système d’échange de quotas d’émissions (SEQE).
À partir de janvier 2026, les producteurs étrangers de fer, d’acier, de ciment, d’engrais, d’aluminium, d’électricité et d’hydrogène devront payer le même prix du carbone que les producteurs européens. L’outil est depuis janvier 2023 dans la phase de collecte et de communication des données sur les émissions à la Commission européenne.
Avant la fin de cette période transitoire (le 31 décembre 2025), l’exécutif de l’UE devra, en vertu du règlement sur le MACF, présenter un rapport au Parlement et au Conseil concernant l’application des nouvelles règles. Il pourrait présenter une proposition législative visant à étendre le MACF à d’autres marchandises et pourrait également introduire d’autres modifications susceptibles d’améliorer l’efficacité du règlement.
Et le ministre tchèque en est convaincu : le champ d’application du MACF devrait être élargi.
« S’il y a une chose que je souhaite après les élections européennes, c’est d’étendre le MACF à toute une série de produits, tels que les textiles, les matériaux d’isolation, les matériaux de construction », a confié le ministre à Euractiv Répblque tchèque lors d’un entretien.
M. Hladík a déclaré que l’extension du mécanisme permettrait de soutenir les fabricants européens et encourager le reste du monde à réduire les émissions.
« Si quelque chose a motivé l’Inde et d’autres grands acteurs, y compris l’Amérique du Sud, à s’engager lors de la conférence sur le climat, c’est bien le MACF européen », a poursuivi le ministre.
Réduire la paperasserie et rendre la politique climatique plus pragmatique
En ce qui concerne l’agenda environnemental de l’UE après les élections européennes, M. Hladík a déclaré que deux questions principales sont actuellement débattues par les ministres de l’UE : la réduction de la paperasserie et la politique climatique de l’UE, qui devrait être plus pragmatique.
« Nous [la République tchèque] avons toujours dit cela, et je pense que c’est maintenant la position de toute l’UE », a expliqué le ministre.
Concernant la réduction de la bureaucratie, il a déclaré que comme les agriculteurs, il était « agacé par la bureaucratie qui vient à la fois de Bruxelles et de Prague ».
« Je pense que nous ne devrions pas punir les 99 % de citoyens et d’entrepreneurs honnêtes et compétents à cause de 1 % de crapules. »
En ce qui concerne la recommandation de la Commission pour l’objectif climatique intermédiaire de 2040, qui est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 %, M. Hladík a déclaré que cette ambition devait être « pragmatique et réalisable ».
« Je veux savoir si l’objectif européen est réalisable par rapport aux objectifs individuels des États membres », a-t-il souligné.
Interrogé concernant un possible affaiblissement du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), il a déclaré que l’avenir était incertain, mais que « nous devons poursuivre l’objectif que nous voulons atteindre », et ce « de manière aussi efficace que possible et surtout en tenant compte des personnes socialement vulnérables ».
M. Hladík a également déclaré que le terme « Green Deal » était « devenu un mot à la mode » mais que la législation portait mal son nom.
« Je pense que le terme représente mal ce dont il s’agit. S’il s’agissait d’un “Pacte pour l’avenir” ou d’un “Pacte pour la vie”, cela refléterait bien mieux l’objectif. Je pense qu’il s’agit avant tout d’un élan de modernisation dans tous les secteurs, ce dont nous avons vraiment besoin », a-t-il affirmé, ajoutant que l’objectif principal devrait être de moderniser l’économie européenne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




