Le responsable européen de l’Energie soutient les forages en Arctique [FR]

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En dépit des avertissements des écologistes contre les forages pétroliers et gaziers dans un écosystème aussi fragile que l’Arctique, le commissaire à l’Energie Andris Piebalgs a indiqué que des prospections supplémentaires au Pôle Nord sont justifiées en vue d’assurer la sécurité énergétique de l’UE.

Lors d’un débat organisé vendredi 19 septembre par Friends of Europe, M. Piebalgs a indiqué qu’il fallait se rendre également dans les environnements hostiles. A son avis, on ne peut pas considérer l’Arctique comme un sanctuaire. Où va-t-on trouver de l’énergie sinon, s’est-il interrogé. 

Le commissaire a cependant souligné le besoin de prendre toutes les précautions environnementales. Il a ajouté qu’il fallait des règles précises, des évaluations de risques sur l’environnement claires et des mises en application très responsables.

Selon lui, la Commission devrait aider les pays qui ont ses ressources sous leur juridiction à développer des technologies ou à les utiliser de manière appropriée. Il a ajouté que la Commission ne devrait en aucun cas lutter pour l’interdiction de l’utilisation des ressources arctiques.

Mais le directeur du WWF Stephan Singer a insisté que, quel que soit le volume de la législation sur l’environnement et la sécurité, ce ne sera jamais assez pour empêcher les activités de forage des compagnies pétrolières de mettre en danger l’ensemble de l’écosystème arctique. 

Il a accusé les gouvernements et les entreprises du secteur de l’énergie de créer une situation perverse en choisissant de forer dans un écosystème très fragile qui est d’ores et déjà en train de mourir. Il serait selon lui plus judicieux de travailler à la réduction de la dépendance à des sources d’énergie inefficaces comme le pétrole et le gaz en investissant davantage dans les énergies renouvelables.

Soulignant qu’il fallait que l’UE se débarrasse de sa dépendance générale au pétrole, M. Singer a ajouté qu’il était impossible d’attendre que toutes les ressources soient épuisées.

Toutefois, M. Piebalgs est parvenu à un accord avec la compagnie pétrolière et gazière norvégienne Statoil. Cette dernière a déjà investi massivement dans la recherche de nouvelles réserves autour du littoral arctique. Selon cet accord, toutes les stratégies réalistes dans le futur devront dépendre du pétrole et du gaz. M. Helge Lund, le PDG de Statoil, estime qu’un effort important d’exploration est nécessaire en Arctique. Il a ajouté qu’il était toujours avantageux de disposer de plusieurs options, soulignant la dépendance importante de l’UE à l’approvisionnement énergétique en provenance de Russie et du Moyen-Orient.

Mais M. Piebalgs a cependant reconnu que l’Arctique n’apportera pas la solution magique recherchée en termes de sécurité énergétique mondiale, ajoutant que cette région réduira à peine la dépendance européenne à l’énergie russe, prenant en compte les frontières de la Russie avec l’Arctique.

Problèmes de démarcation

Se référant aux revendications de souveraineté de plus en plus nombreuses et conflictuelles depuis que la Russie a planté son drapeau au pôle Nord l’été dernier, M. Piebalgs a indiqué qu’il n’était pas à l’aise avec l’évolution de la situation en Arctique, D’après lui, les pays qui bordent l’Arctique devraient s’évertuer à ne pas faire d’annonces conflictuelles, car quelle que soit la solution apportée, elle ne devrait concerner que les pays qui touchent cette région. 

Les cinq Etats qui bordent l’Arctique – la Russie, le Canada, les Etats-Unis, la Norvège et le Danemark – ont promis de résoudre leurs contentieux devant les Nations unies. Ils ont jusqu’en mai 2009 pour les soumettre. Un certain nombre d’ONG et d’universitaires ont fait pression en faveur d’un traité sur l’Arctique, à l’instar du traité sur l’Antarctique, signé en 1959, qui établit la renonciation aux revendications territoriales sur le continent afin de promouvoir la paix et la recherche scientifique.

Mais M. Piebalgs estime que la solution devrait reposer sur le droit international existant. D’après lui, des règles sont déjà disponibles, notamment la convention sur le droit de la mer. Celles-ci devraient être appliquées même si elles ne sont pas parfaites et si elles ne répondent pas à toutes les questions. Le commissaire pense qu’il serait très dangereux de revoir ses règles car les pays qui ont maintenant accès aux eaux territoriales arctiques trouveraient cela véritablement injuste. D’après lui, ces pays diraient que maintenant qu’elles ont découvert du pétrole, certaines nations souhaiteraient changer les règles alors même qu’elles ont somnolé pendant 50 ans. C’est pourquoi M. Piebalgs considère qu’il faut s’en tenir à la législation existante.

Le 9 septembre 2008, le commissaire chargé de la Pêche et des affaires maritimes Joe Borg a annoncé que Bruxelles préparait des propositions pour sauvegarder l’Arctique. La région, en première ligne du réchauffement climatique, se trouve en outre de plus en plus au centre de conflits de souveraineté (EURACTIV 11/09/08).

Cette initiative intervient alors que le changement climatique est responsable de la fonte des glaces en Arctique, mettant en danger la faune et la flore de la région. En même temps, cette fonte permet de rendre plus navigable cette zone riche en ressources, ouvrant de nouvelles perspectives commerciales. 

Alors que des territoires auparavant gelés sont maintenant accessibles, les grandes réserves de pétrole et de gaz supposées du continent ont déclenché une « ruée » vers l’Arctique, en plus d’un nombre croissant de conflits de souveraineté.

Ni le pôle Nord ni la région arctique n’appartiennent à un Etat. Les Etats arctiques des Etats-Unis, du Canada, de la Russie, de la Norvège et du Danemark (Groenland) qui entourent ces régions disposent d’une zone économique de 200 milles nautiques autour de leurs côtes.

En août 2007, un brise-glace russe avait atteint le pôle Nord. Un mini sous-marin avait alors planté un drapeau russe en titane sur le fond océanique. Cette manœuvre avait été considérée par beaucoup comme une revendication par la Russie du fond océanique du pôle Nord et de ses ressources. 

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