Selon un conseiller du président de la Commission sur l’environnement du Sénat américain, un éventuel accord de l’ONU sur le réchauffement climatique, même dans une version édulcorée, ne sera jamais adopté par le Congrès américain. Au lieu d’un tel accord, il propose davantage d’initiatives pour coopérer dans le domaine technologique.
Selon John Shanahan, conseiller auprès du président de la Commission sur l’environnement du Sénat américain, James M. Inhofe (Oklahoma), les débats lancés en décembre dernier sous l’égide des Nations Unies n’obtiendront jamais le soutien du Sénat américain.
« Les Etats-Unis ne ratifieront pas ce processus car le Congrès américain les en empêchera, et ce même si l’administration y adhère », a déclaré M. Shanahan alors qu’il se rendait à une conférence sur les changements climatiques organisés par le think tank « The Centre » les 13 et 14 février à Bruxelles.
« Pour faire passer quoique ce soit au Sénat, 60 voix sont nécessaires. [Les partisans d’une approche onusienne] en ont 38 pour l’instant. Et ceux-ci vont sans doute essayer de proposer quelque chose de ‘très léger’ pour gagner quelques voix symboliques. Mais ils ne parviendront jamais à rassembler 60 voix », selon ses prédictions.
M. Shanahan prévient que si les émissions américaines de dioxyde de carbone sont plafonnées, les Etats-Unis pourraient renoncer au charbon pour satisfaire leurs besoins en électricité. Il pose alors la question suivante: « Vers quoi vous tournez-vous alors ? », ajoutant « En Europe, vous disposez de gaz naturel bon marché. Ce n’est pas le cas pour nous. »
Selon l’administration américaine pour l’information sur l’énergie (Energy Information Administration, EIA), le charbon, dont les réserves sont suffisantes pour répondre pendant 250 ans au taux actuel de consommation, est le seul combustible fossile encore abondant aux Etats-Unis. D’autre part, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les Etats-Unis sont de loin le seul pays à disposer de réserves aussi importantes.
« Les Etats-Unis ne sont pas seulement l’Arabie Saoudite du charbon mais aussi l’OPEP du charbon. Et l’administration Bush considère le charbon comme partie intégrante de l’avenir économique des Etats-Unis, » affirme Shanahan.
Il estime d’ailleurs que les centrales construites actuellement sont suffisament écologiques. « Aujourd’hui, ces centrales ne réduisent pas les émissions en dioxyde de carbone, mais réduisent les émissions en dioxyde de soufre, oxydes de nitrogène, mercure et plusieurs polluants de l’air dangereux. Et nous deviendrons encore plus écologiques à l’avenir. »
Selon Shanahan, la coopération technologique et internationale, telle que le partenariat Asie-Pacifique pour le développement propre (EURACTIV, 12 janv. 2006) dirigé par les Etats-Unis, est le seul moyen de parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
« Des politiques comme le partenariat Asie-Pacifique permettent en fait d’accomplir ce que Kyoto aurait pu et même du faire. Il s’agit d’une solution plus acceptable pour le développement propre, l’énergie propre et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. »
Interrogé sur l’initiative régionale sur les gaz à effet de serre (Regional Greenhouse Gas Initiative), qui réunit sept Etats fédérés au sein d’un système d’échange de quotas similaire au système d’échange de quotas d’émissions, M. Shanahan estime qu’il s’agit d’une mauvaise idée. Selon ses prévisions, « Ces Etats risquent de connaître des difficultés sur le plan économique à l’avenir. »
« Beaucoup d’Etats n’ont pas vraiment réalisé à quoi ils adhéraient. Ils pensaient qu’ils n’auraient rien à faire. Ils supposaient que leurs émissions n’augmenteraient pas de toute façon car il y aurait une législation rendant obligatoire l’utilisation des énergies renouvelables pour la construction d’éoliennes. »
« En fin de compte, cette législation n’existe pas. Il s’agit d’abord d’une mauvaise analyse de départ ».
De plus, Shanahan estime que les systèmes de plafonnement empêchent l’évolution des technologies car ils absorbent des fonds qui pourraient être investis dans les technologies propres. Selon lui, les lois pour un air propre en sont la preuve, notamment le programme Pluies acides qui utilise un système de plafonnement pour réduire les émissions de dioxyde de soufre (SO2) et d’oxydes de nitrogène (NOx) des combustions de carburants fossiles.
« Les systèmes de plafonnement encouragent l’utilisation d’autres carburants et ce passage entraîne de nouvelles difficultés sur le plan économique. Aux Etats-Unis, nous l’avons terriblement ressenti – les prix du gaz naturel ont explosé. Par conséquent, notre industrie chimique se délocalise, nous avons perdu 100 000 emplois et notre industrie agrochimique a presque disparu. »
Et, selon M. Shanahan, l’ironie du sort est que ces évolutions n’ont même pas permis une baisse de la pollution de l’air au niveau mondial. « Nous délocalisons les emplois vers les pays en développement comme la Chine et l’Inde mais nous délocalisons également la pollution de l’air et les émissions de gaz à effet de serre, nous ne résolvons aucun problème au niveau mondial. Pire encore, nous déplaçons des infrastructures contrôlées et répondant à des normes environnementales élevées vers des pays qui ne les contrôlent pas du tout. En fait, nous ne faisons qu’augmenter la pollution de l’air. »
