Le Parlement vote pour renforcer les règles sur la pureté de l’air [FR]

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Le 11 décembre, suite à un accord conclu avec le Conseil, le Parlement s’est prononcé à une large majorité en faveur de la législation sur la pureté de l’air qui fixe de nouvelles limites sur la pollution aux particules fines dans l’UE.

  • Poussière dangereuse

La principale nouveauté de la nouvelle loi sur la qualité de l’air est l’introduction d’une limite concernant les émissions pour les particules fines PM 2,5. Ces particules microscopiques, en particulier si elles sont générées par une activité industrielle ou la circulation routière, représentent des risques accrus pour la santé en raison de leur capacité à s’introduire par la bouche et le nez, pénétrant profondément dans les poumons et la circulation sanguine, où elles peuvent provoquer des maladies respiratoires et/ou pulmonaires potentiellement mortelles.

Auparavant, les PM 2,5 ne faisaient pas l’objet de réglementation européenne.

Dans les zones urbaines, les Etats membres seront obligés de réduire les niveaux de PM 2,5 en moyenne de 20 % d’ici 2020, par rapport aux niveaux d’exposition de 2010. D’ici 2015, les niveaux de PM 2,5 dans les zones urbaines devront être réduits sous la barre des 20 microgrammes par mètre cube, avec une valeur limite contraignante de 25 microgrammes d’ici 2015 fixée pour le territoire de l’ensemble des Etats membres.

Au-delà des mesures contraignantes, les Etats membres sont encouragés à atteindre le niveau de 25 microgrammes dès 2010, l’année d’entrée en vigueur de la loi, avec un objectif supplémentaire « indicatif » ou non contraignant de 20 microgrammes de PM 2,5 par mètre cube d’ici 2020. La Commission révisera, voire adaptera cet objectif. 

Les lois en vigueur concernant les limites PM 10, plus élevées et moins dangereuses, ne seront pas mises à jour par la nouvelle loi et resteront à une moyenne de 40 microgrammes par mètre cube. En revanche, le texte contient une nouvelle dérogation qui accorde aux Etats membres jusqu’en 2011 pour mettre en œuvre les limites de PM 10 dans les cas où les « caractéristiques de dispersion du site, de conditions climatiques défavorables ou de facteurs transfrontaliers » empêchent une réduction plus rapide des émissions de particules.

  • Suivre la voie tracée par les Etats-Unis ?

Les mesures mettront les lois européennes en conformité avec la législation en vigueur aux Etats-Unis, qui ont adopté des limites de PM 2,5 similaires en 1997. 

Les concentrations de fines particules sont plus élevées dans l’UE qu’aux Etats-Unis puisque la densité de la population européenne est plus élevée sur un plus petit territoire. L’utilisation continue de véhicules datant de l’ancienne ère communiste en Europe centrale et orientale, ainsi qu’un pourcentage supérieur d’utilisation du diesel dans le parc automobile contribue également à générer des niveaux européens de PM 2,5 élevés.

  • Davantage de lois en préparation

Parmi les éléments de l’accord sur la nouvelle loi, la Commission a accepté d’annexer une déclaration au texte, promettant de présenter en 2008 de nouvelles propositions législatives sur les sources de pollution, notamment les moteurs de véhicules utilitaires lourds, la teneur en soufre des carburants des navires et les émissions rejetées durant l’approvisionnement des véhicules aux stations essence. 

Des filtres à particules obligatoires pour les poids lourds, les navires et les systèmes de chauffage dans les maisons figureront probablement dans ces propositions. 

D’après Holger Krahmer, eurodéputé libéral et rapporteur du Parlement sur ce sujet, le compromis fournit une base solide pour la future politique européenne sur la qualité de l’air. La nouvelle directive maintient l’équilibre entre des objectifs ambitieux et des valeurs limites et la souplesse nécessaire pour les Etats membres dans la phase de mise en œuvre. De plus, l’accent est orienté sur le niveau d’exposition et la nécessité de mesures traitant la source des émissions est soulignée.

Dans un communiqué de presse, l’eurodéputée chrétienne démocrate Anja Weissberger, shadow rapporteur, affirme que la nouvelle directive abolit des actions inutiles à court terme, comme la fermeture de routes. Elle estime que cela donnera davantage de flexibilité aux villes et municipalités, qui ont déjà fait tout ce qu’elles pouvaient sans pour autant atteindre ces limites. 

Le groupe des Verts/ALE tire un bilan mitigé de cet accord. Pour l’eurodéputée Monica Frassoni, présidente du groupe, alors que l’accord sur sur la révision des normes européennes en matière de qualité de l’air, adopté aujourd’hui, n’entraînera pas un renforcement des règles sur les polluants actuellement réglementés, le résultat final aurait pu être nettement pire. 

Le Bureau européen de l'environnement (BEE) s’est montré plus critique. Le BEE considère que les nouvelles limites ne conduiront pas à une réduction significative de la pollution, dans la mesure où, de toute façon, ce niveau de concentration sera probablement atteint sans effort supplémentaire de la part des Etats membres. 

Le BEE estime également que le texte est confus et accuse les législateurs de créer la confusion pour les autorités locales qui devront mettre ces mesures en œuvre. Il estime qu’il ne s’agit pas d’une meilleure réglementation, mais d’une réglementation plus déroutante. Il aurait été préférable, selon lui, que les quatre anciennes directives sur la qualité de l’air aient été mises en œuvre correctement et en même temps. 

La proposition de directive relative à la qualité de l’air de la Commission cherche à regrouper cinq paquets législatifs en une seule législation. Cette directive se concentre sur la réduction des émissions de CO2 des principaux polluants en suspension, en particulier les particules de poussière qui sont la principale cause de nombreux problèmes de santé.

Le Conseil et le Parlement se sont précédemment opposés sur les limites de pollution. Le rapporteur du Parlement européen sur le sujet, Holger Krahmer, eurodéputé allemand libéral, avait appelé à augmenter davantage les seuils pour les particules fines que le Conseil, ce qui avait suscité des rumeurs selon lesquelles le projet pourrait faire l’objet d’une procédure de conciliation (EURACTIV 14/09/07). 

Néanmoins, le vote du 11 décembre du Parlement laisse présager que les ministres européens de l’Environnement pourraient approuver cette mesure début 2008.

  • Début 2008 : approbation de la nouvelle directive sur la qualité de l’air par le Conseil, une simple formalité. 
  • 2008 : propositions de la Commission pour traiter les sources d’émissions de particules.

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