Bien que les prix du gaz et de l’électricité soient retombés en dessous du pic de 2022, ils ne devraient pas revenir aux niveaux d’avant la pandémie dans un futur proche, a déclaré la Commission européenne lundi (15 janvier), mettant en garde contre les conséquences économiques à long terme des prix élevés de l’énergie sur la compétitivité de l’économie.
Les entreprises européennes « continuent d’être confrontées à des coûts énergétiques variables qui ont des conséquences sur leur croissance », a averti l’exécutif européen dans une note adressée aux 20 ministres des Finances de la zone euro qui se sont réunis à Bruxelles.
Plus précisément, la forte dépendance de l’UE à l’égard des importations de gaz « a accentué le désavantage relatif des producteurs européens par rapport aux États-Unis », le plus grand pays exportateur de gaz au monde, où les entreprises bénéficient d’un accès à une énergie moins chère, a déclaré la Commission.
« Cela pèsera sur la balance des comptes courants de la zone euro et aura des conséquences économiques plus larges », a averti l’exécutif européen.
En 2022, la flambée des prix du gaz a fait exploser les prix de l’électricité, ce qui a entraîné une réforme du marché de l’électricité de l’UE visant à réduire l’exposition de l’Union à la volatilité des prix du gaz.
Un choc asymétrique
Si le choc énergétique de 2022 a touché l’ensemble de la zone euro, « certains États membres ont été plus touchés que d’autres », ajoute la Commission, qui précise que cela pose des problèmes en termes d’inflation et de compétitivité.
Selon une enquête réalisée en octobre par la Banque européenne d’investissement (BEI), 81 % des entreprises de certains États membres ont déclaré que les coûts de l’énergie constituaient un obstacle majeur à leurs décisions d’investissement à long terme, alors que cette proportion n’était que de 24 % dans d’autres États membres de l’UE.
La nature asymétrique du choc peut s’expliquer par la dépendance variable des États membres de l’UE à l’égard des importations de gaz russe, dont les prix ont grimpé en flèche en 2022 à la suite des sanctions économiques imposées à Moscou pour sa guerre en Ukraine.
Toutefois, ce choc est également le résultat des politiques protectionnistes mises en œuvre par des États membres comme l’Allemagne et, dans une moindre mesure, la France.
Depuis le début de la crise, les États membres de l’UE ont consacré 540 milliards d’euros à la protection des industries et des ménages contre la hausse des coûts de l’énergie. Selon le groupe de réflexion Bruegel, l’Allemagne a injecté à elle seule 158 milliards d’euros dans son économie.
« L’impact inégal de la hausse des coûts de l’énergie est en partie le résultat des différences dans les programmes d’aide relatifs à l’énergie que les États membres ont mis en place en réponse à la crise, l’aide budgétaire nationale allant d’environ 2,6 % à 0,10 % du PIB dans la zone euro », a indiqué la Commission dans sa note.
Ainsi, les entreprises du secteur de l’énergie dans les États membres les plus pauvres de l’UE ont été plus exposées aux chocs énergétiques externes, en particulier en Europe de l’Est où les gouvernements exsangues ont moins soutenu les entreprises de services publics, a indiqué l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) dans une note publiée le 8 janvier.
« Nous pensons que les problèmes d’accessibilité sont plus aigus en Europe de l’Est, car le PIB moyen par habitant est nettement inférieur à celui de l’Europe de l’Ouest », a déclaré S&P.
En réponse, les gouvernements de ces États membres pourraient être tentés de réintroduire les taxes exceptionnelles qui avaient été mises en place au plus fort de la crise en 2022, selon l’agence.
Des prix qui « resteront élevés jusqu’en 2025 » et s’effondreront ensuite
Parmi les autres risques à court terme figurent la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les conflits au Moyen-Orient, qui « affectent désormais les routes maritimes dans la région », a déclaré Paolo Gentiloni, commissaire européen aux Affaires économiques.
« Si cette situation devait persister ou s’aggraver, les conséquences possibles sur les prix et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement pourraient à nouveau alimenter les tendances inflationnistes », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de la réunion de l’Eurogroupe, rassemblant les ministres des Finances de la zone euro.
Les tensions géopolitiques persistantes dans le voisinage de l’UE « nous rappellent que les prix de l’énergie resteront élevés pendant un certain temps », a reconnu Paschal Donohoe, le ministre irlandais des Finances qui a présidé la réunion ministérielle.
« Nous reconnaissons la nécessité de réduire notre exposition aux fluctuations des prix mondiaux dans le secteur de l’énergie. Et cela ne peut se faire que par la coordination et une meilleure intégration », a-t-il déclaré aux journalistes à l’issue de la réunion.
Les principaux moyens d’y parvenir sont de continuer à diversifier les sources d’énergie, d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables, de décarboner l’économie et de renforcer les interconnexions sur les marchés européens de l’électricité, a-t-il poursuivi.
Les consultants du McKinsey Global Institute sont allés plus loin en déclarant que l’Europe devrait viser à réduire de moitié les prix de l’électricité et du gaz afin de rétablir sa compétitivité par rapport à la Chine et aux États-Unis.
« L’Europe a besoin d’une énergie suffisamment abordable si elle veut maintenir des industries à forte intensité énergétique telles que l’agriculture, les produits chimiques, l’acier ou le transport maritime pour rivaliser avec d’autres régions », a écrit le McKinsey Global Institute dans une note d’information publiée mardi (16 janvier).
Parallèlement, les prix de l’électricité en Europe devraient « rester élevés jusqu’en 2025 », a indiqué S&P dans sa note.
Toutefois, à partir de 2026, l’agence s’attend à ce que les prix de l’électricité chutent en raison d’une augmentation de la capacité des énergies renouvelables. « S&P Global Commodity Insights prévoit une baisse de 30 à 60 % des prix de base en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni (E5) au cours des cinq années à venir jusqu’à la fin de 2030 », écrivait l’agence dans un article d’opinion publié sur Euractiv au mois d’août.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



